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La SMAR en 140 caractères

Un défi pour les parents et les pros de la naissance : « pour vous qu’est-ce qu’un accouchement respecté ? » Vous avez 140 caractères !

Proposez-nous vous aussi votre définition en commentaires !

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PEPS Café

Qu’est-ce qu’un PEPS café ?

Je cite Catherine Dumonteil-Kremer qui nous explique sur son blog : « C’est une rencontre dont le but est de provoquer le plaisir de discuter avec d’autres lecteurs, des parents, des grands parents, des jeunes, des professionnels, des amis de PEPS. Vous parlerez peut-être du dernier numéro ou des articles que vous avez aimés, et de ceux qui vous ont indignés, vous prendrez contact et ce sera aussi un moyen de rompre un isolement fréquent quand on devient parent. Voir d’autres lecteurs en chair et en os c’est quand même chouette ! » Les rendez-vous sont ouverts à tous, même aux non-lecteurs du magazine.

http://grandissons.org/?page_id=625

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Auteur pour enfants, Kevin Henkes

Par Marie

Nous initions ici une nouvelle catégorie, la catégorie « JAiLuLe » qui présentera des livres (j’ai lu le livre) et des auteurs (j’ai lu l’auteur) d’ouvrages pour adultes mais aussi surtout pour enfants, dès le plus jeune âge.

En introduction, je vous propose de regarder cette vidéo (en anglais), dans laquelle vous verrez Kevin Henkes (l’auteur que je souhaitais vous présenter aujourd’hui) décrire sa manière de travailler, la construction des livres, ses méthodes de dessin…

If we expose our kids to books and art, nothing but good can come from it!

Tiens, un livre qui traîne sur une table de la bibliothèque… Oh, ça parle d’ours (1) ! Oh mais il est bien joli ! ça parle des saisons, c’est tout doux, peu de texte, allez, je l’emprunte (2) pour ma louloute. Et bien m’en a pris ! Pendant les trois semaines de l’emprunt, on a lu « vieil ours » quasiment tous les jours…

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Je l’ai bien sûr acheté dans la foulée et j’en ai profité pour acquérir en même temps un autre livre de Kevin Henkes appelé « un petit bol de lait dans le ciel ». Là, l’intérêt de ma fille ne fut pas le même que pour le livre précédent. Ce fut… une révélation ! Dès la première découverte, je dus le relire cinq fois d’affilée. Bien sûr, après quelques mois, l’enthousiasme s’est un peu éteint mais il en reste des choses particulières, qui nous plaisent à elle et à moi. Par exemple, sur une des pages, Minou (l’héroïne du livre) est tombée dans l’eau et elle a vraiment une drôle de tête (qui fait un peu peur ?). La puce et moi lisions ainsi le texte :

« Pauvre Minou ! Elle est mouillée

–          Mnamna (3)

–          Et triste

–          Mnamna !

–          Et fatiguée

–          Mnamna !!

–          Et elle a faim ! »

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Après ce grand succès (je l’ai déjà offert deux autres fois), j’ai cherché encore d’autres livres du même auteur et trouvé « une belle journée ». Encore une fois, cet ouvrage a beaucoup plu. C’est une histoire très naïve et tendre où la nature tient une grande place. Les illustrations sont toutes douces et l’atmosphère très positive. Le suivant fut en anglais puisque les autres livres de cette catégorie d’âge ne sont pas encore disponibles en français, il s’agit de « Little White Rabbit ».

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L’auteur des livres dont je viens de vous parler s’appelle donc Kevin Henkes. Il est né en 1960 dans le Wisconsin et a publié son premier livre en 1981. En plus de la série décrite ci-dessus, il a également réalisé des livres pour les enfants un peu plus grands (les souris Lilly, Juliette, Oscar, etc.) et des romans (Olive’s ocean par exemple).

Sur son site internet, Henkes propose différentes ressources en rapport avec ses livres : http://www.kevinhenkes.com/for-teachers-librarians-parents/

Par exemple, pour « vieil ours », il propose entre autres choses d’associer le livre avec de la musique. Puisque l’histoire implique une description des saisons, il suggère d’écouter un des concertos des quatre saisons de Vivaldi, et de demander aux enfants de choisir à quelle saison il fait référence.

 

Je vais maintenant attendre avec impatience la sortie des traductions françaises de « Little White Rabbit » et de  « My Garden » et mettre dans une liste des listes du coin de ma tête (4), celle des « livres pour quand louloute sera plus grande » les histoires de souris !


Notes du bas de la page :

(1)    J’aime bien ça, moi, les ours

(2)    L’inscription à la bibliothèque est gratuite et permet (à Nice en tout cas) d’emprunter jusqu’à 18 livres pendant 3 semaines. Aux deux ans de l’enfant, il peut avoir sa carte personnelle, ce qui nous amène à 36 livres… Et puis il y a pas mal de bibliothèques de quartier réparties dans la ville. Allez donc voir par ici : http://www.bmvr-nice.com.fr/opacwebaloes/index.aspx?IdPage=3

(3)    Veut dire « manger » et « faim » dans la langue de ma fille

(4)    Oui, bon, chacun organise son cerveau comme il l’entend, hein.

 

Compte-rendu de la conférence d’Olivier Maurel

Par Lise et Marie

Nous avons eu l’honneur de recevoir Oliver Maurel qui est venu nous faire une conférence vendredi 25 Avril, à l’occasion de la 10ème journée de la Non-Violence Éducative sur le thème : Pourquoi et comment s’orienter vers une éducation sans violence ? Comme promis, en voici un compte-rendu.


Olivier Maurel est né en 1937. Il était près de Toulon lors de la guerre, et a été témoin de combats près de chez lui, ainsi que de la déportation et des récits de sa sœur ainée. Marqué par ces faits, devenu professeur de lettres, il s’est interrogé sur ce qui pouvait être à l’origine des la violence chez les humains et découvre les ouvrages d’Alice Miller, en particulier « C’est pour ton bien ». C’est à la demande de cette dernière qu’il a rédigé son premier livre, « la Fessée ». Il est également le fondateur de l’Observatoire de la Violence Éducative Ordinaire.

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Il observe que, dans les pays où les enfants sont davantage frappés, la situation se répète, car elle apparaît comme la normalité aux nouveaux adultes. Ces méthodes d’éducation s’apparentent pourtant, dit-il, à un virage dangereux à signaler.

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Compétences et comportements innés de l’Homme

 

L’Homme est, nous dit Olivier Maurel, un animal social, doué de compétences innées, qui se développent seules, avec le soutien de l’adulte. L’organisme sait qu’il ne peut pas vivre seul. Cela se décline en quatre capacités :

  • Les enfants agissent dans la mesure où l’attachement leur est absolument nécessaire (John Bowlby (1)). En effet, le fait que le nourrisson cherche à téter dès la naissance est le premier des comportements relationnels, lié également à la production d’ocytocine, cette hormone de la tendresse, chez la mère. De même, les pleurs de l’enfant bras tendus vers l’adulte, et le physique séducteur des bébés ont pour rôle d’éviter un abandon qui signifierait la mort.
  • L’imitation est caractéristique de tous les enfants. On parle de neurones-miroirs, qui enregistrent les comportements observés et se préparent à reproduire le geste, toujours dans un rôle lié à la relation avec l’entourage.
  • Dès leur plus jeune âge, les enfants sont capables de manifester de l’empathie, ils peuvent identifier les émotions et les intentions des autres. Ainsi en témoigne l’observation des bébés qui se mettent parfois à pleurer tous en même temps dans les maternités.
  • Les jeunes enfants font preuve d’un altruisme spontané. Ils ont des capacités de consolation, et apportent naturellement leur aide à l’adulte s’ils remarquent que c’est nécessaire, par exemple lorsqu’ils voient un adulte trop chargé pour ouvrir la porte de l’armoire (Warneken, voir la vidéo ci-dessous).

 

 

En outre, les enfants manifestent des capacités de réflexion précoces, qui, par exemple, leur permettent de réfléchir à un ordre avant d’agir et de ne pas obéir s’ils ne trouvent pas de raison à le faire. De même, ils manifestent une préférence pour les figurines de jeu qui ont offert leur aide aux autres qu’à celles qui ont des rôles négatifs.

Pour vivre, l’enfant est prêt à s’adapter à tout, y compris à son environnement éducatif, quel qu’il soit, pour garder un lien avec ses parents. Ainsi, les neurones se connectent en fonction de l’éducation reçue, qui peut, par exemple, induire la peur, un manque de confiance dans les autres et en soi… L’enfant n’ayant pas de point de comparaison, il croit ce qu’on lui dit, y compris si on lui affirme qu’il est méchant, paresseux… Ainsi, l’enfant frappé continue à aimer ses parents, mais il cesse de s’aimer lui-même.

 


Définition de la violence éducative

 

Olivier Maurel nous décrit la violence éducative comme un iceberg. L’iceberg figure la différence entre violence éducative et maltraitance : la partie émergée figure la maltraitance reconnue (qui dépend de la société dans laquelle on vit. En France, on considère par exemple que si la fessée est admise, il n’en est pas de même pour des coups de bâtons). Sous la mer, toutes les formes de violences destinées à l’éducation des enfants.

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36 pays ont fait totalement émerger cet iceberg en interdisant toute forme de violence. L’UNICEF a obtenu que dans la majorité des pays, la violence à l’école soit interdite. Il reste donc plus de 150 pays où on continue, parfois dans les écoles aussi, parfois seulement à la maison, à employer la violence. Dans les sud des Etats-Unis, par exemple, on peut utiliser une latte de bois pour corriger les élèves (Olivier Maurel nous dit posséder un exemplaire qui lui a été envoyé).

Parallèlement à la violence physique, il y a aussi la violence verbale, celle qui consiste à asséner à l’enfant des « tu es nul », « tu feras le trottoir », comportant les insultes, le chantage… Et la violence psychologique (manque d’attention, attitudes méprisantes, etc).

Pour reconnaître s’il s’agit de violence, il suffit de se demander si on supporterait un tel comportement de la part de quelqu’un qu’on aime. Si ce n’est pas le cas, ce n’est pas bon non plus pour l’enfant.

La banalisation de la violence éducative provoque une sorte de mépris des enfants. L’idée qu’il faut corriger les enfants remonte à fort loin : la Bible contient une douzaine de proverbes qui recommandent de frapper les enfants, St Augustin invente au 4ème siècle le péché originel, Freud décrit les enfants comme parricides, porteurs d’inceste, Kant écrit que L’homme a été taillé dans un bois si tordu qu’on n’en pourra jamais tirer quelque chose de tout à fait droit.» De tout cela perdure l’idée que seule la violence peut fonctionner pour redresser l’enfant (corriger = rendre droit), cela reste présent dans le vocabulaire et dans la culture. Ainsi : « une bonne fessée n’a jamais fait de mal à personne »… Quant aux enfants, ils seront affublés de termes comme « mouflets, morveux, chiard, merdeux, pisseuse… » qui n’ont pas une étymologie très tendre…

La violence éducative se transmet aussi par les neurones miroirs, et enseigne la violence. Lorsqu’elle est utilisée lors de petits conflits, elle enseigne à lier conflit et violence. Elle entraîne l’impulsivité à laquelle on s’habitue dès l’enfance, au lieu de montrer le conflit comme quelque chose de normal, y compris quand on s’aime, et qui peut être une bonne chose quand on le dépasse.

Olivier Maurel nous dit qu’un des rôles essentiels des parents est de permettre le découplage entre conflit et violence.

 


 Les conséquences physiques et mentales de la violence 

 

  • Le stress est une des principales conséquences physiques causées par la violence. A l’origine, le stress est un moyen de défense face au danger, qui provoque fuite, paralysie ou défense. Il se caractérise par un flot d’hormones qui apporte à l’organisme plus de sang de sorte à préparer les muscles à réagir. Or, des études menées sur des rats montrent que si on ne peut ni fuir ni se défendre d’un stress répété, le système digestif s’altère. Les hormones de stress (cortisol et adrénaline) pourraient détruire les capacités cognitives ; le système immunitaire est également atteint, ainsi que la croissance, délaissés au profit de la préparation de l’organisme à lutter contre le danger.
  • Sur les capacités relationnelles : en ce qui concerne l’attachement, s’il est mélangé aux réactions de violence dans la famille, l’enfant risquera de mêler les deux, ce qui augmentera la possibilité qu’il reproduise ce schéma, par exemple en violence conjugale.
  • Sur la sexualité : il semble exister une relation entre la violence éducative et le développement d’une sexualité déviante. JJ Rousseau raconte par exemple dans ses confessions que la fessée l’a rendu masochiste.
  • Sur l’imitation des comportements : d’après Olivier Maurel, on acquiert un seuil de tolérance à la violence lors de notre enfance ou de notre adolescence. Pour quelqu’un qui n’a pas subide violences lors de l’enfance, la violence est perçue comme une anomalie.

Olivier Maurel nous rappelle qu’il ne s’agit là que d’une augmentation statistique des risques et qu’il est bien sûr possible d’échapper à ces conséquences d’un point de vue individuel. Mais le fait que la violence éducative soit répétée et sur une longue période joue un rôle important. En effet, celle-ci peut débuter lors des premières « bêtises » du tout petit enfant et perdurer jusqu’à la majorité ou même après (à titre d’exemple, Olivier Maurel nous conseille le livre de Gavino Ledda, Padre Padrone).

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Olivier Maurel mentionne une étude réalisée sur des chiens, et qui montre que, lorsqu’ils sont enfermés dans une cage électrifiée dont ils n’ont pas la possibilité de sortir, ils n’ont par la suite plus l’idée d’essayer de s’enfuir lorsque cela devient possible. Il s’agit là de « détresse acquise ». Ainsi, la violence ne prépare pas à supporter la « dure vie » qui attend le futur adulte, mais au contraire, peut causer de tels comportements de passivité.

Enfin, obligé de s’endurcir pour supporter la violence, il arrive que l’enfant devenu adulte oublie cette violence qu’il a subie, ce qui entraîne également des problèmes au niveau de ses capacités d’empathie.

Les enfants sont capables d’acquérir très jeune les notions de justice et de bien et de mal. L’adage « ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’on te fasse », attribué à Confucius (probablement parce qu’il fut le premier à l’écrire), représente un principe élémentaire de la morale. Olivier Maurel nous cite une thèse réalisée sur l’emploi de cette formule, de Confucius en 500 avant J.C. à Barrack Obama en 2004. Il aura fallut attendre la fin du XXème siècle pour qu’un psychologue américain remarque que cette formule n’était jamais appliquée aux enfants : ils se retrouvent en dehors du domaine de la morale !

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Quels comportements adopter pour essayer de sortir de la violence éducative ?

Il est important tout d’abord de réaliser un travail sur soi-même dans le but de se déconditionner, en particulier d’oublier l’idée qu’il pourrait exister une bonne violence. Notons que l’enfant que l’on a été est notre base fondamentale et qu’il est important de s’y reconnecter.

Certaines thérapies peuvent être utiles pour se faire aider dans ce travail, tels que des psychothérapies, le neuro-feedback (http://www.neurofeedback-france.fr/4.html) ou encore l’EMDR (http://www.emdr-france.org/spip.php) (Olivier Maurel nous raconte avoir personnellement testé cette dernière avec beaucoup de réussite).

En situation de crise, l’adulte pourra parler d’avoir la « sensation que la main le démange », l’instinct tendant à chercher à reproduire le passé (Olivier Maurel parle du geste venant du passé à travers la main du parent). On peut alors tenter de se recentrer sur soi-même : respirer profondément pour se détendre, compter mentalement, chanter, sortir de la pièce… sont autant de petites aides pour essayer de ne pas réagir par réflexe, mais de faire passer la réflexion avant.

Il est important de se mettre dans une position intérieure de question. On peut aussi demander à voix haute « qu’est-ce qui nous arrive ? », ce qui peut aider à se calmer et l’enfant aussi.

Ensuite Olivier Maurel nous conseille plusieurs auteurs qui offrent des pistes pour trouver des solutions (2), tels que :

–          Les ouvrages d’Isabelle Filliozat, en particulier « j’ai tout essayé ! » et « Il me cherche ! »

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–          Le dernier livre de Catherine Guéguen « Pour une enfance heureuse »

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–          Jesper Juul : « Regarde… ton enfant est compétent : Renouveler la parentalité et l’éducation»

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–          Catherine Dumonteil-Kremer « Une nouvelle autorité sans punition ni fessée »

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–          PEPS magazine (en particulier le dernier numéro) : Olivier Maurel est désormais auteur régulier de chroniques pour le magazine

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Il est, en outre, primordial d’accueillir les émotions de l’enfant. Entre 18 mois et 4 ans, on parle du « pic de violence », lié au nombre important de découvertes qu’il fait au quotidien, aux émotions dont il est le centre, et que l’enfant peut manifester en donnant des coups. Cela disparaît bien avant l’adolescence et n’a rien à voir avec la violence des adolescents et des adultes, qui, elle, est acquise culturellement. Nommer les émotions peut aider le tout-petit à prendre ses distances avec elles. L’utilisation de signes de la langue des signes pourra l’aider à le faire avant de savoir parler.

Enfin, il s’agit de définir clairement notre rôle en tant que parents. Le psychothérapeute Pierre Lassus (auteur de livres sur la maltraitance des enfants) suggère les trois principes de base «  Protéger, Pourvoir, Permettre »

  • Protéger : ce qui ne veut pas dire se faire trop de souci et empêcher l’enfant d’agir, mais de mesurer ce qu’il peut faire par rapport à son âge. En effet, l’enfant se protège aussi lui-même le plus tôt possible.
  • Pourvoir : aux besoins fondamentaux physiques, affectifs et intellectuels (en utilisant le langage, en évitant le mensonge…), ce qui ne veut pas dire accéder à tous les désirs immédiatement. Ceux-là, on pourra les écouter, les noter par écrit, jouer autour par l’imaginaire… Dans ce domaine, les réponses principales seront apportées par l’exemple.
  • Permettre : laisser l’enfant aller vers un but. Olivier Maurel nous donne cette définition : « le rôle de l’autorité, c’est de savoir permettre. » Le but de l’éducation, en effet, est de conduire l’enfant à l’autonomie. Il s’agit donc d’avoir confiance en ses capacités, tout en restant lucide par rapport à son âge. Notre conférencier fait ici une distinction claire entre « veiller sur », qui rime avec bienveillance, et « surveiller », qui sous-entend méfiance.

Il faut pourtant savoir dire non, expliquer, établir des règles claires pour la vie familiale. Elles seront d’autant plus respectées qu’il y en aura aussi pour les parents à l’avantage des enfants (par exemple, « papa doit lire une histoire chaque soir ») et faites avec l’enfant.

Isabelle Filliozat propose de préférer le « stop » : qui vise un comportement et s’exprime souvent avec un visage ouvert, au « non », qui peut sonner comme un refus sur la personne, et s’accompagne de sourcils froncés. De même, il est préférable de parler positivement (« on reste sur le trottoir »), plutôt que d’employer la négation (« on ne traverse pas la route »), difficile à assimiler par les enfants, compte tenu de l’immaturité de leur cerveau.

Enfin, comme le dit Jasper Juul, on peut se demander : « si j’avais un conflit avec mon ami, comment me comporterais-je ? » pour obtenir quelques réponses quant au comportement à adopter. « Il faut rendre les conflits constructifs plutôt que chercher à avoir raison à tout prix », nous dit-il encore.

Bien sûr, tout ceci est plus facile à dire qu’à faire, d’où l’importance de se ménager un réseau de soutien : le conjoint, les livres, les listes de discussion (telles « Parents-conscients » sur Yahoo (3)), les associations (comme Grandissons (4)) pourront aider.

Quelques autres pistes lancées par Olivier Maurel et tirées de son expérience familiale : écrire les difficultés du moment (permet de prendre du recul par rapport à la situation présente) ou encore se dire que c’est le regard qu’on lui porte qui peut causer les difficultés de l’enfant, créant un cercle vicieux, et essayer de changer ce regard.

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 Les questions du public 

(Nous ne citerons que des pistes de réponses, par soucis de concision)

1 –      A propos du pic de violence chez les enfants : comment gérer la violence entre frères et sœurs en tant que parent ?

L’arrivée du 2ème enfant peut parfois être à l’origine de la violence éducative (système de protection du plus jeune). Suggestion de la lecture de « Frères et sœurs sans rivalité » d’Adèle Faber et Elaine Mazlish

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2 –      Quelles alternatives à la punition ?

Olivier Maurel cite en particulier le dernier numéro de PEPS qui parle entre autres des alternatives aux punitions et aux récompenses.

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3  –      Loi d’interdiction de la fessée, où en est-on en France ?

Olivier Maurel suggère de voir le documentaire de Marion Cuerq « si j’aurais su… je serai né en Suède ! » (on en a parlé ici même).

4  –      Y’a-t’il un lien entre l’éducation que l’on reçoit et la non-réaction à une scène d’agression ? (au sujet de l’agression dans le métro à Lille)

Difficulté de réagir dans un groupe parce qu’on a tendance à attendre que quelqu’un réagisse à notre place.

Etude sur les Justes (personnes qui ont recueilli, protégé ou défendu des personnes menacées durant la période du Régime de Vichy).

5  –      Que penser des cris ? Est-ce traumatisant pour les enfants de crier?

Dans PEPS magazine, Anne-Marie Bosems suggère de transformer les cris en manifestations théâtrale (voir article « La Castafiore », rubrique Anti-pétage de plombs dans le numéro 6 ).

castafiore« Oui, je l’avoue, parfois j’aimerais que le pyjama qui traîne au milieu du salon soit ramassé par son propriétaire, que le départ pour la médiathèque se fasse vite et bien ou que les bagarres s’arrêtent. Entre autres choses qui m’agacent et pour lesquelles je souhaiterais une coopération enthousiaste de toute ma tribu ! Le plus souvent, je parle plus fort, je crie même parfois. […] Mais dans les très bons jours, c’est-à-dire quand j’ai de l’énergie et que je suis joyeuse, je réussis souvent quelque chose d’épatant : je chante. […] il ne faut pas hésiter à faire la Castafiore […] elle prend des poses, le dos de la main sur le front, elle est prête à défaillir… C’est à la fois un moment de détente, une bouffée d’oxygène, un éclat de rire et un moment de coopération. »

 

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6 –      Enseignante confrontée à 30 enfants de 3 à 5 ans : situation anti-naturelle, existe-t-il des solutions pour qu’elle soit plus sereine ?

Piste : témoigner du respect, voire de l’affection, pas vraiment de réponse…

 


Conclusion

Peu de temps avant le début de la conférence, Olivier Maurel nous a parlé d’une émission de France Inter où il était invité avec Aldo Naouri (un pédiatre s’étant récemment illustré pour son apologie du viol conjugal (6)) pour débattre sur le thème « Faut-il être un dictateur avec ses enfants ? ». Autant vous dire que l’on se rend compte très rapidement, rien que dans la forme des prises de parole de l’un et de l’autre, dans quel camp se situe la violence… (7)

Un grand merci à Olivier Maurel pour sa venue, la clarté de son exposé et sa gentillesse. Merci également au public (8) venu nombreux et ses excellentes questions qui ont fait avancer la réflexion.

 


 

Notes en bas de la page :

 

(1) Nous reparlerons d’attachement ici très bientôt.

(2) Nous avons quelques livres d’Isabelle Filliozat, d’Alice Miller et d’Olivier Maurel dans notre bibliothèque de prêt.

(3) Nous avons nous aussi listé un certain nombre de ressources sur notre page Education non-violente.

(4) oui, oui, nous sommes là aussi pour ça !

(5) Vous pouvez aussi aller consulter la page fb 21 jours sans crier sur mon enfant 

(6) Pour en savoir plus : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/820245-violez-la-l-etrange-humour-du-pediatre-aldo-naouri-et-la-complaisance-de-elle.html

(7) Emission radio France Inter « ça vous dérange » 2008 : Olivier Maurel et Aldo Naouri. En 4 parties :
1 : http://www.dailymotion.com/video/x6eilb_fr-inter-ca-vous-derange-060808-pt1_lifestyle#.UWMlsJONhqc
2 : http://www.dailymotion.com/video/x6ek9c_fr-inter-ca-vous-derange-060808-pt2_lifestyle#.UWMlzJONhqc
3 : http://www.dailymotion.com/video/x6ekcy_fr-inter-ca-vous-derange-060808-pt3_lifestyle#.UWMl4JONhqc
4 : http://www.dailymotion.com/video/x6ekf1_fr-inter-ca-vous-derange-060808-pt4_lifestyle#.UWMl85ONhqc

(8) Merci spécialement à Ludivine qui a très rapidement mis son résumé en ligne, il nous a aidé à organiser notre compte-rendu.

Compte-rendu de la conférence d’Isabelle Filliozat

Par Marie

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Grandissons était partie le  5 Avril 2014 à St Raphaël voir la conférence d’Isabelle Filliozat organisée par l’association Bébé En Conscience (que l’on remercie (1) au passage pour cette très bonne idée). On vous avait promis un résumé, le voici !


Les questions du public, voici bien une des choses ennuyeuses dans les conférences. : si c’est pendant, ça peut vite être le bazar, si c’est après, peu de personnes peuvent s’exprimer… Pour remédier à ce problème, Isabelle Filliozat nous propose de nous mettre par groupes de six et de produire une question par groupe. Elle tirera ensuite trois questions générées par le public et construira son intervention autour de celles-ci.

 

Première question : « Que faire lorsque l’enfant réagit négativement à une contrainte ? »

Elle interroge sur la réelle nécessité de poser des contraintes. Il s’agit de faire la différence entre une chose essentielle pour la santé (par exemple se laver ou se brosser les dents) et une demande du type « ranger les jouets » qui n’ont pas la même importance. Nos enfants ne sont pas particulièrement en désaccord avec ce que nous leur demandons, c’est plus souvent la forme qui leur déplaît. L’enfant a besoin, comme l’adulte, de se sentir avoir une prise sur les choses, et de faire fonctionner son libre-arbitre : « Je vais vous dire un scoop : un enfant de deux ans et demi, c’est déjà un humain ! ».

Isabelle Filliozat nous décrit une situation type : « On sait que certaines choses ne fonctionnent pas, on le fait quand même… On lui dit « mets tes bottes », il dit non et pourtant, la fois suivante, on lui redit « mets tes bottes ». […] L’enfant ne refuse pas véritablement de mettre ses bottes, il a juste envie de le décider par lui-même. » Elle suggère de dire un seul mot. Ici : « bottes ». L’enfant va mettre en marche une réflexion qui va l’amener à se dire en lui-même « tiens, oui, il faut que je mette mes bottes », ce qui le rend sujet et non objet de la situation. Elle illustre son propos en parlant de son fils adolescent qui est ainsi beaucoup plus réceptif à ce genre de demande : par exemple, l’envoi d’un SMS « douche » fonctionne bien ! [rires dans la salle]

Isabelle Filliozat nous demande ensuite quand est « l’âge du non ». Elle fait référence au chapitre sur « le non des parents » dans son livre J’ai tout essayé ! (vers les 1 ans de l’enfant) et à l’intérêt d’employer le mot stop plutôt que non.

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Deuxième question : « Un enfant de 4 ans et son petit frère de 2 ans : pourquoi le grand continue t’il de taper alors qu’il parle et qu’il est capable d’exprimer ses émotions ? »

Est-ce un problème de limites non posées ? Si l’on écoute les conseils de la voisine (ou de certains psy cathodHics), il est essentiel de « poser des limites ». Selon Isabelle Filliozat, poser des limites, en particulier au moment de la crise elle-même revient à vouloir poser un couvercle sur une casserole de lait qui bout. Or, il vaut mieux éteindre le gaz…

L’enfant a besoin d’avoir son réservoir d’amour plein. En donnant de l’attention spécifique à un enfant, on remplit son réservoir. Il n’est pas question d’amour conditionnel. Elle fait le parallèle avec une voiture : « Si tu me conduis à bon port, je mettrai de l’essence dans ton réservoir. « Non, ça ne marche pas comme cela ! » »

Isabelle Filliozat nous parle des trois types de réaction au stress : agression, fuite ou figement. L’agression est donc un moyen pour l’enfant d’exprimer son stress [elle mime l’amygdale de l’enfant stressé avec beaucoup de conviction]. L’amour et le contact donnent des moyens de gérer ce stress, en particulier lorsqu’ils sont prodigués par la figure d’attachement de l’enfant. Elle cite la pédopsychiatre Nicole Guédeney (2) qui a grandement participé à faire connaître en France la théorie de l’attachement que l’on doit à John Bowlby (2). La mère est comme un porte-avion et l’enfant est l’avion qui peut explorer le monde tant qu’il peut revenir dès qu’il en ressent le besoin vers sa figure d’attachement. Isabelle Filliozat donne l’exemple de la femme qui profite d’un temps de jeu de son enfant pour appeler une amie au téléphone. De manière quasi certaine, l’enfant va vouloir attirer à nouveau l’attention de sa mère, même s’il semblait s’en désintéresser quelques secondes auparavant. Il s’agit là de ce qui s’appelle un « comportement d’attachement ».

Voici le film qu’elle nous montre à cette occasion et qui permet de se familiariser avec les notions d’attachement (John Bowlby) et d’empreinte (Konrad Lorenz) :

On a pu voir sur le film suivant l’expérience dite « du visage impassible », qui illustre le déclenchement du comportement d’attachement lorsque le parent est non disponible (bien que physiquement présent).

Ainsi, pour répondre à la question initiale, et malgré le fait que cela soit totalement contre-intuitif pour nous, Isabelle Filliozat suggère de faire un câlin à l’enfant de 4 ans qui vient de taper son frère, parce que ça remplit son réservoir d’amour (qui est manifestement vide) et que cela répond au comportement d’attachement.

Une des raisons qui peut pousser un enfant à être agressif envers un plus petit (comme par exemple son petit frère) est la présence de neurones miroirs dans son cerveau (3). Ils permettent l’empathie, de se mettre à la place de l’autre et même de savoir ce que ressent l’autre. Ceci induit chez le plus grand une tentation de régression et il déteste ça…

La troisième question concerne l’autorité : « comment se faire respecter par 3 enfants (des garçons) ? »

Une interrogation (qui reste ici sans plus de développement mais qui est très intéressante), puisque le genre des enfants est précisé : y’a-t’il un rapport différent des garçons et des filles à l’autorité ?

Nous avons en tant que parent « l’autorité fonctionnelle ». Il n’est pas nécessaire d’utiliser une autre autorité : nos enfants savent que nous savons nous débrouiller dans la vie. « L’autorité, est-ce donner des ordres, poser des interdits, donner des punitions ? » Et d’ailleurs, le comportement parental est-il véritablement toujours irréprochable ? Isabelle Filliozat nous décrit une situation dans laquelle un enfant de 8 ans dit à son père en rentrant de l’école « de toutes façons, toi, tu es nul ! ». La réponse bienveillante serait de dire « ouhlà ! On dirait que tu as passé une mauvaise journée, est-ce que tu veux en parler ? ». Mais on est parfois complètement débordé par ses propres réactions de stress : cela peut par exemple renvoyer à des choses de notre propre enfance. Le cerveau des parents ayant reçu étant enfant tout l’amour et l’attachement nécessaire est capable de prendre soin de son enfant. Il en retire même du plaisir (intervention de l’ocytocine (4)). Si non, si l’on a vécu des comportements de mépris, de rejet, voire des maltraitances, on peut, une fois devenu parent à son tour, manquer de ressources : on sera stressé par les demandes de nos enfants (et aura des réactions de fuite, agression ou figement). De la même manière qu’en cas de dépressurisation, il faut mettre son masque à oxygène avant de vouloir aider son voisin, il est nécessaire de réussir à se calmer avant de tenter de calmer son enfant.

Isabelle Filliozat évoque ensuite l’idée reçue selon laquelle les enfants testent nos limites. Elle insiste sur le fait que ce n’est jamais le cas. Elle nous raconte la situation de l’enfant parti à la crèche avec son réservoir d’amour à vide, qui a été charmant toute la journée (a retenu beaucoup de stress) et explose lorsque sa mère vient le chercher parce qu’elle n’a pas pris le bon paquet de gâteau. Le problème ne vient bien sûr pas du choix des gâteaux, ce n’est pas non plus un caprice. L’enfant, retrouvant enfin sa figure d’attachement, peut se permettre de vider son sac !

Elle nous parle ensuite des pères. Elle cite le fait que statistiquement, pendant la première année de leur enfant, les pères restent au travail en moyenne une demi-heure de plus. Lorsque son conjoint rentre, plutôt que lui demander un câlin (ce dont on a réellement besoin), on a tendance à lui faire des reproches : l’enfant fait pareil !

Isabelle Filliozat [décidément très douée pour nous figurer les situations] nous expose la « technique du voilà » (c’est le « câlin pour les nuls » à l’attention des conjoints qui doivent se contenter de prendre leur femme dans leurs bras et lui tapoter le dos en disant « voilà »).

Copie de P1020698

Quelques dernières choses à rajouter avant de terminer : 

Isabelle Filliozat fait passer une sucette sur laquelle il y a écrit un texte… Lecture des ingrédients, notamment des divers colorants et conservateurs contenus dans la sucette, ainsi que la mention : « Peuvent avoir des effets indésirables sur l’activité et l’attention des enfants ». D’après le site http://www.les-additifs-alimentaires.com/ :

 Les fabricants dont les produits contiennent l’un des colorants suivant: E102 (tartrazine)E104 (jaune de quinoléine)E110 (jaune orangé)E122 (carmoisine)E124 (Ponceau 4R) et E129 (rouge allura) doivent ajouter la mention « Peuvent avoir des effets indésirables sur l’activité et l’attention des enfants ». (5)

Elle évoque des notions de psycho-nutrition (6) et le fait que l’on consomme énormément de sucres. Il est avéré qu’ils ont une influence sur les comportements (elle cite un certain nombre d’études qui étayent cela).

En répondant à ces trois questions, elle nous a donné les éléments pour pouvoir répondre aux autres questions : est-ce un problème lié à l’âge de l’enfant, au fait que son libre-arbitre a été contraint, est-ce un problème de réservoir d’amour ou est-ce un conflit entre deux enfants ? Elle fait d’ailleurs repasser les papiers pour qu’on puisse le vérifier nous-mêmes.

Conclusion

Voilà une intervention qui remotive ! Et bien sûr, il y a ce côté très agréable de pouvoir rencontrer une personne dont vous appréciez les écrits, même de loin, même deux minutes (j’aime beaucoup ce que vous faites !).

Je lui ai dit en lui faisant signer quelques livres que nous étions une jeune association nommée Grandissons et qu’on serait très heureuse de l’accueillir dans quelques années.  « Quand vous aurez grandi ? »

Voilà 🙂


Quelques notes mises (en) bas :

(1) Un grand merci également à Florence pour le trajet !

(2) Je vous reparlerai de l’attachement et des personnes citées très prochainement.

(3)  Ecouter, pour aller plus loin, l’excellente émission « sur les épaules de Darwin » de Jean-Claude Ameisen que France Inter consacrée à ce sujet : http://www.franceinter.fr/emission-sur-les-epaules-de-darwin-le-lien-qui-nous-rattache-aux-autres

(4) On aura l’occasion de reparler de cette hormone magique.

(5) Vous pouvez aller voir cet article pour creuser le sujet : http://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140673607613063/abstract

(6) Isabelle Filliozat a elle-même publié un livre sur la nourriture : http://www.amazon.fr/Bien-dans-cuisine-Isabelle-Filliozat/dp/2709638347/ref=cm_cr_pr_pb_t

Dans les transports

Par Marie

Il s’agit aujourd’hui d’une affaire de civilités dans les transports en commun. J’ai appris tout récemment l’ordre des priorités (je cite le site de Lignes d’Azur (1), le système de transport des Alpes Maritimes) :

« A qui les places assises du bus et du tramway sont-elles destinées en priorité ?

Dans l’ordre, aux mutilés de guerre, aux aveugles civils, aux invalides du travail, aux infirmes civils, aux femmes enceintes, aux personnes accompagnées d’enfants de moins de 4 ans et aux personnes âgées.

Les places doivent toujours être laissées à ces passagers. »

Vous avez peut-être repéré dans le tram ces belles illustrations des choses à faire pour bien vivre ensemble le temps du trajet : on ne prend pas deux sièges quand on fait moins de 250 kilos, on laisse sa place, etc.

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Ainsi, ce monsieur-là, s’il est seulement vieux, qu’il arrête de faire semblant de dormir, il doit sa place à la femme enceinte. [On me dit dans l’oreille que je suis un peu rude ici. Ce n’était qu’une boutade pour illustrer mon propos, bien sûr qu’on doit le respect à nos aînés et que ce monsieur est très bien assis.]

Et la femme rousse, sais-tu pourquoi elle se lève ? Parce qu’elle aussi, elle est enceinte. Elle, elle sait (mais elle ne se sent pas assez légitime (pas facile quand ça ne se voit pas encore, alors que c’est un moment où l’on peut être très fatiguée) pour faire lever le vieux monsieur) (2).

Donc, si l’intention de ces visuels est tout à fait louable, il en est un qui est complètement à côté de la plaque :

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Je résume : s’il y a beaucoup de monde, il faut plier sa poussette. Par chance, cette poussette-ci, malgré son équipement (capote et chancelière), se plie volontiers. Par magie, le marmot reste bien sagement debout à côté de sa mère. Et le tout, avec le sourire s’il vous plait ! (3)

Ceci est l’oeuvre de quelqu’un qui n’a pas d’enfant, voire qui n’en a jamais vu, pas plus qu’il ne sait ce qu’est une poussette.

Certes, il est moins encombrant d’utiliser un porte-bébé et de porter son enfant, mais ce n’est pas toujours possible (mal de dos, courses à faire, pas envie…) et surtout, ce genre de choix ne regarde personne.

Soyez sympas, les gens : emmener un enfant dans les transports en commun, ce n’est souvent pas une partie de plaisir, ça n’est pas la peine d’en rajouter avec des injonctions crétines sous couvert de respect…


La musique du bas de la page (4) :

(1) Ici, dans la FAQ de leur site : http://www.lignesdazur.com/presentation/?rub_code=57&thm_id=117&gpl_id=

(2) Mais du coup elles papotent et s’échangent leurs numéros de téléphone.

(3) Oui, parce qu’en plus, les paquets ont disparu ! (Elle a du se les faire voler pendant qu’elle réalisait la manœuvre)

(4) Je m’essaye aux variations sur les notes. Mais du coup, cet article a été rédigé avec l’aide de Thomas Fersen, à qui j’ai emprunté le titre d’une chanson : https://www.youtube.com/watch?v=4qUP02IZ190

Bulles de Printemps

Par Marie

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Dimanche 30 Mars à Cagnes (parc Rainier III) et dimanche 6 Avril à Nice (parc des arènes de Cimiez), nous vous avons invité à venir faire des bulles avec nous.

On voulait bien sûr faire des bulles de savon (à Cagnes, on a pu tester différents systèmes, voyez plutôt)

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Mais on avait aussi dans l’idée de s’amuser avec des couleurs (*) (Louison en pleine action) !

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Notre recette :

1/2 de produit à bulle (on n’a pas encore testé le « fait maison »)

1/2 de gouache préalablement diluée dans un peu d’eau

Ensuite, la technique n’est pas évidente mais ça fait de jolies choses (et on peut compter sur Mathilde pour éclater les bulles) !

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Voici vos plus belles réalisations à Cagnes (en noir) :

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(en couleurs)

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Et à Nice :

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Merci à toutes et à tous pour ces jolis moments 🙂

 

 

(*) Et les couleurs, il faisait tellement beau, qu’on a aussi pris du rouge sur la peau !

Les enfants ne sont pas des machines à bisous

(De la prise en considération du consentement de l’enfant)

Par Marie

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Nous marchions joyeusement dans la rue, ma fille et moi, elle confortablement calée dans son Boba-d’Amour (1) et moi les mains dans les poches.  « Mettez-lui son bonnet, elle va être malade !!! » Bon alors, non, déjà, on ne devient pas malade de l’absence de bonnet (de même qu’on n’attrape pas le rhume par les pieds) et puis ensuite, de quoi je me mêle ?!

En vrai, j’ai répondu au charmant vieux con monsieur qui m’interpellait ainsi. Je lui ai dit « elle ne veut pas le mettre », le montrant dans ma poche. « Comment ?! répliqua-t-il, mais mettez-le-lui, que diable ! (peut-être était-ce moins joliment dit) ». Moi, expliquant : « c’est qu’elle ne veut pas le garder sur sa tête » (rapport à ce qu’elle ne veut pas le mettre, voyez). Lui, insistant, fort de sa (certaine) connaissance des enfants : « Mais voyons, ce n’est pas elle qui décide ! ». Moi, tentant de lui faire comprendre : « Non, c’est elle qui choisit ! ». Le monsieur est parti en haussant les épaules, pensant que c’est ce qu’il avait de mieux à faire sur le moment. En cela, il n’avait pas tort…

Ne jugeons pas cette personne, il a peut-être souffert de ne jamais porter de chapeaux étant enfant alors qu’il adorait ça. Je ne suis pas contre les discussions impromptues avec des inconnus, fussent-elles au sujet de ma fille mais elles se terminent assez rapidement et chacun reste sur ses positions (ceux qui pensent qu’une (2) enfant est « bizarrement installée » en porte-bébé physiologique ne seront pas convaincus du bien-fondé de son usage en trois minutes). Je n’aime cependant pas les conseils à l’emporte-pièce ni les donneurs de leçons (ou alors de musique).

Je suis persuadée qu’une enfant a le droit de choisir certaines choses et souvent à un âge plus jeune que ce à quoi l’on s’attend. À chaque famille de voir ce qui leur convient. J’avoue que sur le choix des vêtements, j’aime autant proposer deux T-shirts plutôt que de la voir fouiller dans la commode (et puis les chaussettes dépareillées, ce n’est pas mon style à moi (3)). Il ne s’agit pas de choses qui nous éloignent de la sécurité : être attachée ou pas en voiture n’est pas une option de choix, bien évidemment.

Mais surtout, il me semble essentiel de respecter un choix qui touche à l’enfant elle-même, à son corps. Ce corps dont elle commence à peine à percevoir les possibilités, à en concevoir les contours, à en mesurer son appartenance et son individualité… « Le droit de disposer de son corps », ça vous parle, n’est-ce pas ?

Le change, l’habillage, toutes ces choses nécessaires et parfois pénibles passent par une mobilisation (et une immobilisation) du corps de l’enfant et devraient (4) être réalisées au moins avec douceur. Quant au non-nécessaire, je crois que nous pourrions faire plus attention au ressenti et au refus de nos enfants.

On s’est toutes et tous demandé si on allait un jour arrêter d’embrasser notre bébé mais finalement, plus vite qu’on ne le pense, elle se met à parler, à dire oui, à dire non et à refuser certaines choses. Une enfant n’est pas bisouillable à souhait en fait (ou alors, tout juste un tout petit peu quand même, au début, quand leur crâne sent le paradis).

« Non, pas de guilis (5) ! » veut vraiment dire stop, même si nous aussi on s’amuse bien, et même si elle en redemande dans la seconde qui suit. Et finalement, ne pas entendre le « non, pas de câlin ! »  pourtant clamé bien fort peut signifier pour l’enfant qu’elle n’a pas son mot à dire lors d’un contact physique. « Va dire bonjour à tonton » peut signifier pour l’enfant, si elle n’est pas d’accord, subir les bisous baveux d’un vieil oncle qui pique, sent mauvais ou que la môme ne sent pas très net dans son rapport avec elle.

Et cela va plus loin que ça à mon avis…

Passer outre le consentement d’une enfant, qu’est-ce que ça veut dire ? Qu’elle n’a pas à dire si elle et d’accord ou non lorsqu’il s’agit de son corps à elle ? Vous commencez à voir où je veux en venir… Parce qu’en fait, ces histoires de viols, ça n’arrive pas avec un inconnu dans un parking. Ça arrive le plus souvent avec un brave garçon (le fils de quelqu’un, voyez) qui n’a pas entendu le « non ». En tant que parents, nous pourrions écouter un peu plus les refus de nos enfants mais nous avons surtout un devoir d’éducation à cette si importante notion de consentement (6). Même chez les plus petits.


Les con(sen)tentes notes de bas de page :

(1)    Vous en ai-je déjà parlé ? Si non, assurez-vous lors de notre prochaine rencontre de me brancher sur le sujet du portage,  je ne résisterai probablement pas à l’envie de vous en faire l’article.

(2)    A vouloir mettre un/une ou il/elle, on use le lecteur. J’ai choisi d’accorder au féminin dans cet article parce que c’est grâce à ma fille que je l’écris et aussi pour ça : http://www.cemeaction.be/?p=461 

(3)    Coucou Fraiz !

(4)    … dans la mesure du possible car c’est usant de négocier un change… Et puis ça sent mauvais !

(5)    Ma fille dit « lilis », j’adore.

(6)    Lisez ceci : http://www.acontrario.net/2014/01/30/lutter-viol-education-garcons-culture-du-viol/

 

« J’ai tout essayé ! » : le livre d’Isabelle Filliozat

Par Marie

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Déjà le titre est une manipulation (1)! Bien sûr que non, le livre d’Isabelle Filliozat n’est pas un mode d’emploi ni un manuel où trouver des réponses toutes faites pour éduquer « L’enfant ». Non, c’est plus subtil et le titre est fait pour attirer les parents qui ne savent plus comment faire.

En vérité ce livre est une ouverture sur ce que l’on appelle « l’éducation bienveillante » où l’on essaye de comprendre ce qui se passe pour l’enfant, notamment au cours du développement de ses capacités et de son cerveau, et d’agir en conséquence.

Il permet de voir les choses sous un angle différent. « Et si il s’agissait de mon conjoint au lieu de mon enfant, oserais-je lui parler ainsi ? » Cela parle du respect de l’enfant en tant que personne humaine.

Anouk Dubois y a réalisé des dessins qui permettent tout au long de l’ouvrage d’illustrer les situations décrites. Je dois dire que cela amène une facilité de lecture qui séduira les amateurs de BD dont je fais partie et même les plus réticents aux livres, mettant véritablement ce livre à la portée de tous.

J’aime aussi le choix délibéré d’alterner les pronoms il et elle lorsqu’on parle des enfants. J’ai trouvé cela très utile, à la fois pour ne pas croire à « L’enfant » (un modèle d’enfant qui n’existe pas) et pour pouvoir facilement reconnaître son propre enfant. En bonus, cela nous permet de ne pas être tentés de considérer certains comportements comme étant particulier à un sexe donné.

Isabelle Filliozat s’appuie sur les dernières recherches scientifiques des sciences de l’éducation et du développement des enfants. S’il existe de véritables choix éducatifs, elle nous éclaire également sur les « non-choix », telle que la violence éducative (claques, fessées, punitions, soi-disant employées à titre éducatif) qui n’a jamais été une méthode valable pour apprendre quoique ce soit aux enfants. (2)(3)

Ne pas en arriver là est tout le propos du livre : si l’auteur nous exhorte dès l’introduction à ne pas la croire (4) « Ce livre ne vous présente pas la vérité. A chacun d’observer, de sentir, d’expérimenter. », elle présente tout de même un certain nombre d’options auxquelles on ne pense pas forcément (en particulier lors de la crise) et qui s’avèrent tout à fait valables.

« Certaines attitudes proposées de parentalité positive vous paraîtront simplistes, idéalistes. Nous sommes si accoutumés aux conflits familiaux qu’ils nous paraissent naturels, si habitués à  ce que nos enfants ne coopèrent pas, que nous hésitons à croire que ce puisse être possible et de plus, si aisément. Quand on s’est arc-boutés pour pousser une porte, il peut être déconcertant de découvrir qu’il suffisait de la tirer pour qu’elle s’ouvre. Là est un peu le propos de cet ouvrage, analyser le sens d’ouverture plutôt qu’y aller en force. »

« Nombre de réactions incompréhensibles de nos enfants sont en fait liées à des malentendus. Parce que son cerveau est en développement, l’enfant ne voit pas, ne comprends pas les choses tout à fait comme nous. Méconnaître cela est source de nombre de conflits, de punitions inutiles et d’exaspération parentale. »

« J’ai tout essayé » est organisé en chapitres décrivant différents comportements classiques (et généralement incompréhensibles pour les parents) selon l’âge des enfants : par exemple, la période entre 18 et 24 mois (au hasard…) étant définie comme celle du « non » des enfants. S’en suit une brève description des particularités de cet âge puis des exemples de situations pouvant donner lieu à des crises, ou tout au moins des incompréhensions, entre le parent et son enfant. Au sujet de ces phases d’oppositions, j’ai trouvé très intéressant d’apprendre qu’à ce moment-là, l’enfant a besoin de sentir qu’il existe en tant qu’individu, indépendant de sa mère, et que « la phase du NON systématique peut ne durer qu’une semaine, juste le temps de vérifier « je ne suis pas toi, j’ai le droit d’être moi ». L’opposition ne s’installe que si le parent refuse la différenciation. L’enfant doit alors protéger sa toute nouvelle et encore fragile identité. »

J’y ai trouvé des pistes de réflexion dans mon métier de parent (j’aime bien qu’on me permette de voir les choses d’un autre point de vue) et aussi, peut-être surtout, des pistes d’action. Par exemple, j’essaye désormais de dire ce que je voudrais que mon enfant fasse (rester sur le trottoir) plutôt que ce qu’il ne faut pas faire (aller sur la rue) : cela simplifie le discours et permet à l’enfant de ne pas se focaliser sur l’action interdite.

A la fin du livre, un protocole de résolution de conflit est proposé et l’auteur insiste sur l’importance de privilégier la relation avec son enfant sur toute autre chose. Car c’est effectivement cela qui compte et nous ne devons pas oublier de profiter chaque jour de la vie avec notre enfant.



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L’association Bébé en Conscience organise le samedi 5 avril 2014 à 15h – Palais des Congrès de St Raphaël (83) une conférence d’Isabelle Filliozat – « J’ai tout essayé, il continue ». Renseignement et réservations : http://www.bebeenconscience.com/conference-isabelle-filliozat.htm

(moi j’ai déjà ma place !)


En bas de la page, des notes :

(0) Pour les adhérents, nous avons ce livre dans notre bibliothèque !

(1) Voir à ce sujet le très bon article de Lise « pourquoi demander un câlin quand les carottes brûlent« .

Quant à Isabelle Filliozat, voici ce qu’elle pense des caprices  : « l’enfant ne cherche ni à tendre un piège à ses parents, ni à les tester. Il n’en a tout simplement pas les capacités intellectuelles. Les caprices […] sont en réalité des réponses du cerveau de l’enfant à des situations trop complexes pour lui. »

(2) Il est démontré aujourd’hui que l’emploi de la violence est non seulement contre-productif mais qu’il conduit à de véritables dommages physiques sur les enfants. En particulier, l’augmentation de cortisol au niveau du cerveau (l’hormone de stress) a un effet très négatif sur le développement cérébral.

(3) Voir aussi, bien sûr, le site de l’Observatoire de la Violence Educative Ordinaire.

(4) A la manière dont André Gide dans « les nourritures terrestres » nous demande de jeter le livre pour aller vivre notre vie…

La méthode kangourou et ses effets à long terme

Par Marie

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En préambule de ce sujet, je voudrais citer Nils Bergman (dans « les dossiers de l’allaitement » du 18 Mars 2005), un médecin qui a beaucoup travaillé sur le peau-à-peau :

« Notre culture actuelle est une de celles qui font confiance aux incubateurs, peut-être parce qu’elle ne connaît pas leurs effets néfastes, et qu’elle ignore également l’existence d’alternatives. Le Portage Kangourou a été défini de façons diverses, mais ses deux principales composantes sont le contact peau à peau et l’allaitement. D’un point de vue biologique, et pendant le post-partum immédiat, le contact peau à peau représente l’habitat normal pour Homo sapiens, et l’allaitement représente la « niche », ou le comportement pré-programmé pour cet habitat. Le paradigme du portage kangourou est que la prématurité n’est pas une maladie, mais que la séparation d’avec la mère (l’habitat) fera de la prématurité une maladie. De la même façon que priver l’enfant de sa niche normale (l’allaitement et le lait maternel en tant que deux concepts séparés) rendra le prématuré malade. »

Son site internet, dédié au « kagaroo care » :

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Et voici une petite vidéo (en anglais) du docteur Bergman qui résume l’intérêt du peau-à-peau :

___________________________________

Ruth Feldman vient de publier une étude prospective et longitudinale (1), démarrée il y a dix ans, qui démontre pour la première fois les bénéfices à long terme du peau-à-peau sur les enfants nés prématurément.

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L’auteur est professeure au Département de Psychologie et dans le Centre de recherche sur le cerveau à l’Université Bar-Ilan, Israël. Ses principaux domaines de recherche sont le développement des relations parent-enfant dans les populations normales et pathologiques, les bases neurologiques de la communication, la dépression maternelle et la dépression chez les enfants, les traumatismes et stress chez l’enfant et le développement des bébés prématurés.

Voici un résumé de l’article paru au mois de janvier dans Biological Psychiatry (2).

Dans l’introduction, R. Feldman et ses collaborateurs rappellent que le fait même d’être un mammifère implique que le développement du cerveau n’est pas terminé à la naissance et que la maturation des systèmes permettant une adaptation optimale à l’environnement est acquise progressivement par le biais du contact étroit  du petit avec une mère dite « sensible et alerte ».

La prématurité concerne environ 12% des enfants des pays industrialisés (et plus encore dans les pays en voie de développement), ce qui conduit à des retards de développement, une morbidité (3) et une mortalité accrue. Et, bien que les progrès médicaux permettent la survie des nourrissons de plus en plus petits et malades, beaucoup exigent des mois de soins intensifs qui empêchent tout contact mère-enfant. La combinaison de l’immaturité du cerveau et de la séparation de la mère exerce des effets négatifs à long terme sur le développement.

Les enfants nés prématurément présentent un certain nombre de problèmes, parmi lesquels un sommeil désorganisé, des troubles de la réponse au stress, un système nerveux autonome moins fonctionnel. De plus, les «  fonctions exécutives » (mémoire, le contrôle cognitif, etc), qui  s’appuient sur la maturation postnatale du cerveau, sont également perturbés chez les enfants prématurés.

Enfin, la naissance prématurée interrompt le processus d’attachement mère-enfant. Les mères sont plus à même de développer du stress, de l’anxiété voire de la dépression et d’avoir des interactions moins favorables avec leur enfant.

Le peau-à-peau pour les prématurés, appelé « méthode kangourou », a initialement été développé à Bogota, en Colombie, pour pallier au manque de couveuses et aider les nouveau-nés à maintenir leur température corporelle au contact direct de la peau de leurs parents. Cette technique s’est avérée sans danger et contribuant à maturer le système nerveux. Du côté  du parent, le peau-à-peau permet d’améliorer l’interaction parent-enfant, les liens d’attachement et même l’état émotionnel. Cependant, rien n’a été précédemment mis en évidence concernant ces effets à long terme.

Dans l’étude qui nous intéresse, le protocole expérimental est le suivant : la “ méthode kangourou” a été appliquée à 73 sur 146 dyades mère-enfant (4) (les autres restants en couveuse (5)) durant 1h et pendant 14 jours consécutifs.

Les enfants ont ensuite été régulièrement suivis pendant leurs 10 premières années et différents paramètres ont été testés (voir figure ci-dessous) :

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Les auteurs ont posé les hypothèses suivantes : 1) les nourrissons recevant le peau-à-peau vont montrer un fonctionnement physiologique plus optimal dans les systèmes sensibles au contact, y compris le fonctionnement autonome, l’organisation du sommeil, et la réponse au stress. 2) les interactions mère-enfant devraient être meilleures après le peau-à-peau. 3) les enfants qui ont reçu le peau-à-peau montreraient une amélioration des compétences cognitives tout au long de l’enfance. 4) la stabilité individuelle sera observée dans chaque domaine (par exemple, la physiologie de l’enfant, la relation mère-enfant) au fil du temps

Ils rappellent que le toucher est le comportement maternel le plus fondamental chez les mammifères et la première expérience sociale des bébés immédiatement après la naissance. Un comportement aussi conservé au cours de l’évolution doit avoir des conséquences importantes pour la survie, la croissance et l’adaptation à l’environnement.

Dans cette étude, R. Feldman et ses collaborateurs ont utilisés une intervention tactile à faible coût et confirmé que le contact corporel entre la mère et le nourrisson pendant la période du post-partum présente des avantages à long terme pour le développement de l’enfant. En effet, à 10 ans, les bébés prématurés qui ont reçu le contact peau-à-peau dans la période néonatale ont montré une réponse atténuée de stress, un fonctionnement autonome plus mature, un sommeil plus organisé, un meilleur contrôle cognitif et une meilleure relation mère-enfant.

Quels sont les mécanismes par lesquels le peau-à-peau exerce-t-il ses effets ? Ils  suggèrent que toute intervention précoce doit contenir trois éléments: 1) la spécificité: les interventions doivent cibler des processus spécifiques (une intervention donnée peut affecter certains processus et en laisser d’autres intacts). 2) Les périodes sensibles : pendant les périodes sensibles dans la maturation de certaines compétences, même de petites contributions ont un effet majeur. 3) les composants individuellement stables : si l’intervention améliore une fonction connue pour être stable, il est probable que ces effets s’exercent à long terme.

La « méthode kangourou » a été introduite à l’origine dans des sociétés à ressources limitées. Son application partout dans le monde pourra être favorisée une fois établis ses avantages de manière probante. Cette méthode met en évidence les bénéfices offerts par l’écologie naturelle du corps maternel.

Est-ce que ces bénéfices sont spécifiques à la mère ou bien est-ce que le peau-à-peau avec les pères, les grands-parents ou des bénévoles formés peut conduire à des améliorations similaires ? Les recherches sur le massage, par exemple, a montré que le massage fourni par les mères et les professionnels formés conduisait à des augmentations similaires de gain de poids, mais que les effets sur les interactions mère-enfant étaient uniques au groupe des mères.

Les auteurs ne manquent pas de rappeler les limitations de cette étude : 1) Manque de données concernant le père. 2) Absence de véritable randomisation pour des raisons éthiques. 3) Possibilité de l’existence d’un facteur inconnu impliqué à la fois dans la prématurité et la réponse au stress par exemple. 4) Pas de comparaison avec les nouveau-nés à terme. 5) Les mères du groupe « kangourou » avaient plus de lait que celles du groupe contrôle, cependant, aucune autre information sur l’allaitement maternel n’a été recueillie et il est donc impossible d’évaluer en plus les effets de l’allaitement sur le développement.

Ils terminent en précisant que, selon eux, les études futures devraient se concentrer sur les effets du peau-à-peau en cas de perturbations à l’attachement mère-enfant, y compris la dépression maternelle post-partum, les nourrissons à risque pour l’autisme, ou les nouveau-nés hospitalisés pour des conditions médicales.

Ils suggèrent enfin qu’il serait important de vérifier pour tout être bébé (prématuré ou né à terme) si l’augmentation du temps de présence de la mère et de son contact corporel au cours de la période néonatale peut aider à réduire des niveaux élevés de stress, les troubles du sommeil et des troubles cognitifs observés chez de nombreux enfants aujourd’hui.


Des notes de bas de page :

(1) Sur la définition des études prospectives, des cohortes et tou ce genre de choses : http://www.chups.jussieu.fr/polys/biostats/poly/POLY.Chp.15.4.html

(2) Feldman, R., Biol Psychiatry. 2014 Jan 1;75(1):56-64. visible ici : http://www.biologicalpsychiatryjournal.com/article/S0006-3223(13)00764-6/abstract

(3) Le taux de morbidité est le rapport qui mesure l’incidence et la prévalence d’une certaine maladie, en épidémiologie. Dans le cadre d’une période donnée, ce taux indique le nombre de personnes atteintes par cette maladie par unité de population

(4) Les enfants pesaient en moyenne à la naissance 1270g et la grossesse datait en moyenne de 30,65 semaines. Seuls les enfants dont le cerveau n’avait pas été endommagé, et qui étaient élevés par une famille de deux parents ont été inclus dans l’étude.

(5) Concernant la randomisation des enfants : au moment du début de l’étude, le peau-à-peau pour les enfants prématurés n’était pas encore proposé comme option d’intervention. C’est ce qui a permis de répartir les nouveau-nés au hasard, ce qui n’aurait pas été éthiquement possible si la technique était déjà utilisée.

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