Grandissons a 10 ans !

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… et je n’en reviens toujours pas.

Un beau jour, on décide (ou pas) d’avoir un bébé. Cela peut prendre de longs mois à le souhaiter et à le projeter. Puis la plupart du temps, neuf mois encore pour se préparer. On envisage avec difficulté de devenir parents, on se renseigne sur le matériel de puériculture, on observe tout petits bébés… Souvent, c’est un peu flou, inquiétant. On « attend un bébé ».

Alors arrive le nourrisson, il s’agit de se faire à l’idée d’être devenu parent, et puis, au jour le jour, de surnager : la fatigue d’un côté, les changements continus de l’autre. Mon bébé de un mois n’a eu cet âge que pendant 30 petits jours, tous un peu différents. Après une année, il ne ressemblait plus en rien à ce qu’il avait été quelques mois plus tôt. Les heures sont plus longues que les semaines. Le temps file d’une autre manière, si lentement dans l’instant, si vite dans son ensemble. « Profitez, profitez », répètent les vieux parents. La mélancolie de ces instants qui s’envolent est déjà là, et accompagne le poids des instants d’épuisement de ses lourdes ailes. On ne voit pas plus loin que le bout du bec de la longue nuit blanche.

Et soudain, le nourrisson a 10 ans. On avait bien remarqué que les mois passaient plus vite que les minutes, mais tout de même, à ce point ! Tout ce qu’il reste de ce bébé qui avait été si patiemment attendu, c’est une marée de souvenirs fins. S’ils sont fins, c’est parce qu’ils sont passés au tamis du temps déréglé et de la charge mentale : souvent, seuls les meilleurs ont persisté. Observez les grands-parents : une vague de tamis plus tard, et ils ont presque tous élevé les enfants les plus parfaits du monde, qui ne criaient jamais et ne mettaient pas leurs doigts dans les prises. Et regardez-vous déjà : vous rappelez-vous avec précision la première chute de votre grand bébé, celle qui vous avait tant effrayé pourtant, ou encore pouvez-vous très précisément évoquer la première fois qu’il a dit « maman », raconter sa première promenade à pied ou la fois où il vous avait fait tant rire en vous regardant d’une drôle de manière ? Il reste les points forts et quelques anecdotes. Bébé a disparu.

Et jamais on n’avait dit que l’on « attend un grand enfant/un pré-ado ». On sait qu’il va arriver, on peut l’envisager, mais sans clarté. Le bébé « attendu » a cessé de l’être le jour de sa naissance. Le jeune enfant/grand enfant/pré-ado/ado:… jeune adulte se transforme dans un continuum que ni le vocabulaire ni aucun événement ne marque. Il se développe comme un rameau filmé en accéléré au fil des semaines.

Et pouf ! On se retrouve avec ce grand enfant, qui a puisé au cœur de notre vie tout ce qui l’a fait devenir celui qu’il est. C’est un peu magique, en fait.

Au rythme de celles qui étaient nos bébées quand nous avons créé l’association, Grandissons a grandi. Il souffle en ce mois de décembre sa 10e bougie.

Pendant ces dix années, a-t-elle permis à de jeunes parents de se sentir moins seuls, a-t-elle apporté de la compagnie, ou du soutien, ou des réponses, à des familles neuves ou moins neuves ? C’est ce que nous espérons continuer encore et encore. Grandir est une porte qui ne devrait jamais être fermée.

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