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Le programme du Festival !

Le 23 novembre 2019, de 10h à 19h30, à l’Espace Centre, Cagnes-sur-Mer.

Plus d’infos et billetteries ici !

Petit gars

Naissance à la maison

Par Fabien

FESTIVAL de Grandissons

Grandissons vous invite à son FESTIVAL !

Et le programme est en ligne !

Ouverture du Festival le mercredi 20 novembre à 19h par la projection du film « même qu’on naît imbattables »

Trois conférences y seront données :

Le samedi 23 novembre de 10h à 19h30, à l’Espace Centre de Cagnes-sur-Mer.

  • 11h – Tu serais un dragon : communiquons par le jeu (par Lise Rebattu de Grandissons) billetterie ici
  • 14h – Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’adolescence… sans jamais oser le demander (par Vicky Brougiannaki, coach parentale) billetterie ici
  • 18h – Papa n’aime pas courir après les crabes, conférence gesticulée (par Laurent Blin-Sourdon, des « Pères indignes ») billetterie ici

De nombreux ateliers y seront proposés tout au long de la journée :

  • massage bébé
  • philosophie pour les enfants
  • portage
  • lisons
  • papotons tous thèmes
  • papapotons entre pères pairs
  • ecoparentage
  • etc.

Plusieurs stands de présentation d’associations y seront présentés, ainsi qu’une buvette.

Pique-nique tiré du sac.

Prix libre et en conscience, tout le monde est bienvenu !

Programme détaillé à venir au plus vite !

La parentalité positive appliquée, « comment faire dans la vraie vie avec de vrais enfants »

Conférence de Vicky Brougiannaki, coach parentale à Cagnes-sur-Mer

Par Lise

Après avoir présenté l’association Grandissons, Marie Zamit décrit à l’assemblée la Journée de la Non-Violence Educative, initiée en 2004 par Catherine Dumonteil-Kremer. C’est l’occasion de s’interroger sur nos propres pratiques éducatives en tant que parents ou professionnel de la petite enfance et de partager des pistes de réflexion sur l’éducation bienveillante.

Marie présente une description des VEO (Violences Éducatives Ordinaires) et de leurs conséquences, achevant son discours en notant qu’il est incroyable que des études soient nécessaires pour dire que le fait de frapper un enfant, être sans défense, est néfaste.
Les VEO se définissent comme toutes les négligences et privations, les violences physiques (fessée, gifle, oreille tirée, tape sur la main, pincement, cheveux tirés), verbales (cri, hurlement, insultes…) ou psychologiques (chantage, menace, moquerie, dénigrement, humiliation, culpabilisation, retrait d’amour, menace d’abandon, isolement…) qui sont utilisées et parfois même recommandées contre les enfants pour corriger un comportement que l’adulte juge inadapté ou inapproprié.

Outre les effets à court terme, les effets à long terme sont désormais étudiés et nommés : frein du développement cognitif, accroissement de l’agressivité, effets nocifs sur l’état de santé (mémoire, système immunitaire, hypertension, problème de peau…), accroissement des risques de suicide à l’âge adulte, cancer, troubles cardiaques, asthme, dépression…

Les enfants sont en France la seule catégorie d’êtres humains que l’on peut frapper impunément. En effet, 85% des parents français la pratiquent, 71,5% donnent une «petite gifle». La moitié frappent avant 2 ans, les trois quart avant 5 ans.

Pourtant, souligne Marie, les VEO sont terreau de la maltraitance : 75 % des maltraitances ont lieu dans un contexte de punitions éducatives corporelles.

Au niveau de la législation, la France est très en retard : dans le monde, 54 pays ont interdit toute forme de punition corporelle. Cependant on avance car l’Assemblé Nationale et le Sénat ont adopté chacun une proposition de loi de Lutte contre toutes les violences éducatives ordinaires ces derniers mois. Et Marie achève en insistant sur l’importance de l’enjeu, en constatant qu’en Suède, où les violences éducatives ordinaires sont interdites depuis 40 ans, 76 % des enfants n’ont jamais reçu de châtiment corporel contre seulement 8 % en France.

Elle conclut en déclarant : élever ses enfants autrement revient à créer les fondements d’une autre société.

Vicky Brougiannaki est mère de deux enfants, et a commencé dès lors à s’interroger sur les particularités de la relation adulte enfant, n’ayant pas envie d’assumer un rôle parental basé sur l’autorité et la peur. Sentant poindre chez elle des réflexes de violence éducative, elle se donne comme mission de les remplacer par une réflexion sur l’éducation. Ces questionnements la passionnent tellement qu’elle décide de se former au coaching parental auprès d’Isabelle Filliozat, pour pouvoir transmettre une autre vision de l’éducation. Aujourd’hui elle continue à réfléchir et à apprendre sur la parentalité, mais aussi à militer auprès d’associations pour que tous les enfants aient droit à une éducation sans violence. Elle reçoit à Cagnes-sur-Mer et propose des ateliers de parentalité.

LA PARENTALITE POSITIVE APPLIQUEE

Vicky commence par revenir sur les terme du titre de sa conférence : la parentalité positive appliquée :

Positive : elle souligne que cet adjectif ne lui convient pas totalement, et moins encore ceux de bienveillante, respectueuse : le malaise provient du fait qu’ils peuvent sous-entendre qu’il existe une parentalité contraire (malveillante, négative…) Mais ce débat sur le terme permettra, espérons-le, d’en trouver un qui convient, avant que, dans l’idéal, cette parentalité devienne normale au point de ne plus avoir besoin d’être qualifiée.

Appliquée : l’importance de se montrer concret naît du fréquent reproche fait à ce type de parentalité d’être parfait en théorie, mais impossible à appliquer au quotidien.

A tout moment de sa conférence, Vicky nous invite à aller vérifier ce qu’elle dit et nous informer pour nous faire un avis basé sur des connaissances et des recherches.  

La conférence débute par une partie théorique : Vicky insiste sur l’importance de comprendre les notions, de les connaître, de les assimiler, pour ne pas être en permanence en train de réfléchir.

On peut en effet être accaparé de questions au moment d’interagir avec l’enfant, ce qui enlève du naturel à la situation, d’où l’importance de bien intérioriser le concept en amont.

Il est fréquent de reproduire en première intention l’éducation que nous avons reçue. En changeant notre manière d’entourer nos enfants, nous pouvons espérer que d’ici deux générations, plus personne ne dira qu’il a reçu des coups pour son bien ! Au début de notre parentage, nous sommes les parents que nous avons eus : pensons à nos petits-enfants pour changer.


Qu’est-ce que la violence ?

Vicky nous pose de nombreuses questions sur la violence : comment la définir ? Est-elle absolue ? Relative ? Contextuelle ? Toute violence est-elle condamnable ? Tout acte apparemment violent l’est-il ? La violence est-elle toujours visible ? A chacun de chercher ses propres réponses à cette difficile question…

Elle nous explique que la violence naît immanquablement dans les rapports de force. Dès qu’il y a un rapport dominant-dominé : le risque de violence est grand, à toute échelle, que ce soit dans la lutte des classes, les dictatures, le contexte social…

Ainsi, il est primordial de se poser cette question : suis-je avec mes enfants ou mes élèves dans une relation dominant-dominé ? Si oui, il est certain que j’exercerai de la violence.

Ce qui amène cette violence, ce sont les freins que nous avons pour mettre en place cette autre parentalité, dite «positive».


Les causes des VEO

* VEO : violences éducatives ordinaires

Le poids de la culture : dans notre pays, il est admis que l’on peut faire certaines choses aux enfants de manière normale (humilier y compris en public, sans choquer personne…) On dit «Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse»… sauf aux enfants !

Où est la limite entre violence et VEO ? Elle est culturelle : en France fessée = VEO, Suède = maltraitance. En France maintenant martinet = maltraitance, il y a 40 ans = normal…

Ainsi, notre conférencière nous décrit l’expérience d’un père français, qui vivait en Suède, où il n’avait jamais donné de fessée. Après 2 mois en France, il en a donné une. Car ce qu’on voit dans la culture environnante peut nous embarquer à nous conduire autrement…

Il est difficile de ne pas se laisser influencer par les attentes : on est porté à réagir selon ce que l’assistance attend de nous.

– Les croyances :

  1. Il faut corriger l’enfant, le remettre dans le droit chemin, car c’est initialement un être mauvais. Cette croyance établit un rapport purement éducatif. A partir de là, on croit que les enfants ont besoin de (cadre) et de limites, et que cet enfermement les sécurise.
  2. Les enfants nous doivent du respect. Et en même temps, on ne respecte pas les enfants. Et quand on ne se sent pas respecté, on rejoint notre statut autoritaire pour exiger le respect.
  3. Les enfants doivent nous obéir. Pourtant, les enfants ne sont intrinsèquement pas obéissants. Cette attente est incohérente : les parents aimeraient que leur enfant soit libre, autonome, ait de la volonté. Mais en attendant qu’il soit grand, on le souhaite obéissant et docile…

Toutes ces croyances sont un mode de notre cerveau pour agir vite et ne pas devoir décortiquer chaque action.

Ex : le bain. Si l’on remet en cause nos vieilles croyances, on peut se rendre compte qu’un bain quotidien est parfaitement inutile… Et qu’il n’est donc pas nécessaire d’engager une lutte pour cela.

Nos réflexes éducatifs (tels un «pilote automatique», ils permettent d’aller vite, induisent des réflexes irrépressibles). Il reste pourtant possible de les reprogrammer.

Nos propres émotions : souvent exacerbées et disproportionnées, car on expérimente avec nos enfants l’impuissance, cette sensation insoutenable qui induit du stress, bloque toute porte de sortie. Impuissance + colère : rage, impuissance + tristesse= désarroi, impuissance + peur = terreur…

Pourtant, nos émotions nous sont utiles et sont à notre propre service. Par exemple, si l’un de nos enfant tape sur l’autre : on crie; cela est utile à notre amygdale, puisque le fait de proposer une action (cri) fait baisser notre stress. Par contre, ça n’a pas été utile à l’enfant qui a tapé ni à celui qui s’est fait taper.


Sortir de ces habitudes

Quelques clés pour dépasser ces difficultés nous sont ensuite énumérées :

– En ce qui concerne la culture, on ne peut pas en sortir individuellement, ni la modifier : on peut cependant choisir d’agir différemment.

– Pour ce qui concerne les croyances : il est essentiel de se renseigner (les connaissances de neurosciences permettent en particulier de traduire mieux le comportement des enfants)

– Reprogrammer les réflexes peut probablement se faire via des thérapies (PNL, hypnose ?…), mais une autre solution est, quand on a une réaction inadaptée, de se demander ce qui aurait été pertinent. Qu’est-ce qui aurait permis à mon enfant de grandir ? Cet exercice constant permettra, la prochaine fois, de sortir la réaction pertinente plus facilement, puisqu’on se l’est déjà figurée. Cela devrait rentrer, s’automatiser d’une fois sur l’autre. Il s’agit de commencer à se comporter en conscience (au début, on a l’impression de faire semblant) pour évoluer vers un savoir-faire qui nous pénètre et devient un savoir-être (comme l’apprentissage d’une langue étrangère).

– La compréhension, la gestion de nos émotions est un sujet qui mérite un approfondissement (des stages sont proposés…), car nous n’avons souvent pas été éduqués à cela. On y est même souvent hostiles («si tu es en colère, tu vas dans ta chambre», «t’es pas beau quand tu boudes», ou, à un enterrement, en France, considérer qu’«elle a été très digne, elle n’a pas pleuré» (alors que pleurer est une manifestation de tristesse, n’ayant rien à voir avec la dignité !)). Ces émotions, que l’on devrait pouvoir se communiquer entre humains, nous permettent d’évoluer dans notre relation au monde. Ainsi, nombreux sont les parents qui ont envie d’alphabétiser émotionnellement leur enfant, mais ne savent pas eux-mêmes comment faire.


Que propose la parentalité positive?

Vicky Brouginnaky nous propose à ce stade un bref comparatif des manières dont on peut analyser et considérer les manifestations de notre enfant, selon le genre de parentalité dans lequel on choisit de se positionner.

Parentalité classiqueParentalité positive
L’enfant est un être de pulsionsL’enfant est un être de besoins
L’enfant grandit grâce aux castrations successives (frustrations)L’enfant grandit selon la satisfaction de ses besoins.
Caprices…Besoin non identifié, émotion, stress
Punir, poser des limitesIdentifier et nourrir les besoins
Corriger le comportementTraiter le problème

Ainsi le terme de «caprice» est utilisé de manière péjorative, sous-entendant que l’enfant cherche à faire quelque chose de pas net : il désigne un comportement excessif de l’enfant dont l’adulte n’arrive pas à comprendre la logique. Alors que, d’un autre point de vue, on peut simplement considérer ce genre de manifestation comme le besoin non identifié d’un enfant empli d’une émotion, d’un stress…

Punir, c’est modifier le comportement de l’enfant en imposant des limites par une frustration volontaire. On croit qu’en l’amenant à «réfléchir», il va changer son comportement. Alors que c’est comme la fièvre : on ne devrait pas se préoccuper de la fièvre en soi, mais de ce qui la cause, au lieu d’éloigner, chercher le besoin et le nourrir, pour permettre à l’enfant d’avancer…


Les deux piliers de la parentalité positive

– La conviction que les enfants sont des personnes à part entière qui ne nous appartiennent pas et sur lesquels nous n’avons pas de droits.

– L’idée que lorsqu’il y a un problème, on cherche quel est-il en profondeur, et pas uniquement dans sa manifestation.

Souvent, on note une confusion entre parentalité positive et laxisme, on pose la question des limites…

Vicky nous propose en premier lieu de redéfinir le rôle parental : quels sont nos droits en tant que personne et nos devoirs en tant que parent ?

– Lorsque je fais valoir mes droits face à mon enfant, je le fais en tant que personne, dans une relation horizontale.

– Lorsque je fais mon devoir , je le fais en tant que parent, dans une relation verticale (car mon enfant est dépendant de moi).

Pour une relation équilibrée, c’est toute la structure relationnelle que nous avons avec l’enfant qui doit être changée, et pas seulement les mots utilisés. Il faut sortir du rapport de force, renoncer à l’autorité, qui est un privilège, lequel conduit à la violence.

Quand on agit avec autorité, la relation devient verticale. Alors que l’on peut constater qu’au quotidien, lors de notre relation horizontale avec d’autres adultes, ça roule, sans que personne prenne le dessus.

Induire la peur se révèle très néfaste, posant des barrières au niveau du développement de l’enfant, induisant du stress…

Il est possible de répondre à la dépendance de quelqu’un tout en le respectant (par exemple, on ne punit pas sa vieille mère dépendante si elle renverse son verre…)

Certains pourraient répondre qu’on doit pourtant éduquer les enfants, et non sa vieille mère…

Éduquer quelqu’un, nous dit Vicky, c’est avoir un projet pour cette personne : est-ce éthique ? nous demande-t-elle.

Après avoir offert un temps de réflexion à l’assistance et l’avoir encouragée une fois de plus à se forger sa propre opinion, oui, nous répond-elle, de sa propre opinion, cela l’est : il appartient à notre rôle de parent d’offrir à notre enfant la transmission des codes nécessaires à la compréhension de son environnement, des outils pour cette adaptation, ainsi que nos valeurs (celles-ci étant de fait transmises naturellement).

Imaginons, poursuit-elle, qu’on accueille un étranger (venue d’Amazonie ou d’il y a 200 ans) : on fera de la transmission, on lui expliquera, on n’aura pas idée de le punir parce qu’il n’aura pas dit merci, ne se sera pas conformé à une règle sociale qui lui est inconnue ou incompréhensible.

Ainsi, on doit à notre enfant protection et transmission (vieille mère + étranger) : je te respecte comme un adulte, je te protège, et je te transmets les codes nécessaires à ton adaptation sociale.


Les contraintes

Le cerveau de l’enfant est immature. Au quotidien, on doit tout le temps imposer des contraintes, interdire, demander…. Comment savoir lesquelles des contraintes que nous imposons sont légitimes ?

Il s’agit d’observer attentivement si cette contrainte entre dans le champ de notre responsabilité parentale.

Droits : je les exerce en ma faveur.

Devoirs parentaux : en faveur de mes enfants.

Les contraintes ne sont pas agréables et souhaitables, mais font partie de la vie, et sont parfois nécessaires, donc légitimes, dans trois cas :

La santé (physique et mentale)

La sécurité : usage protecteur de la force* (incomparable à un usage répressif), par exemple pour attacher la ceinture en voiture, enlever un couteau à un bébé…

*terme utilisé par Marshal Rosenberg, fondateur de la CNV

La préservation des libertés des autres : les enfants ne peuvent pas endosser eux-mêmes cette responsabilité. Par exemple, si notre enfant crie au théâtre : c’est notre responsabilité d’adulte de le faire sortir (en lui expliquant qu’on se rend compte que cet événement n’est pas adapté pour lui, et non en présentant cela comme une punition).

Vicky met le doigt sur le pouvoir énorme que nous avons sur notre enfant : le défi est de savoir si nous, adultes, sommes prêts à y renoncer autant que possible.

Ex : une maman qui demande à son petit enfant de lui donner la main sur le trottoir, l’enfant n’obtempère pas. En observant mieux, on pourra constater qu’il n’y a pas de danger immédiat. C’est son propre stress, qui conduit la maman à faire cette demande, qui n’est donc pas tout à fait légitime et claire. Au passage piéton, la petite fille est venue donner la main sans résistance, par contre…

Quand on n’arrive pas à obtenir la coopération de l’enfant, on devrait se demander si on est légitime dans notre demande. Si non, tant mieux que l’enfant résiste. Mais si c’est légitime, dans le cadre des trois points énumérés ci-dessus, il faut passer à l’acte.

Dans ce cas, on peut rarement espérer que les explications vont suffire. Parfois, elles ne sont ni nécessaires, ni suffisantes, et peuvent même être anxiogènes.

Si l’enfant ne coopère pas malgré tout, on pourra être tenté de se dire que la parentalité positive ne fonctionne pas, et redevenir violent. Pourtant, s’il est nécessaire de passer à l’acte, il faut en assumer la responsabilité : c’est une contrainte que l’on impose, que l’enfant vivra mal, criera, et il faudra s’y attendre et l’accepter. Cela ne veut pas dire qu’on n’aurait pas dû contraindre. Mais à ce stade, on va s’occuper de l’émotion de l’enfant. Cela ne veut pas non plus dire qu’on est de mauvais parents.

La crise n’est pas un problème, c’est la manière dont on va la traiter qui peut le devenir.

Certains pourraient craindre qu’en réduisant les contraintes au minimum en se limitant à ces situations où la contrainte est considérée comme légitime, l’enfant ne perde l’habitude de coopérer… En réalité, c’est plutôt l’inverse qui se produit : moins on contraint un enfant, moins il entre en opposition.


Et moi alors ?

Ai-je le droit de faire passer mes besoins avant ceux de mes enfants ? De laisser mon bébé pour partir en vacances ? De demander à mon enfant de se taire parce que je suis fatiguée ?

Eh bien… oui, répond Vicky.

Mais comment régler les conflits de besoin que nous rencontrons immanquablement ?

Car, de fait, l’état de dépendance de nos enfants induit une réduction de notre liberté, de notre autonomie…

Tout d’abord, malgré ce que l’on peut parfois entendre, il est apaisant de reconnaître qu’il est notre devoir et notre nature de mammifère de répondre aux besoins du nouveau-né sans que cela créé un conflit de besoin. Mais à notre époque, les contraintes du travail ajoutées à cette répétée injonction «prends soin de toi» rendent les choses plus difficiles.

Notre conférencière nous propose quelques pistes :

Ne pas se sacrifier : le ressenti de sacrifice est la manifestation d’un choix qui n’est pas assumé. Si on commence à l’éprouver, c’est qu’une partie de soi se sent lésée, et elle le fera payer un jour à quelqu’un. Il est préférable d’écouter plutôt nos émotions et de modifier notre choix, qui n’est pas, ou plus, le bon.

Élargir les possibles/poser les besoins : comment faire dormir bébé de 6 mois pour pouvoir se reposer ? -> pas de réponse.

Poser la question autrement : quel est mon besoin ? Le repos -> donne d’autres réponses (ex : faire des micro-siestes).

Se demander à qui appartient le problème et quel est ce problème : est-ce celui de l’enfant, le mien, notre problème à tous les deux ?

Si le problème appartient à l’adulte, on ne peut pas demander à l’enfant de s’en occuper.

S’il appartient à l’enfant (par exemple il a oublié de faire ses devoirs et il est tard), je n’ai ni à m’énerver, ni à trouver une solution. Je peux simplement compatir, l’aider à trouver une solution, devenir complice…

Quand le problème appartient aux deux (bébé de 8 mois marche à quatre pattes, maman ferme la porte pour cuisiner. Bébé se met debout contre la vitre pour entrer en manifestant son envie d’entrer. Dans la tête de la maman, une voix détestable murmure «si tu cèdes maintenant, tu ne pourras plus faire marche arrière»… C’est le problème de la mère qui a besoin de faire le repas en étant tranquille + le problème du bébé qui voulait être avec sa mère. La solution peut être de placer bébé dans la chaise haute près de sa mère. C’est ce que Thomas Gordon nomme solution gagnant-gagnant.

Parfois aussi, on met ses propres besoins de côté en faveur de l’enfant, car c’est aussi notre besoin que de satisfaire les besoins de l’enfant.

Mais parfois, l’enfant empiète sur les limites.

Il est entravé par tellement de limites naturelles (de son corps + de son cerveau + environnement immédiat + étendu + loi…), qu’il est vraiment inutile de poser des limites artificielles.

L’enfant décrit comme n’ayant «pas de limites» est celui qui vit avec des personnes dont les limites sont perméables à celles de leur enfant.

Les limites, sont définies par notre environnement : par exemple, la limite du bruit tolérable est différente selon là où on vit (appartement,maison…)

Il nous appartient de prendre soin de nos limites, et si on a à faire avec quelque chose qu’on ne supporte pas, on peut le faire respecter, tout en se demandant si l’enfant est en mesure de faire ce qu’on lui demande.

Ex : enfant qui nous interrompt quand on parle : on ne peut pas avoir la même attente selon son age.

Nous, adultes, devons prendre la responsabilité de nos propres limites.


En conclusion

Entrer dans l’éducation positive induit de changer la structure relationnelle, et pas uniquement notre manière de poser nos demande. Il s’agit de poser la légitimité de nos demandes et d’en prendre la responsabilité, et également de renoncer à l’autorité, qui abîme le lien (tout en étant patient et indulgent avec soi-même car ce changement prend du temps).

Il importe de prendre le temps de vivre des relations horizontales avec nos enfants, dans un contexte donnant-donnant, de pas vouloir investir le peu de temps qu’on a avec nos enfants de manière intense : on peut juste être avec eux, comme une personne à côté d’une autre personne…

Le site de Vicky Brougiannaki :
https://www.coach-parentale.com/

La parentalité positive appliquée : comment faire dans la vraie vie avec des vrais enfants ?

A l’occasion de la Journée de la Non-Violence Educative, le 30 avril 2019 à 20h, à Cagnes-sur-Mer, l’association de soutien à la parentalité Grandissons propose une conférence présentée par une coach parentale, apportant des clés concrètes pour tous les parents : comment faire dans la vraie vie avec de vrais enfants ?

Cette conférence offre aux parents des réponses claires à cette question primordiale qui se pose si souvent : comment appliquer la parentalité positive sans faillir à sa responsabilité parentale, et sera suivie d’un moment d’échanges entre les participants.


Vicky Brougiannaki, Coach Parentale (https://www.facebook.com/CoachParentale06/) formée par Isabelle Filliozat, propose des points de repère précis pour mieux cerner ce qui relève de la responsabilité parentale. Elle met ses compétence en oeuvre pour aider les parents à redéfinir cette notion de bienveillance afin de mieux comprendre comment élever ses enfants sans rapports de force, tout en assumant notre rôle de parent.


Public : Pour tous les parents ou les personnes en relation avec des enfants

Lieu : Cagnes-sur-Mer, Espace centre, 5 avenue de Verdun

Date : Le mardi 30 avril (journée de la non-violence éducative), de 20h à 21h30 (conférence + échanges)

Tarif : 8€ (5€ pour les adhérent.e.s). Réservation possible sur HelloAsso (lien dans l’événement fb ou sur notre site internet)

Partenaire : Ville de Cagnes-sur-Mer

Liens vers l’événement : https://grandissons.org/?tribe_events=conference-la-parentalite-positive-appliquee https://www.facebook.com/events/802089720158962/Contact : grandissons@yahoo.com, Frédérique 06 64 21 08 58

Le second enfant, agrandir la fratrie

Par Lise

Lorsque j’ai été enceinte de mon deuxième enfant, j’ai commencé à chercher des livres traitant des fratries. Or, non seulement j’ai découvert très peu de littérature générale sur le sujet*, mais, surtout, les livres que j’ai trouvés traitaient plutôt des problématiques du quotidien entre frères et sœurs, et de la manière dont les parents pouvaient les accompagner. C’est bien sûr quelque chose d’intéressant, qui m’a sans doute aidée dans ma manière d’aborder les choses, mais (ou «donc» ?) il n’y a pour le moment, alors que mes enfants ont aujourd’hui 3 et 6 ans, aucun problème de rivalité entre eux, ils sont complices et unis à souhait et leurs petites disputes n’entachent nullement notre quotidien.

C’est de mon côté de parent, que je me sens seule et en recherche de partages, d’observations, de conseils. Avoir un deuxième enfant a été une entrée dans une nouvelle situation, une nouvelle catégorie. De même qu’en ayant le premier, on se sent un peu sur une autre longueur d’onde que les couples n’ayant pas encore d’enfant, avec l’arrivée du second, on plonge brusquement dans un groupe différent, avec un mode de vie, des soucis, des doutes et des questionnements différents.

L’un a commencé dès ma deuxième grossesse : dans quoi m’étais-je lancée, quelles seraient les répercussions de cette décision de second enfant sur notre équilibre familial, sur ma grande fille, sur moi-même ? Quels échos cela faisait-il résonner en moi par rapport à ma propre enfance, par rapport à mes craintes, par rapport à l’avenir, par rapport à ce que je saurais ou non offrir à cet autre enfant, moi qui avais donné toute mon énergie, mon attention, mon amour, à la première, saurais-je reproduire tout cela ? Serais-je capable de comprendre ce petit deuxième, ayant moi-même été aînée… ?

Le deuxième a commencé après la naissance. Car, à cet instant où j’écris, il me faut dévoiler que, en effet, tout -presque tout- a été, au fil des mois et des années, bien plus difficile que je n’avais voulu l’imaginer. Quelques amis m’avaient mise en garde : «deux enfants, c’est deux fois plus d’amour, mais c’est aussi deux fois plus de boulot…» Je ne les avais pas crus. On m’avait trop de fois, lors de ma première grossesse, asséné des mises en garde sensées me prévenir que la venue d’un enfant c’était «la fin de la tranquillité, de la liberté, des nuits reposantes, des sorties, de ce qu’on était auparavant…», et… je n’avais rien ressenti de tout cela. Mon être était entièrement tourné vers cette petite personne, et tout était aisément surmontable. Il n’y avait alors rien qui ne vaille la peine d’être mis de côté, toutes ces découvertes étaient merveilleuses, et, somme toute, il me restait assez de temps pour être moi-même dans les moments où bébé dormait. Mais l’arrivée de ce deuxième enfant a tout chamboulé. Et là, soudain, je me suis surprise à penser parfois «mais on ne m’avait pas prévenue que ce serait si difficile.» Mon être ne peut pas être tourné entièrement vers cette petite personne, puisqu’il me faut garder constamment un trou dans ma bulle pour laisser entrer l’autre enfant, fût-il absent en cet instant (mais n’a-t-il pas oublié son manteau, n’est-il pas trop fatigué, se sent-il bien là où il est… comme il me manque !), mon attention envers l’un est sans cesse détournée par l’autre, et vice versa, comme si je devais en même temps me faire une natte et me gratter sous le pied, je ne retrouve plus jamais cette concentration et cette attention profonde tournée vers un corps unique… Et la solitude est un mot qui n’a plus de sens en ma vie, les pauses de l’un n’étant pas celles de l’autre, et les moments pour moi s’étant réduits à peau de chagrin (traduire : quelques instants aux toilettes !) Mon attention, si sollicitée de toute part, n’a plus d’espace pour se tourner vers moi, et sautille entre l’un et l’autre comme un moustique ayant marché sur une épingle, c’est comme si mon cerveau était grignoté par un troupeau de souris affamées, et, plus que six bras, il me faudrait deux têtes.

Il y avait cependant un autre point sur lequel les voix des copains ne s’étaient pas trompés : deux enfants, c’est deux fois plus d’amour. Alors ça, c’était pourtant le questionnement qui avait été occasionné le plus d’angoisse durant ma grossesse : serais-je capable d’aimer une autre fois un enfant avec une telle puissance, une telle totalité, une telle ampleur, une manière aussi inconditionnelle, aussi colorée, emportée, physique et intellectuelle et sensorielle, aussi intense et insensée ? Eh bien… oui, sans aucun doute. Tout cela et d’autres choses encore, d’une intensité égale mais d’une tonalité différente, un amour aussi immense pour une petite personne bien différente.

C’est une étrange fracture que j’éprouve depuis que j’ai deux enfants : je boitille sans cesse entre le bonheur de les voir si bien s’entendre et le doute d’ôter trop à l’un pour donner à l’autre (et vice versa), j’oscille entre la satisfaction de pouvoir passer des moments différents et splendides avec deux personnes différentes et splendides, je balance entre l’épuisement de devoir penser pour eux deux et le soulagement de les voir prendre soin l’un de l’autre, je chancelle entre l’épuisement et la joie d’avoir une splendide famille.

Alors… Qu’aurais-je voulu savoir de plus avant de me lancer dans cette aventure ? Qu’est-ce qui aurait pu m’aider ? En fait, je n’en sais rien. Je ne sais pas si j’aurais aimé lire ces lignes, et je doute qu’aucun mot aurait changé quoi que ce soit. Peut-être ne les aurais-je pas crus, et dans tous les cas, je n’aurais pas renoncé. Et j’ai envie de dire heureusement, car je n’ai malgré tout aucun regret. Au fond, on ne peut pas s’entraîner à nager en apnée sans s’immerger. Et au fond, c’est justement dans les plus vastes fonds que se trouvent les plus belles merveilles…

* Frères et sœurs sans rivalité, de Faber et Mazlich, un excellent ouvrage, qui m’a apporté beaucoup de matière à réfléchir sur mon vécu dans ma propre fratrie durant mon enfance, et m’a rassurée en donnant des pistes et des idées concrètes à appliquer au quotidien, qui, en lisant avant même d’avoir le deuxième enfant, ont été source d’aides pour ne pas causer certains déséquilibres, ce qui est encore plus confortable que de devoir y remédier après coup…

Frères et sœurs, une maladie d’amour, de Rufo, que je me propose de lire peut-être un jour, mais p sûr, rebutée comme je le suis par l’auteur même et tous les profonds désaccords que je ressens envers la majorité de ce que j’ai lu de ses paroles.

La diversification menée par l’enfant

Par Lise

Voici un article que j’ai commencé à rédiger il y a plus de 4 ans, alors que Bibouille avait près de 2 ans, et que son petit frère n’était pas né. A sa relecture, j’éprouve quelques surprises, souvenirs oubliés, choses que je n’aurais jamais refaites et ne conseillerais pas… Je vais pourtant le laisser à peu-près tel quel, laissant largement percevoir mes tâtonnements et erreurs, que je décide finalement d’assumer, tant je pense qu’ils sont le lot de beaucoup d’entre nous (et n’ont finalement pas eu de conséquence… justement !) , mais en l’enrichissant de mes commentaires et expériences plus récents.

La première fois que j’ai entendu parler de « diversification menée par l’enfant », j’ai pensé quelque chose du genre « les choses bizarres n’ont pas de limites ». Oui, j’en ai un peu honte, mais c’est vrai, il est difficile de revenir sur les habitudes devenues croyances. Un bébé sans dents qui mange, mais quelle idée ! Est-ce que, 6 ans plus tard, la DME est devenue plus connue et plus fréquente, ou est-ce que je rencontre par hasard autant de personnes la pratiquant ? Voilà une question intéressante qui vient se poser aujourd’hui…

Et puis, j’ai vu des enfants le faire, et puis j’ai lu des témoignages, et puis… j’aime la simplicité enfin. Quand je vois des parents astreints à mesurer, doser, prévoir, calculer la quantité, la qualité, l’horaire de ce que mange leur enfants, cela m’effraie : pas pour moi. Quand je vois des enfants maintenus sur leur chaise ouvrant la bouche au rythme de la cuillère qui s’en approche, cela m’interpelle : pas pour ma fille.

Je vais ici parler de Diversification Menée par l’Enfant (DME) chez un enfant allaité, parce que telle est mon expérience. C’est toutefois praticable avec tous les enfants (à condition de vérifier la quantité de lait infantile dispensée)…

(5,5 mois)

Un peu avant ses 6 mois, Bibouille, qui se tenait déjà assise sur nos genoux ou dans sa chaise haute, a commencé à chercher à attraper ce que nous mangions, ce que nous buvions, tout ce qui passait à la portée de sa main. Elle devait, à l’époque, avoir dans les… zéro dents. Eh ! oui, les enfants peuvent manger même sans ! Pas des cacahuètes, bien sûr, mais de gros et tendres morceaux… Comme on leur donne l’aliment en entier ou en gros morceaux, ils croquent ou grattouillent la quantité qu’ils veulent. Et si c’est trop à la fois, ils crachent très bien (le réflexe nauséeux, qui fait recracher ce qui va au fond de la gorge, se fait plus en avant de la bouche chez les bébés). Je comprends bien cette crainte de nombreux parents que leurs enfants ne s’étranglent, mais vraiment, si l’aliment est de taille à ce que l’enfant le tienne en main, il saura recracher ce qu’il aura croqué et pas avalé. Le réflexe vomitif, GAG ou haut le cœur, n’est pas un étouffement, mais justement ce qui permet à l’enfant de l’éviter. (1 et 2) Lorsque Bibouille était bébé, j’avais déjà largement à l’idée de la laisser également pratiquer la motricité libre (ou ML, selon laquelle on ne place pas un bébé dans une position qu’il ne peut adopter et quitter seul), mais la relecture de ce que j’ai écrit alors me montre que j’y ai probablement fait un peu plus d’entorses que je ne croyais. Je pense que Bibou en a encore davantage bénéficié, et il est probablement allé plus tard dans la chaise haute (tous deux ne se sont mis assis seuls que vers 8 mois) C’est d’ailleurs une question qui taraude beaucoup de parents qui veulent pratiquer la DME : quand commencer, sachant que peu de bébés se mettent assis seuls à 6 mois, que si on pratique la ML on ne met donc pas assis bébé avant qu’il ne le fasse, et que les recommandations sont que bébé se tienne assis pour manger en DME… mais qu’on recommande aussi de commencer la diversification à 6 mois, et que beaucoup de bébé se montrent en effet intéressés par la nourriture à cet âge. Je n’ai pas de réponse à apporter à ce dilemme. De mon expérience, je suis assez satisfaite de la manière dont nous avons fait avec le plus petit : pas de chaise haute avant la position assise, débuts de DME repoussés à quelques semaines après 6 mois, et pratiquée sur les genoux d’un parent. En fait, il se trouvait simplement là pendant que sa sœur mangeait, et s’est donc saisi tout seul de ce qu’il trouvait devant lui, nous indiquant le moment de départ, la position, et la manière de faire. De mon point de vue, parfaitement en accord avec le fait de laisser à l’enfant agir à son rythme. Du point de vue des puristes de la DME pas tout à fait adapté, puisque ne tenait pas bien assis….

Ici en vidéo, 6,5 mois, la curieuse ! 

En même temps que l’enfant apprendra à mastiquer, croquer, cracher, il travaillera sa motricité, son aptitude à attraper, porter en bouche, etc., toutes ces choses qui l’intéressent follement vers ses six mois, ce qui, entre autres arguments, me fait penser que c’est bel et bien l’âge minimum qu’il convient d’attendre pour le laisser aller vers la nourriture autre que le lait. Voilà un enfant libre de se tourner vers ce qui l’intéresse, de découvrir, d’imiter, d’essayer. J’ai noté en bonus que, chez nous, Bibouille portait beaucoup moins d’objets « autres » à la bouche, type cailloux et petits jouets, du fait qu’elle avait l’occasion à table d’exercer à volonté cette activité… En ce qui concerne Bibou, il a tout de même mis beaucoup en bouche ce qui traînait (petits playmobils, cailloux…) : la pratique de la DME n’empêche donc pas en soi que bébé fasse cela, ce que j’avais eu tendance à croire avec ma première enfant. Cela dit, cette période a tout de même été assez brève pour le second aussi, et, surtout, je le savais parfaitement à l’aise (vidéo) pour mettre en bouche, goûter, et recracher, et n’ai donc pas éprouvé de stress à le voir faire, la manipulation des aliments ayant fait office d’entraînement.

Nous avons commencé progressivement tout de même avec l’introduction de chaque nouvel aliment, en attendant 3 jours entre chacun pour savoir lequel était en cause en cas d’allergie. Et puis, pour me rassurer, j’ai quand même fait aussi quelques purées. Comme elle mangeait de toutes petites quantités, je les congelais dans un bac à glaçons, ce qui permettait de n’en dégeler qu’un cube à chaque fois. Mais surtout, nous lui avons donné tout de suite de gros aliments qu’elle pouvait tenir dans sa main facilement et grignoter comme elle voulait. Tout d’abord des carottes cuites en bâtonnets, puis haricots verts, ensuite, chou fleur, fruits, grosses pâtes, pommes de terre, pain, poisson et viande en lanières… (2) Je souris en me relisant : l’introduction de purée en parallèle à la DME est en théorie parfaitement déconseillée : c’est là que l’enfant risque le plus de ne plus savoir comment gérer des substances si différentes, et donc éventuellement de faire plus de fausses-routes (avec le mixé ou l’aliment entier, d’ailleurs, l’un n’est pas plus sécuritaire que l’autre en soi). Après, cela reste la théorie, et tout s’est toujours bien passé chez nous. Ce qui m’intrigue plus, c’est le «pour me rassurer», car je ne parviens pas à me rappeler de quoi je voulais me rassurer. Je pense que, malgré ce que j’ai écrit dans le paragraphe suivant, le rôle de la diversification n’était pas encore suffisamment clair pour moi (je n’avais pas encore entendu Carlos Gonzalez (4)) Or, il s’agit uniquement de permettre à l’enfant de goûter aux saveurs et aux textures sur au moins 6 mois : c’est une découverte uniquement, et jusqu’à 1 an, le lait suffit parfaitement à combler les besoins nutritionnels de l’enfant. Gonzalez souligne le fait qu’il est nécessaire qu’à 1 an, bébé ait simplement goûté à tout.

En fait, dès qu’elle a eu goûté à toutes les choses habituelles, nous lui avons donné la même chose que nous mangions.

La DME, c’est rigolo (vidéo)

Jusqu’à un an, le lait reste le principal élément nutritif de l’enfant, le fait de lui donner d’autres aliments servant principalement à les lui faire goûter, à habituer progressivement son organisme, et à déceler d’éventuelles allergies alimentaires. Sachant cela, aucun stress. Jusqu’à 9 mois environ, on commence même par la tétée avant le repas, puis on inverse l’ordre progressivement, tout en sachant que peu importe la quantité ingurgitée. On continue l’allaitement à la demande en laissant l’enfant libre de goûter à ce qu’on mange. C’est vrai que jusqu’à un peu plus d’un an, Bibouille n’a pas mangé grand-chose… Son premier «vrai» repas (une assiette de pâtes, et non 1 ou 2 pâtes) a même eu lieu alors qu’elle avait 14 mois… mais elle s’est rattrapée depuis ! Il y a eu la période où elle n’a voulu que des bananes, puis celle où elle a englouti viandes et poissons, puis celle où elle n’en a plus voulu pour se rabattre sur les légumes, puis… Puis… en vrai, à présent qu’elle a 6 ans, je peux dire qu’elle est tout de même restée très sélective, et très réticente à essayer de nouveaux aliments ou textures, et, jusqu’à il y a peu, ne mangeant pas de grandes quantités. Au contraire de son petit frère, qui a très rapidement mangé de manière conséquente et variée. Mes «inquiétudes» de départ ont-elles joué ? C’est possible, mais j’ai tout de même tendance à penser que, pour une raison ou une autre, elle a toujours manifesté une grande sensibilité aux saveurs et aux textures, et que ce mode de diversification, lui permettant de se gérer, de choisir, de ne pas être forcée… l’à bien aidée grâce à cette entrée dans la nourriture préservant le plaisir de se nourrir sans pression (car je n’ai, réellement, au quotidien, jamais été stressée le moins du monde par ce qu’elle mangeait ou non, puisqu’elle tétait), là où cela aurait pu devenir au moins conflictuel, sinon franchement difficile.

(1 an)

Ainsi, dès 6 mois, Bibouille a su porter à sa bouche, croquer, mâchouiller, recracher, remâchouiller, écrabouiller, re… ses aliments, qu’elle choisissait parmi ceux déposés devant elle. A cette époque, elle a commencé à boire de l’eau au verre, avec un peu d’aide pour le retenir, mais rien de plus. Un peu avant un an, elle a commencé à utiliser la cuillère avec une habileté croissante (elle la saisissait dans sa main pour nous guider, voir nous la prendre, dès qu’on la présentait devant sa bouche). Oui, c’est vrai, il faut, pendant un certain temps, se préparer à faire un peu de ménage par terre après chaque repas, mais avant ses deux ans, elle mangeait d’une manière assez proche de la nôtre, tant au niveau qualité que manière de faire, et le ménage est de plus en plus inutile (surtout qu’elle insiste pour passer le balai elle-même).  Nouveau sourire devant la cuillère présentée devant sa bouche… Nous n’avons pas fait cela pour le deuxième : voulait-il manger à la cuillère ? Qu’il fasse ! Préférait-il manger avec ses doigts ? Tout autant !

(7,5 mois)
(13 mois)

Et le gaspillage ? C’est la question récurrente. C’est vrai que si elle ne veut pas manger quelque chose, on insiste un peu pour qu’elle goûte « avec la pointe de la langue », ou au moins qu’elle sente, mais on ne l’oblige pas à en manger. Et son menu est le même que le nôtre. Donc soit l’un de nous finit son assiette, soit ça va au frigo avec les restes. Et les mauvaises habitudes ? Eh ! bien, plus le temps passe, plus on les cherche : plus le temps passe, plus elle mange de presque tout (et ses goûts évoluent sans cesse), seule, habilement… Son menu est plutôt équilibré, puisqu’il est le même que le nôtre, et même, en bonus, nous, adultes, mangeons bien mieux qu’avant. La plus mauvaise habitude qui a perduré le plus longtemps (avec les deux enfants, au final), est celle de devoir leur donner la béquée à la cuillère nous-mêmes. Or, il s’agit d’une habitude qui s’oppose totalement à la DME, qui conseille de ne jamais mettre soi-même la cuillère dans la bouche de l’enfant, et surtout de ne jamais faire l’avion, car l’enfant doit manger par faim et non pris dans un jeu qui détourne son attention. J’ai deux arguments pour ma défense : le premier est que, quand ils sont fatigués le soir et qu’on mange de la soupe, c’est plus rapide et plus facile pour nous aussi, de les aider. Pour peu que, les grands-parents n’y résistant jamais, ils aient essayé une fois, ce sont les enfants qui le demandent sans cesse, et l’habitude se prend vite, même si démarrée tardivement (possiblement vers 2 ans pour Bibou, qui, avant, préférait faire tout seul. Le deuxième est que, dans mes souvenirs d’enfance, j’étais parfois réellement trop fatiguée pour manger seule, cela me demandait une attention qui faisait que j’avais vraiment la flemme de manger et étais reconnaissante envers les adultes qui m’y aidaient. Et d’autant plus si cela s’accompagnait d’un jeu (chez nous, énumérer les «une cuillerée pour… les nombreux cousins»). Faire l’avion à mes enfants pour qu’ils mangent, je l’ai longtemps évité… Mais ils se le font même à eux-mêmes (vidéo), et puis me réclament tous les transports possible. Et je me dis qu’au fond, quand c’est ainsi et qu’il ne s’agit plus d’un petit bébé qui découvre, eh bien, c’est mené par l’enfant aussi… et que la parentalité ludique est primordiale sur tout le reste.

(A la fourchette, 13,5 mois)

Ainsi, la diversification menée par l’enfant laisse dire qu’on ne « fait pas manger » notre petit, mais que nous mangeons avec lui. Pas de disputes autour des repas, pas de stress, pas de temps de préparation supplémentaire, pas d’argent dépensé en petits pots ou autres, pas non plus de temps à patienter, puisque nous mangeons en même temps… Ainsi, cette « diversification » dont l’idée m’a tant stressée avant que je la mette en œuvre, alors que j’appréciais de ne rien préparer grâce à l’allaitement exclusif, et alors que je me demandais si et comment ma fille s’alimenterait correctement, s’est faite progressivement, à ma propre surprise. Pas tous les jours au début, puis de plus en plus fréquemment, simplement en arrêtant de me poser des questions, et en suivant ce que mon enfant manifestait.

(Comme une grande, 2,5 ans)

Une dernière vidéo pour rire un peu…

  1. « Un bébé risque moins de s’étouffer s’il on le laisse contrôler ce qui rentre dans sa bouche que lorsqu’on le nourrit à la cuillère, et ceci parce qu’un enfant n’est pas capable de déplacer les aliments de l’arrière de sa bouche vers sa gorge tant qu’il ne sait pas mâcher. Et un bébé ne saura mâcher que lorsqu’il aura appris à saisir les aliments et à les porter à sa bouche. » (diversificationalimentaire.com)
  2. https://bebemangeseul.com/tag/gag/
  3. Schéma d’introduction : https://www.borstvoeding.com/bijvoeding/schema/frans.htm
  4. https://grandissons.org/?p=202

Découvrir une langue en famille : les ECHO reprennent !

En cette rentrée 2018, nous démarrons notre quatrième années d’ECHO !

Un peu d’histoire 

A l’origine, il y avait les APPEL. Il s’agissait de rencontres organisées par Grandissons entre personnes de même langue. Le groupe était invité à préparer quelques activités pour leurs enfants grandissant dans un contexte plurilingue, afin de leur offrir un lieu et des interlocuteurs supplémentaires pour pratiquer leur langue minoritaire. C’était également l’occasion pour les parents expatriés de trouver un lieu d’échange et de pratique de leur langue maternelle. En 2013 ont ainsi eu lieu quelques APPELS italiens, espagnols, anglais et allemands. Ils sont actuellement en pause, mais Grandissons aura plaisir à mettre en contact les personnes de même langue qui souhaiteraient redémarrer de tels groupes de rencontre.

https://grandissons.org/?page_id=408

A cette période, il nous a été demandé à plusieurs reprises de proposer des cours d’anglais également pour les enfants qui ne grandissaient pas dans des familles bilingues… Et c’était vrai que ces rencontres où les enfants bénéficiaient de jeux et de chanson dans une autre langue que le français donnaient envie…

Éclosion

C’est ainsi qu’en réponse aux APPEL naquirent les ECHO. L’idée était que tous les enfants soient conviés à venir rencontrer une nouvelle langue, culture, pays… de manière ludique et conviviale. Enfin non : pas une nouvelle langue, mais des nouvelles langues. D’une part parce que Grandissons n’a pas vocation d’enseignement, et d’autre part parce que notre volonté, c’est l’ouverture, le partage, l’échange. Ainsi, favoriser l’anglais ne nous a pas semblé un choix judicieux, parce que c’est la langue que nos enfants rencontreront partout, se verront enseignée dans tous les cas, et apprendront très certainement quoi qu’il arrive. Au contraire, c’est le goût des langues, l’ouverture des oreilles vers leurs mystères, l’éclosion des esprits vers les cultures variées dans lesquelles elles sont enracinées, que nous avons souhaité communiquer aux enfants et à leurs familles. Et c’est même pour cette raison que la langue dévoilée chaque mois reste jusqu’au dernier instant secrète : afin que la curiosité de chacun demeure intacte et ouverte à tout ce qui pourra être entendu et découvert ce jour-là…

Les ECHO

C’est donc ainsi que sont nés les ECHO à la rentrée 2014, tout d’abord à la Maison des Associations Garibaldi, et, depuis bientôt 2 ans, à l’Ecole des Parents, avec la collaboration et le soutien de Manuel Vivalda, qui nous permet de rencontrer de nouvelles familles.

Ces ateliers sont gratuits, ouverts à toutes les familles curieuses de découvrir de nouvelles langues et de nouvelles cultures. Ainsi, un vendredi par mois, une nouvelle langue-surprise est dévoilée par un locuteur à travers des jeux, des chansons, des histoires, des images…

Nous souhaitons que désormais les enfants de tous âges se sentent bienvenus, accompagnés de leurs familles.

Au fil des années nous ont été présentés : l’Allemagne, le Japon, l’Espagne, la Côte d’Ivoire, la Finlande, le Royaume-Uni, l’Italie, Nice (et le nissard), la Pologne, le Portugal, le Maroc, la Grèce, la Suède, le Brésil, Madagascar, les Etats-Unis, l’Algérie, la Russie, la Hollande, la Serbie… je crains d’en oublier !

Nous avons dansé des danses traditionnelles, vu des vidéos, appris des mots et entrevu des alphabets, peint, colorié et dessiné, lu des livres, regardé des photos, entendu des musiques, goûté des mets délicieux, beaucoup ri, et rencontré bien des gens.

Les locuteurs animateurs

Eh oui, chaque mois, nous recherchons une personne qui accepte de venir présenter sa langue, son pays et sa culture aux enfants et à leurs familles, lors de cet atelier d’environ 45 minutes, à travers des images, des présentations sur ordinateur, des livres, des gestes, des jeux, des danses, des objets, des saveurs… Une trame vous est proposée pour vous aider à la préparation, ainsi qu’un contact mail, téléphonique ou en rencontre directe pour ceux qui le souhaitent. Tout le monde peut le faire, si si, chacun de vous a beaucoup à offrir au petit groupe qui se constitue mois après mois de fidèles et de nouveaux curieux. Toutes les langues, tous les pays, qu’ils nous aient déjà été présentés ou non, sont les bienvenus !!

L’idée reste que, public et animateurs viennent pour le plaisir de partager leurs connaissances et de découvrir celles qui leurs sont offertes. Chacun apporte ce qu’il a comme il est, le plaisir est le maître-mot, lié à la valorisation de chacun.

En savoir plus

Questions et renseignements : grandissons@yahoo.com

https://grandissons.org/?tribe_events=echo-24

 

 

Présentation d’Alexandra

Je suis Alexandra,d’origine roumaine et maman heureuse d’un petit garçon qui s’appelle Edouard. Passionnée par le monde de la petite enfance,même avant d’être maman ,je me suis diplômée en tant qu’auxiliaire de puériculture. Ouverte d’esprit et qui adore papoter:); Grandissons m’a permis de rencontrer des parents avec qui j’ai pu échanger sur la parentalité bienveillante,l’allaitement,le portage physiologique et le bilinguisme.

Présentation de Kristel

Moi, c’est Kristel, la maman d’Émilie, née en septembre 2006 et de Clément, né en août 2013.

J’ai découvert Grandissons et tout ce qui va avec (à commencer par Lise, Fred et Marie 😉 ) au tout début de l’association, lorsque mon petit deuxième avait quelques mois à peine.

Grâce à toutes les rencontres faites à partir de ce jour de Grande Tétée(1), j’ai découvert un nouvel univers (le mot n’est pas trop fort) qui m’a permis de profiter pleinement de mon rôle de maman. Jusque là, j’avais trop étouffé mon ressenti, persuadée que les autres, les parents « confirmés », les professionnels de santé, savaient mieux que moi quels étaient les bons choix.

Maintenant, je sais qu’il n’y a pas de bons choix, mais qu’il y a mes choix : ceux qui me font écouter les besoins de mes enfants, ceux encouragés par mon intuition.

Clément a plus profité du maternage proximal que sa grande sœur : cododo, portage, langage des signes, DME, allaitement (très) long…

Mais elle profite quand même de ces découvertes, ne serait-ce que pour l’exemple, mais surtout parce que je suis plus à l’écoute de ses émotions et de ses sentiments, que j’accueille avec bienveillance et que je respecte.

Alors, vive le partage, les échanges et les découvertes ! Et vive les enfants ! On a tellement à apprendre d’eux…

 

(1) La Grande Tétée est une rencontre annuelle pour la promotion de l’allaitement maternel.

 

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