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L’éducation bienveillante

Par Ariane

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La plupart des parents de France se comportent avec leurs enfants selon un modèle éducatif séculaire, partant de principes généraux tels que : un enfant a besoin de limites, de rudesse, d’autorité parfois violente, pour comprendre ce qu’il doit et ne doit pas faire. Le rapport parent-enfant suit généralement ce principe de domination : un enfant doit être dominé, un parent doit être dominant. Les émotions de l’enfant sont souvent réprimées, ses sentiments minimisés, et tout cela couvert d’un « c’est pour son bien ».

De plus en plus d’études récentes, cognitives et comportementales, nous informent sur le fonctionnement du cerveau d’un enfant, sur son développement. Elles nous amènent objectivement à reconsidérer les besoins de l’enfant, et l’impact que ces pratiques éducatives ont sur lui/elle. D’après ces études, le développement du cerveau de l’enfant est entravé par les violences subies, et son système cognitif ainsi que son comportement porteront les séquelles de toute forme de violence, physique ou psychologique. (1)

Il est également nécessaire de se poser la question des valeurs morales que ces violences lui inculquent. Etre menacé, frappé « pour notre bien », par quelqu’un qui est censé nous aimer, nous protéger… quel sentiment crée-ce chez un enfant ? Que l’on peut se montrer violent envers plus vulnérable que soi, que l’on peut faire du mal volontairement à quelqu’un qu’on aime, qu’il faut refouler ses propres émotions ?

On peut aussi se demander si la société dans laquelle nous vivons nous convient, si l’éducation reçue a permis le développement une société heureuse et équilibrée. Nous avons toujours privilégié une éducation violente, et le résultat n’a jamais été probant. Et si nous essayions autre chose ?

De nouveaux courants éducatifs, que l’on peut appeler « parentalité positive » ou encore « éducation bienveillante », émergent depuis un certain temps pour remettre en question le modèle éducatif qui fait loi. Ces courants prônent la bienveillance, le respect de l’enfant, de ses besoins, de son développement. Il s’agit principalement d’être attentif à son enfant, de l’écouter, de le laisser s’exprimer, et de substituer à la répression la communication, l’accompagnement, l’ouverture.

Un enfant qui grandit en étant accompagné, pris en compte, respecté dans son intégrité, ne deviendra pas un tyran ; il deviendra un être humain équilibré, qui vivra selon les valeurs qui l’auront fait grandir, et perpétuera ce modèle. La violence entraîne la violence, il va de soi que la bienveillance entraîne la bienveillance.

Il nous arrive souvent de nous retrouver pris dans un rapport de pouvoir avec nos enfants, avec cette idée de « mater » notre enfant, de le dominer, de « lui montrer qui commande ». Et souvent, en y réfléchissant, on réalise que la plupart des « non ! » que nous opposons à nos enfants ne sont finalement pas importants, pas nécessaires. Mais la vie quotidienne, souvent, nous entrave, nous frustre, et il peut arriver que nous éprouvions l’envie de faire subir cette colère, cette frustration, à plus vulnérable que nous, plus impuissant : notre enfant. C’est difficile d’être parent, mais cela ne le serait sans doute pas autant si notre société ne nous imposait pas autant de limites, de contraintes, suscitant forcément un sentiment de frustration bien naturel. Mais plutôt que d’être « contre », essayons d’être « avec » !

L’éducation bienveillante, inconditionnelle, joyeuse, positive, intervient dès la naissance, partant du principe qu’un bébé a besoin d’attachement sécure autant qu’il a besoin de se nourrir. Répondre à ses besoins lui permet de développer une confiance, un sentiment de sécurité, et un équilibre, qui ne remet pas pour autant le nôtre en cause. Certes, il implique de veiller sur son enfant, mais après tout, c’est une définition de la parentalité qui peut sembler appropriée…

On peut choisir le chemin de l’éducation non-violente par principe général : il est inacceptable de frapper un adulte ou un animal, il est donc tout autant (si ce n’est plus) inacceptable de frapper un enfant. On peut aussi faire ce choix par envie : la relation bienveillante avec nos enfants est plus agréable pour toutes les personnes concernées. On peut aussi le faire par esprit pratique : si les méthodes d’éducation sans punitions, sans répression, sans coups, sans chantages ni humiliations, prennent parfois plus de temps et surtout de créativité, elles sont aussi plus efficaces sur le long terme ; un enfant qui n’a pas peur d’être agressé, verbalement ou physiquement, est moins stressé, plus attentif, et davantage ouvert à la communication.

On apprend par-dessus tout par imitation. Le modèle de respect que nous donnons à nos enfants portera ses fruits. Ce respect implique la prise en compte de ses opinions ou de ses envies, l’acceptation de l’expression de ses émotions, bien légitimes, la réponse à ses besoins si elle est possible, et l’explication de nos actes à son égard.

Voilà un défi à notre hauteur : reconsidérer l’enfant. Ne plus l’envisager comme un tyran manipulateur qu’il faut « remettre à sa place ». Le traiter au contraire comme un être humain d’une valeur égale, dont les besoins, les sentiments, les émotions, ont autant besoin que les nôtres d’être pris en compte si ce n’est plus étant donné leur immaturité cognitive et leur vulnérabilité. Tout le monde en conviendra, on apprend mieux avec des explications, de la tendresse et des sourires que sous les cris, les coups et les humiliations.

Presque tout le monde en France a été élevé selon le modèle éducatif dominant (c’est le cas de le dire). Il est d’autant plus difficile de le juger objectivement, en particulier car cela implique de remettre en question le modèle éducatif parental. Mais pour le bien de nos enfants, il est indispensable de se poser la question de ce que nous voulons leur transmettre, de la part choisie de l’éducation que nous leur donnons et de la part inconsciente, reproduisant ce modèle qu’il nous est parfois si douloureux de considérer. (2)

Pour le bien-être de nos enfants autant que pour une société plus heureuse, intéressons-nous à notre modèle éducatif. Remettons-le en question, envisageons d’autres pistes, d’autres façons de voir les choses. Des ressources existent : livres, documentaires, sites internet… Ils présentent également des méthodes qui ont fait leurs preuves.  (3)

Einstein a dit : « La folie, c’est se comporter de la même manière et s’attendre à un résultat différent. » Et si on essayait autre chose ? Si on avançait avec nos enfants et non plus contre ?


  1. « Pour une enfance heureuse » de Catherine Guéguen
  2. Olivier Maurel et l’Observatoire de la Violence Éducative Ordinaire
  3. Voir notamment les ouvrages d’Isabelle Filliozat ou encore de Faber & Mazlisch (un article viendra bientôt ici sur les lectures de l’éducation bienveillante)

Qu’est-ce que la parentalité positive ?

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Voici un ensemble de définitions, personnelles. Ajoutez la vôtre ?


 

Angélique :

Le bien-être de la famille. Comprendre son enfant, ses besoins, ses envies, ses refus…
Apprendre la patience à son enfant : tout vient à point :))
Voir le verre à moitié plein et non à moitié vide, l’enfant sera tout autant positif dans sa façon de voir la vie, sa vie :)))
Voilà pour mon point de vue.

 

Marine :

Pour moi, c’est se remettre en question, voir l’enfant autrement, essayer d’avancer en l’accompagnant. Main dans la main plutôt que face à face. C’est aussi avoir des objectifs précis, comme des challenges, essayer de s’améliorer. Zéro fessées, du dialogue. Essayer parfois des choses farfelues, mais qui fonctionnent. S’affranchir du regard des gens qui font autrement et pensent que forcément c’est mieux (ils n’en sont pas mort, la vie est dure il faut leur apprendre, bla-bla-bla). Pour moi c’est surtout lié par plein de petites ficelles à plein d’autres notions, comme le maternage, l’allaitement, le portage, la DME, la LSF, les couches lavables, le cododo, un côté aussi « responsable / écolo / bio », l’IEF, et sûrement d’autres que j’oublie ou que j’estime déjà englobés. Oui en fait je pense que c’est être parent acteur ou parent actif, comme être un peu militant ou à contre courant, c’est s’informer discuter, découvrir, se poser encore des questions. Enfin je déborde sans doute de la simple notion de « parentalité positive ».

 

Kristel :

La parentalité positive, c’est pour moi une façon de voir son enfant comme un être humain à part entière, avec ses désirs, ses peurs, ses besoins. Et essayer d’en tenir compte avec empathie et amour.

L’aider à grandir en se posant toujours la question : qu’est-ce que je souhaite lui transmettre ? Quels exemples de relations humaines je souhaite lui donner ?

Et non pas considérer un enfant comme un être dépourvu du droit de choisir, de penser par lui-même.

La parentalité positive c’est accompagner son enfant vers l’avenir, vers l’autonomie, sans chercher à le dresser.

Mais ce n’est pas toujours facile !

 

Vicky :

La parentalité positive est une nouvelle façon de considérer la famille: c’est vivre en famille sans rapports de force. Sans ces réflexes éducatifs qui nous amènent à considérer les enfants comme des êtres fautifs à corriger à tout prix. C’est une parentalité épanouissante dans l’amour, le partage et la reconsidération de nos positions de vie d’adultes. C’est le respect plein et entier, inconditionnel et non négociable de l’enfant en tant que personne différente, avec ses codes, besoins et représentations du monde propres. C’est aussi l’abandon de l’idée de possession et d’ascendant sur l’enfant. C’est ne pas se reconnaitre d’autre droit sur lui que celui de le protéger et de l’aider à se construire, quand bien même cela doit passer par l’intégration des codes sociaux. Et c’est aussi se renseigner, lire, apprendre et être humble en matière d’éducation, ne pas avoir la prétention de savoir faire instinctivement…

 

Cécile :

Pour moi, la parentalité positive c’est quand tout le monde est gagnant dans la relation, parents comme enfants, et qu’on arrive à sortir des schémas classiques de conflits et de luttes de pouvoir.
J’y vois aussi une part importante de joie, de gaieté et de petits bonheurs, dont on s’éloigne malheureusement facilement quand on est pris dans le tourbillon du quotidien.

 

Lise :

Pour moi, ce terme de « positif » se décline selon plusieurs définitions très proches des mots :

Tout d’abord, au pied de la lettre, j’entends le fait d’être positif dans sa parentalité dans le sens d' »optimiste », du fait de prendre les choses du bon côté. Je trouve que l’on entend et lit souvent des expressions négatives quant au fait d’être parent (tu n’as plus de temps pour toi, tu passes ton temps à faire le gendarme, fini tout ce que tu faisais avant) et des enfants en soi (un vrai démon, qu’est-ce qu’il est soûlant, oui là il n’a pas l’air, mais si tu le voyais quand il…, etc.) Bref, je regrette que verbalement, la parentalité soit souvent vécue de manière si pessimiste et sombre… ce qui ne peut qu’accompagner et influencer le quotidien. Premièrement, donc, être positif dans sa parentalité, c’est mettre en avant les bon côtés de son enfants, les bons côtés du fait d’être parent, c’est aller vers le haut…

Etre positif, ensuite, c’est être constructif, considérer au maximum les événements de la parentalité comme n’étant pas de simples « caprices » du destin qui nous a mis « un enfant pareil », ou de l’enfant, mais comme des situations ayant un sens qui demande à être réfléchi, personnellement, en couple et avec l’enfant. Cela aidera  d’une part d’être le moins souvent possible pris au dépourvu, et d’autre part trouver des solutions quand nécessaire. C’est aussi être constructif vis à vis de son enfant, et se demander sans cesse si la manière dont on agit avec lui permet de s’épanouir dans sa personnalité, c’est essayer autant que possible d’éviter tout ce qui pourrait être destructeur dans le développement de ses compétences affectives et intellectuelles, c’est, dans le difficile cheminement de la découverte de la parentalité, chercher à semer un chemin favorable pour soi, pour sa famille, et pour ses enfants.

Enfin -et surtout-, j’entends un sens résonnant comme « gai, léger, heureux ». Car, faisant écho à ma première définition, je crois sérieusement que l’idée et le langage influencent le quotidien et vice versa. Il me semble, au hasard de mes observations citadines, que les parents qui ne crient pas, ne menacent pas, ne semblent pas stressés, bref qui s' »entendent bien avec leur enfant », sont aussi des personnes avenantes, souriantes, drôles, qui semblent joyeuses, satisfaites, sereines (et les enfants aussi)… Je ne sais pas qui de la poule ou de l’œuf est arrivé le premier. La positivité entraînerait-il la positivité ? Probablement, et dans ce cas, elle est ouverte à tous.

Plus concrètement, la parentalité positive, oblitérant d’emblée tous les commentaires négatifs que l’on peut entendre autour de soi (ne lui donnez pas de mauvaises habitudes, ne vous laissez pas marcher sur les pieds, il fait cela pour vous embêter, il vous teste, l’enfant est un tyran qu’il faut mater au plus vite…) , permettra de s’orienter vers les biais plus simples et plus plaisants de ce qu’offre le fait d’être parent. Ainsi, portage à volonté (libère les mains, offre complicité), cododo (évite de se lever la nuit, offre complicité), communication bienveillante, signes, jeux (facilite la compréhension, offre… complicité !), allaitement et diversification menée par l’enfant (facilitent le côté pratique, évite les calculs, les préparations, etc., et offre… oui !).

 

Marie :

A mon sens, « positive » ne doit pas s’entendre comme à l’opposé de quoique ce soit. Il n’y aurait pas une bonne parentalité et une mauvaise parentalité : il y a des choses qui correspondent à telle ou telle famille. Je conçois la parentalité positive comme une mise en mouvement, quelque chose qui implique un effort : une volonté de remettre en questions nos pratiques éducatives, leur bien-fondé, de ne pas faire par défaut mais en conscience.

Pour moi, la parentalité positive est la recherche d’un vivre-ensemble joyeux et le plus serein possible.

Je mets dans l’idée de parentalité positive tout ce qui a trait à l’éducation non-violente, au parentage proximal, ludique et inconditionnel (voir en particulier Alice Miller, John Bowlby, Lawrence Cohen et Alfie Kohn).

 

Les réflexes éducatifs

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Par Vicky

Lorsque ma fille Stella avait 10 mois à peu près, elle s’amusait à tirer sur les fils de la lampe du salon, précisément parce que je le lui interdisais. A ce moment-là j’étais occupée avec de la paperasse et le message « maman prête-moi de l’attention » était évident mais je ne pouvais pas répondre à sa demande. Pour autant je la trouvais légitime. Ceci dit la répétition de son comportement dangereux malgré la répétition des « non » de ma part a fini par m’énerver (il faut dire que je ne suis pas de nature très patiente, même si avec le temps je m’améliore). J’ai donc attrapé sa petite main et je m’apprêtais à lui mettre une tape dessus. Et je me suis arrêtée aussitôt, avant de le faire. Parce que je n’ai pas pu m’empêcher de me demander pourquoi exactement je m’apprêtais à faire ce geste :

qu’allait-elle en tirer ? Que voulais-je lui apprendre et qu’allais-je lui apprendre ? Qu’est-ce qu’elle allait ressentir physiquement et psychologiquement ? Avais-je le droit de le faire ? Jusqu’où vont nos droits vis-à-vis de nos enfants ? Et surtout et avant tout : qu’est-ce qui m’a poussé moi à le faire ?

Ce moment-là a donné naissance à de multiples 
réflexions et constatations, dont sûrement la plus importante était l’existence de réflexes éducatifs. Et donc la nécessité de s’en débarrasser, de s’en libérer pour tendre vers une éducation réfléchie, choisie, adaptée à ma famille à moi (plutôt qu’à celle qu’ont construite mes parents), qui reflètera mes aspirations éducatives et sociétales. Une éducation qui ne reproduira pas toutes ces choses qui ont pu me faire souffrir en étant enfant, et dont je me souviens très bien. Ma mémoire n’a jamais permis ce genre de rupture d’avec mon enfance. Je n’ai pas oublié le sentiment d’injustice que je pouvais ressentir dans diverses situations, ni l’envie de « me venger », cette frustration d’être toujours l’enfant, celle qui subit ce qui semble bon et juste aux parents et qui sait qu’elle, elle n’aura jamais ce pouvoir vis-à-vis d’eux.

Mes parents n’étaient ni des gens conventionnels, ni des gens bêtes, ni des tyrans. Cela n’a pas empêché les
erreurs et les ratés. Oui c’est inévitable, mais ce qui importe aujourd’hui 
pour l’adulte et le parent que je suis c’est de les reconnaître, de ne surtout 
pas fermer les yeux dessus. J’ai entendu des adultes de la génération précédente 
défendre leurs choix éducatifs en disant « nous on a fait comme ça et nos enfants n’en sont pas morts/traumatisés/malheureux etc. ». J’ai entendu des 
gens de ma génération défendre l’éducation qu’ils ont reçue en disant
« mes parents m’ont éduqué comme ça et je ne m’en porte pas plus mal ». Voilà, tout est bien qui finit bien, on se croirait dans un monde d’adultes bien portants, sains, dans une société qui va dans le bon sens. Et pourtant j’ai plutôt l’impression que la société n’a plus aucun repère qui vaille, aucune valeur réellement humaniste, je vois des adultes névrosés et malheureux dans tous les milieux, sans parler des excès de violence juvénile, du pétard à 13 ans qui ne choque plus personne, de la consommation excessive d’alcool et ainsi de suite. Une société qui va droit dans le mur, avec des jeunes ni bien dans leurs têtes, ni bien dans leurs baskets.  Mais personne ne veut se remettre en question ! Tout le monde a bien éduqué ses enfants, tout le monde a été bien éduqué ! Pourvu qu’on n’ait pas à se poser des questions qui nous 
emmènent à considérer nos parents, nous-mêmes ou nos enfants comme défaillants.

Ma mère pense que du moment où un parent est bienveillant et donne le meilleur de lui-même, on n’a pas le droit moralement de lui reprocher grand’ chose. C’est pourquoi elle n’est pas toujours réceptive à mes « analyses ». Et en effet beaucoup de gens pensent comme elle. Sauf que peu importent les reproches, ce n’est absolument pas là qu’il faut mettre l’accent. Il s’agit d’identifier les problèmes, les erreurs qui ont été faites dans le but de ne pas les reproduire. Certains ressentiront le besoin de faire des reproches à leurs parents, d’autres pas. En tout cas, ce n’est absolument pas l’étape des reproches qui fera de nous des meilleurs parents, c’est la prise de conscience. Il est important de renouer avec ses ressentis d’enfant vis à vis des comportements des adultes. Car si le jugement d’un enfant n’est pas toujours à retenir, les
 ressentis en revanche il faut toujours les considérer. Alors que nous savons respecter (ou faire semblant de respecter) les ressentis d’un adulte, bizarrement ceux des enfants on les calcule beaucoup moins, comme s’ils étaient 
moins importants, moins déterminants, moins décisifs pour leur développement, alors qu’ils en sont le fondement même.

Il y a toujours quelqu’un de bienveillant pour nous dire : de toute façon ce ne sera pas parfait, des erreurs on en fait tous et blablabla. Ce n’est pas une raison pour nous dédouaner, c’est trop facile ! Ce n’est sûrement pas sous prétexte que des erreurs seront faites qu’il ne faut pas tout faire pour les éviter. Alors libérons-nous des nos réflexes éducatifs, des choses que nous faisons parce que « ça a toujours été comme ça », prenons-nous la tête sur le pourquoi du comment, nous pouvons et devons faire mieux que la génération précédente. L’éducation de nos enfants n’est pas à prendre à la légère et l’amélioration de nos sociétés est d’une urgence absolue. Je ne vois pas grand chose qui vaille la peine plus que ça. Car il s’agit bien de peine, comme tout effort de réflexion.

Janusz Korczak…

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Par Lise

[Cette semaine a lieu la journée internationale des droits de l’enfant, Lise vous présente à cette occasion le premier d’une série d’articles sur un grand médecin-pédiatre-écrivain-pédagogue-humaniste, Janusz Korczak.]


On voit quelquefois passer son nom, dans PEPS Magazine, en préface à Olivier Maurel… et pourtant, il ne nous est guère connu, tout au plus à cause de sa mort tragique. Moi-même, je ne l’ai pas vraiment rencontré lors de mes lectures ou recherches sur les thèmes de l’éducation et de la non-violence, mais parce que ma mère m’a prêté deux de ses livres. J’ai commencé ma lecture de Comment Aimer un Enfant d’un œil un peu critique, laissant filtrer des doutes tels que « encore une vieillerie avec des regards préhistoriques et stricts sur l’enfance… », pourtant, rapidement, je me suis laissée prendre par la poésie et l’originalité de l’approche. Oui, certains passages sont réellement durs, certes, ou peuvent agacer un peu, d’autres encore font sourire. Mais plus je lis et relis ces pages (pour tenter d’en faire une synthèse sur le présent blog) plus la puissance du message, sa richesse, sa dimension, m’enthousiasment. Je pense que, à l’époque où fleurissent les livres sur la non-violence éducative et sur les pédagogies alternatives, Korczak mérite absolument d’être connu et reconnu… et il est probable que je ne manque pas de revenir parler de lui ici !

Janusz Korczak est un pédiatre et écrivain polonais né en 1878, qui œuvrait à une refonte de l’éducation et du statut de l’enfant, privilégiant la sauvegarde et le respect absolu de l’Enfance. Il voulait une école de la démocratie et de la participation. Il dirigea deux orphelinats mixtes organisés en républiques d’enfants. Il créa des émissions de radio et des revues et journaux pour enfants, et il écrivit des livres pour enfants et pour adultes. Sur le plan pédagogique, son œuvre s’inscrit dans la lignée de la « pédagogie active » et de « l’École nouvelle », aux côtés de Montessori, Decroly, Neill, Freinet…

Il est aussi le précurseur reconnu de la mise en pratique des droits positifs de l’enfant (droits d’expression, de participation, d’association, etc.) officiellement établis le 20 novembre 1989 par la Convention des Nations Unies pour les Droits de l’Enfant, texte et acte politique majeur dont il exigeait l’élaboration depuis la fin du XIXe siècle (et auquel Aldo Naouri se targue de s’être opposé).

Il fut déporté en 1942 au camp d’extermination de Treblinka, avec les enfants du ghetto de Varsovie qu’il n’avait pas voulu abandonner (cf. le film de A. Wajda : Korczak, 1989).

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Comment aimer un enfant a été écrit au front, en 1915. Dès les premières lignes, le ton du livre frappe : écrit à la deuxième personne du singulier, il s’adresse au lecteur et commence par une question, dont la réponse est… « je ne sais pas. » Et, tout au long du livre, les questions, en longues listes, ne vont cesser de se succéder, laissant au lecteur le soin de réfléchir. Ici, pas de méthode, pas de réponse-type, pas de toute-puissance du scientifique « qui sait » mieux que le parent la manière dont celui-ci devrait élever ses enfants. C’est presque un dialogue qui s’instaure entre le lecteur et l’écrivain, dialogue rendu plus délicieux encore par le nombre des années écoulés depuis sa rédaction et qui donnent un petit goût sépia à certains passages, tandis que d’autres éclatent de modernité. Korczak ne parle pas seulement de démocratie et d’échange, il les montre. Ici, on ne se trouve pas face à un théoricien, mais à un homme d’expérience. Et à un poète. Tout, dans la forme comme dans le fond, appuie sa pensée : ainsi, il insèrera lui-même quinze ans plus tard des remises en cause de ses dires, des précisions, des prises en compte de l’évolution en fin de  plusieurs parties.

Le livre se décline en quatre chapitres : l’enfant dans sa famille, internat, colonies de vacances, la maison de l’orphelin. Chacun d’eux contient son lot d’idées capables d’apporter un regard nouveau ou enrichi aux parents ou aux enseignants d’aujourd’hui. Si je me permettais un petit reproche à la forme du livre, c’est celui que l’auteur semble suivre ses pensées dans un ordre un peu aléatoire, ce qui retire à mon sens un peu de la clarté et de l’intensité du propos.

Je ne parlerai dans cet article, que du premier de ces chapitres, en raison de l’absence de concision qu’à lui seul, il a causé dans mon écrit. Je ne peux m’empêcher, pour commencer, de citer quelques extraits de la première sous-partie, celle ou le médecin-éducateur se fait poète et philosophe pour parler de la grossesse et de la naissance :

« Le battement d’un cœur petit comme un noyau de pêche fait écho à ton pouls. C’est ta respiration qui lui procure l’oxygène. Un sang commun circule en vous deux et aucune de ses gouttes rouges ne sait encore si elle sera à toi ou à lui, ou si, répandue, il lui faudra mourir en sacrifice au mystère de la conception et de l’accouchement. Cette bouchée de pain que tu es en train de mâcher, c’est du matériau pour la construction des jambes sur lesquelles il courra, de la peau qui le recouvrira, des yeux dont il regardera le monde, du cerveau où la pensée flamboiera, des mains qu’il tendra vers toi et du sourire avec lequel il t’appellera « maman ».

« Parmi ces millions d’hommes, toi qui accouché d’un homme de plus. Qui est-il ? Une brindille, une poussière – un rien. (…) Mais ce rien est frère des vagues de la mer, du vent, de l’éclair, du soleil, de la Voie lactée. (…) Dans ce rien, il y a quelque chose qui sent, désire et observe ; qui souffre et qui hait ; qui fait confiance et qui doute ; qui accueille et qui rejette. »

Ce premier chapitre, l’enfant dans sa famille, se décline en 116 sous-parties, chacune porteuse d’une réflexion ou d’une idée, que je regrouperais en quelques grandes idées que j’ai pris la liberté de classer dans les titres ci-dessous :


L’enfant : une personne et une personnalité

Korczak montre l’enfant comme issu de la lignée d’ancêtres dont les milliers de parcelles sont réunies pour former une identité nouvelle. (sous-parties 2 à 5) Il insistera tout au long du livre sur l’individu. Les enfants se déclinent en autant d’identités et de caractères. L’auteur se pose la question de la part d’inné dans le comportement de l’enfant, part qu’il faudra accepter sans espérer changer l’individu,  et celle d’acquise par l’éducation, pour laquelle il s’agit de s’employer à lui donner ce dont il aura besoin pour s’épanouir. Cela donne matière à une riche réflexion sur la part de l’hérédité et celle de l’éducation dans la personnalité (n°49 à 53).

Une idée importante est que l’enfant n’est pas un mini-adulte en attente, mais d’ores et déjà une personne, dont chaque instant de vie a une valeur en tant que telle, et non comme une période de construction (n°40, n°64). La seule différence serait le manque d’expérience, dont Korczak nous donne de succulents exemples (n°65 à 71). Oui, cela va de soi, semble-t-il, et pourtant non, pas tant que cela, et lire ces passages le fait ressentir plus clairement que jamais. C’est ce qu’il définit comme le « droit de l’enfant à être ce qu’il est ».

On trouvera aussi des descriptions, des regards sur les nourrissons, les enfants, les adolescents, leur psychisme, leurs ressentis… oui, en lisant certains passages, on peut croire que l’auteur a vu à travers les yeux d’un enfant juste avant de tracer ses mots. Encore une fois, pas en termes d’âge et d’acquisition, mais en des descriptions rien moins que poétiques, il nous donne à voir ce qu’il croit percevoir chez certains enfants, sans omettre d’insister sur la variabilité des individus qu’ils sont déjà, et cela à plusieurs reprises, selon les périodes de la vie (n°26 à 43).

Ajoutons, pour démodée qu’elle soit, que la partie sur les filles et les garçons (« la fille, en plus des contraintes de l’enfance, doit subir déjà celles de la féminité », si, si, allez donc lire, n°99) n’est pas inintéressante dans les réflexions auxquelles elle peut conduire, ainsi que la réflexion finale et l’analyse de l’adolescent (n°101 à 115, « Nous avons peut-être tendance à y voir une période critique exceptionnelle et mystérieuse alors qu’en fait elle ne constitue qu’un des passages difficiles qui jalonnent la vie de l’enfant » (105)).

Cette vision respectueuse de l’enfant en tant que personne sert de base aux théories éducatives qui sont mêlées à ces descriptions.

« Elle est tout à fait fausse cette image qui nous représente l’enfant comme un anarchiste-né ou un être aussi intransigeant que vénal. L’enfant a le sens du devoir, respecte l’ordre, et ne fuit pas ses responsabilités pour peu que nous ayons la sagesse de ne pas les lui imposer par contrainte et qu’elles ne dépassent pas ses forces. » (n°102)

 


Education respectueuse et liberté

Beaucoup de paragraphes sont étonnants de modernité, et prédisent très nettement ce que l’on lit dans les livres récents : l’inutilité de vouloir faire correspondre l’enfant à un standard, les craintes et les difficultés des jeunes parents face à un jeune enfant qui leur parait difficile, l’importance de l’attachement parental dès les premiers instants (« si la jeune mère pouvait comprendre l’importance capitale de ces premiers jours et semaines… »)…

On trouvera quelques réflexions surprenantes sur la manière d’embrasser son enfant (« ce sont là des manifestations quelque peu douteuse d’une sensualité exaltée », n°32), sur les domestiques, sur la régulation des naissances (n°6)… aussitôt suivie d’une remise en question de la part de l’auteur, qui s’accuse de « bouderie puérile l’ayant longtemps poussé à refuser la nécessité d’un contrôle des naissances »)… Oui, quelques réflexions qui pourraient bien hérisser les cheveux sur la tête, mais… encore une fois, l’époque d’une part, la globalité du livre d’autre part, permettent de les contourner d’un sourire indulgent.

D’autres parties sont un peu en décalage avec ce que l’on connaît à présent, ou montrent combien de chemin déjà, a été parcouru. Tel ce paragraphe complet (n°38) consacrée au « droit de l’enfant à mourir » (eh ! oui, considérons qu’en 1915, le taux de mortalité infantile était d’environ 100 pour 1000 naissances vivantes, 1 sur 10… !) Et cela ne rend que plus précieux le fait d’avoir un enfant souvent bien-portant près de soi…

Mais ce dont Korczak parle le plus, c’est du droit de « vivre sa vie d’aujourd’hui ». Ainsi, il encourage les parents à offrir à leur enfant indépendance et liberté, à le laisser courir, comparant les sorties du petit paysan à la chambre aseptisée du petit citadin, et insistant sur l’importance des expériences que l’enfant effectuera lors de jeux pour ses apprentissages, et sur sa capacité à mesurer les risques (n°37 à 44). Il parle aussi de l’importance de ne pas accéder à tous les désirs de l’enfant, et à lui enseigner l’impossibilité ou l’interdit. Plusieurs parties sont également dédiées à l’importance de l’imagination et du jeu, et la manière dont les enfants s’y impliquent selon leur personnalité (n°72 à 80).

Dans son paragraphe sur l’alimentation, il propose de « donner à l’enfant ni moins ni plus que ce qu’il veut manger ». Idem pour le sommeil (n°62 et 63). Même l’allaitement au sein bénéficie d’une partie remarquablement ouverte, où il n’est pas opposé au biberon, mais à… l’engagement d’une nourrice, vivement condamné par Korczak, qui affirme déjà que chaque mère peut allaiter, et encourage à allaiter (presque) à la demande ! Et celui-ci d’enchaîner en parlant de diversification quasi-menée par l’enfant… (n°19 à 23)

Plusieurs paragraphes sont dédiés à la manière dont les enfants perçoivent les adultes, les mots que ceux-ci leur adressent, les croyances qui peuvent en découler chez les enfants (n°81 à 92). C’est déstabilisant, surprenant… mais ce que cela m’a inspiré avant tout, c’est : enfin un auteur qui essaye de se mettre à la place des enfants dont il parle, qui les a écoutés, qui, peut-être même, se souvient de sa propre enfance et s’appuie sur ses souvenirs pour proposer des affirmations !

En cinq parties (n°54 à 58), il décrira plusieurs milieux éducatifs de manière claire, tout en essayant de montrer ce que chacun pourra apporter ou non à l’enfant selon son caractère. Qu’il est bon de lire quelques pages sur la diversité, quelques lignes qui laissent voir qu’il n’y a pas une seule et unique manière de faire, qui donnent quelque recul !

Toutes ces idées éducatives mettent en avant l’objectif que l’enfant, qui « un jour aura des cheveux gris », devra plus tard « se retrouver dans la société, dans l’humanité, dans l’univers » (n°45).  « Nous lui faisons porter le fardeau de ses devoirs d’homme de demain sans lui accorder ses devoirs d’homme d’aujourd’hui. » (n°64) Dès lors, celui-ci ne devrait pas simplement subir des règles qui lui auront été imposées sans dialogue.


Langage, communication, échange

Enfin, Korczak donne un rôle extrêmement important au langage et au poids des mots.

Il décrit le nourrisson comme un être capable de comprendre, sinon les mots, du moins les situations, dès son plus jeune âge. Je n’aime cependant gère ce passage où il décourage la mère de trop lui parler au moyen de vraies phrases (n°29). Pourtant, il montre combien la manière de s’exprimer de l’enfant est riche et claire avant même qu’il soit capable de parler, et combien déjà il a de choses à dire (n°34). Je suis plus mal à l’aise avec la fin de ce passage, qui dit que le nourrisson pourra également se montrer « despotique avec son entourage » : pourtant Korczak ne veut par là que reconnaître aux enfants, en leur qualité de personnes à part entière, la possibilité de ne pas avoir envers tous et toujours un comportement positif.

Plus tard, il explique le besoin qu’a l’enfant de comprendre le monde qui l’entoure, et la manière dont l’adulte pourra l’aider par des mots, en lui donnant non seulement le nom de l’objet, mais aussi une appréciation sur celui-ci (n°47). Plusieurs parties s’attachent à montrer l’importance des mots dans la compréhension du monde qui nous entoure, quel que soit l’âge, et combien ils sont nécessaire à la construction de la pensée et des questionnements (n°85 à98).

Enfin, plusieurs longs passages sont dédiés au côté conventionnel du langage, et à la difficulté pour l’enfant de maîtriser ces règles (n°65) et de comprendre le langage souvent imagé : « la plupart des erreurs que nous commettons en portant nos jugements sur des enfants viennent du fait que nous prêtons nos pensées et nos sentiments aux mots qu’ils nous empruntent et qui, le plus souvent, ont pour eux une signification différente de celle que nous leur donnons » (n°68-69), quoi qu’il soit capable de raisonnement, mais retenu par une somme d’expérience moindre.

Porteur lui aussi de mots et de langage, l’enfant est capable d’apprécier le monde qui l’entoure, autant que ses valeurs morales. C’est ainsi que Korczak arrive à cette affirmation sensationnelle :

« Je pense que le premier et indiscutable des droits de l’enfant est celui qui lui permet d’exprimer librement ses idées et de prendre une part active au débat qui concerne l’appréciation de sa conduite et la punition. » (n° 37)

C’est d’ailleurs cette idée qu’il a appliqué dans la gestion de ses orphelinats, où opérait un tribunal d’arbitrage d’enfants. Mais de cela, je parlerai dans un prochain article, celui-ci se faisant déjà fort long.

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Conclusion

Combien d’ébauches, d’introductions, de bases… contient ce livre ! Lisez-vous Isabelle Filliozat, Olivier Maurel, Faber et Mazlich, Ginott… ? Je ne crois pas trop m’avancer en suggérant que le bourgeon de tout ce qu’ils décrivent se trouve déjà dans ce livre. Je suis un peu de parti pris, c’est vrai, et on pourra m’opposer que je ne décris que ce qu’il contient de positif, tout en omettant sciemment ce qui pourrait choquer ou ennuyer le lecteur moderne. Oui, mais j’ai déjà trop à dire sur ce que ce livre contient d’enthousiasmant, répondrais-je à cette critique justifiée.

Je ne conseillerais pas ce livre en première lecture à un parent qui s’interroge sur l’éducation non-violente ou s’intéresse au parentage. En revanche, je crois que c’est un enrichissement important, une base historique et un support réel que tout parent ayant déjà de bonnes idées sur la question pourra lire avec plaisir, surprise et curiosité, mais surtout avec avidité, et qu’il devrait appartenir au bagage incontournable de qui s’intéresse à la question.

L’interrogation qui me reste un peu douloureusement posée au coin des lèvres en refermant ce livre est « mais n’est-ce pas tout de même un peu triste et décourageant de constater qu’un siècle après qu’il a été écrit, nous n’en soyons encore QUE là, à croire naïvement que nous découvrons ce que cette homme affirmait déjà, à bâtir des théories utopiques quant à la nouveauté et à la potentialité de ces idées ? »

« Qu’aucune opinion ne soit une conviction absolue, immuable. Que le jour présent ne soit toujours qu’un passage, de la somme des expériences d’hier à celle, enrichie, des expériences de demain… A cette seule condition, notre travail ne sera jamais ni monotone ni sans espoir. »

Serait-ce là la réponse de monsieur Korczak ?


A venir : Les méthodes éducatives et pédagogiques de Januz Korcsak parties 2, 3 et 4 du livre.


Pour aller plus loin :

http://www.gfen.asso.fr/fr/pensee_pedagogique_de_j._korczak

http://korczak.fr/

http://www.unicef.fr/contenu/actualite-humanitaire-unicef/2014/02/14/l-innovation-pour-faire-progresser-les-droits-de-l-enfant-21266

Mode d’emploi de Petit Écureuil

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Par Ariane

A force de lire des kilos de livres, de parler avec d’autres parents, de passer des heures sur Internet, de réfléchir à la question de l’éducation, et bien sûr d’éprouver mes idées chaque jour avec Petit Écureuil, cobaye involontaire, m’est venu l’idée de rédiger un petit « Écureuil, mode d’emploi », qui évidemment n’est pas à suivre au pied de la lettre, un-e enfant n’étant pas une recette de cuisine ou un meuble en kit, et les sentiments et émotions du moment n’étant pas prises en compte, et un enfant n’étant pas linéaire (heureusement), etc. mais dont les grandes lignes peuvent servir à ses congénères, avec lesquels les parents ont comme moi envie de rester non-violent-e-s et de conserver des rapports harmonieux.

Voici donc mon modeste brouillon, à modifier et améliorer chaque jour avec chaque nouvelle expérience ou confrontation.


Situation de conflit : Petit Écureuil veut/veut faire quelque chose que je refuse de lui donner/laisser faire, ou ne veut pas faire ce que je lui demande (etc), et résiste à mes tentatives d’explications/de persuasion.

  1. Je respire un grand coup, et je quitte la pièce si je sens la colère monter, pour pouvoir réfléchir objectivement.
  2. Je me pose la question : est-ce que c’est bien important ? Est-ce que je pourrais lâcher prise sans que ça pose un problème pour sa sécurité, son bien-être…?

Si je peux lâcher prise, je lui explique que j’aurais voulu qu’elle voie les choses comme moi, mais que là, après réflexion, je vais lui laisser faire ce qu’elle voulait. Si par exemple elle refusait de ranger ses jouets et que mes tentatives de persuasion n’ont pas fonctionné, je dis par exemple « bon, cette fois c’est moi qui range (avec ton aide), parce que je suis solidaire, et que je fais ça pour que tu n’aies pas à le faire, mais j’aimerais la prochaine fois que tu le fasses aussi ».

Si je ne peux pas lâcher prise parce que c’est vraiment important, je négocie/essaie de la convaincre :

– l’explication : je ne veux pas que, parce que, et si, et comment…

– la diversion (ex. si elle ne veut pas s’habiller, je lui raconte une histoire en l’habillant sans qu’elle s’en rende compte)

– je lui fais voir les choses autrement : je lui montre le côté positif obtenu par l’acceptation. Ex. elle ne veut pas prêter son jouet (ce qui est son droit, soit dit en passant), je lui souligne le plaisir qu’aura son copain/sa copine à le recevoir, je lui rappelle qu’elle récupèrera le jouet quand il/elle sera parti… Si elle ne veut pas se préparer pour partir, j’insiste sur le plaisir qu’elle aura à se rendre à l’endroit où l’on va. Elle veut une glace que je ne peux lui donner, je lui demande ce qu’elle aimerait manger ce soir.

– je lui demande, tout simplement : s’il te plaît Petit Écureuil, je sais que tu n’as pas envie, mais je te le demande, s’il te plaît ?

– je lui donne un choix entre deux possibilités. Tu ne veux pas mettre tes chaussures ? Est-ce que tu préfères mettre celles-ci ? Ou alors préfères-tu les mettre toi-même ?

– je fais intervenir le jeu (voir le formidable livre de Lawrence Cohen, « Tu veux jouer avec moi ?« ). Ex. elle ne veut pas se préparer pour partir, j’invente un monstre qui est dans la maison et qui nous poursuit (« vite, vite il faut partir !! »). Elle ne veut pas se déshabiller pour se changer, je lui saute dessus en lui arrachant ses vêtements parce que j’ai faim et que je veux les manger. Elle rigole toujours. Ce qui marche très bien aussi : lui demander de me faire la surprise. Elle ne veut pas prendre sa douche ? Je lui dis « bon, ben ce n’est pas grave, je m’en vais, mais peut-être que quand je reviendrai dans la salle de bains tu m’auras fait une surprise et tu seras toute nue sous la douche ! Ca marche pratiquement à chaque fois (à n’utiliser qu’avec parcimonie donc, pour ne pas user le mécanisme 😉

– l’humour (marche presque toujours avec Petit Écureuil). Ex. « tu vas pas mettre ces chaussures-là ?! Mais c’est des tongs et il fait -10° dehors ! Mais ça va pas non, cette enfant est incroyable » avec une grosse voix, et Petit Écureuil éclate de rire et en rajoute, et hop, la pilule passe mieux.

si vraiment rien n’a fonctionné, je la préviens que je vais le faire « de force ». Exemple typique : le coup du médicament. Si elle est malade et qu’elle a vraiment besoin de prendre un médicament pour aller mieux, que j’ai épuisé toutes mes ressources de persuasion, je lui dis que je suis désolée, mais que je vais devoir le faire de force, et je le fais : je la plaque au sol et lui donne le médicament. Mais je l’ai prévenue avant, preuve de respect et inspiration à la confiance.


Le conflit : Petit Écureuil est en désaccord et se met en colère.

Nos enfants nous mettent souvent très en colère. Mais la formulation même de cette phrase montre bien le nœud du problème : nos enfants ne nous mettent pas en colère. Nous nous mettons en colère en réaction à leurs actions/mots/comportements. Mais, au moins jusqu’à un certain âge, il ne peut pas y avoir d’intention de nuire… Elle ne le fait pas exprès : soit elle teste pour constater mes réactions (ce qui est plutôt sain et « normal », même nécessaire au développement, c’est l’expérimentation du monde), soit elle veut quelque chose que je lui refuse (elle a le droit de le vouloir, comme j’ai le droit de lui refuser), soit c’est moi qui interprète avec mon cerveau d’adulte. Comme de l’anthropomorphisme, c’est de l' »adultomorphisme ». Nous ne pouvons pas interpréter leurs comportements avec nos critères à nous. C’est leur prêter des intentions qu’ils ne sont tout simplement pas capables d’avoir.

Ce qui m’aide beaucoup c’est l’apprentissage du réflexe « je me mets à sa place » (ça marche aussi avec les adultes…). Pourquoi a-t-elle réagi comme ça ? Pourquoi insiste-t-elle ? Dans le livre « Tu veux jouer avec moi ? » de Lawrence Cohen, il explique que nous, adultes, avons pour nos enfants la même incompréhension qu’ils ont pour nous. Il cite cet exemple : nous nous demandons comment notre enfant peut trouver plaisir à habiller/déshabiller sa poupée pendant des heures, et il/elle se demande comment nous pouvons trouver plaisir à passer une soirée entière autour d’une table à discuter. Nous n’avons pas le même vécu, les mêmes expériences, les mêmes peurs. Nous avons eu le temps de faire un chemin qu’ils n’ont pas entamé. Mais nous avons des choses à leur envier : leur spontanéité, leur absence de jugement ou de peur d’être jugé (ça ne va malheureusement pas durer), leur insouciance, leur capacité à s’immerger dans une activité et se laisser entraîner par leur imagination sans retenue, leur « vérité », leur absence de préjugés sur les autres et donc leur capacité à aimer sans conditions, à aller vers les autres sans retenue.

Nos enfants ne sont pas des « mini-nous ». Ils pensent, ressentent différemment. Mais pour elles/eux comme pour nous : crier et frapper n’est jamais constructif… Essayer de comprendre et s’adapter est plus efficace, et plus agréable pour les deux parties.

Lorsque Petit Écureuil se met en colère, je décris ce que je pense qu’elle ressent, je lui dis que je sais que c’est difficile pour elle de ne pas pouvoir avoir/faire/etc, mais que je ne peux pas faire autrement. Je comprends son émotion, tristesse et colère, et je la prends dans mes bras en attendant que ça passe. Généralement quand l’émotion est nommée et exprimée, elle passe toute seule très rapidement à autre chose.

Cela prend plus de temps sur le moment (et encore, pas tant que ça) que la confrontation brutale, mais nous gagnons un temps infini sur le long terme, sans compter une sérénité et une complicité précieuses. Par exemple elle ne veut pas s’habiller, je lui propose de choisir ses habits ou de s’habiller toute seule, ou je lui invente un défi, ou je propose la robe « avec les poches pour mettre des trésors », ou j’imagine un lutin qui va aider à l’habiller,… quel temps gagné en comparaison avec le temps que j’aurais perdu à l’habiller de force ! Et enfant et parent heureux-ses 🙂

Je pense que la clef (toujours en ce qui me concerne) c’est de savoir accepter de lâcher prise, de céder, parce que ce n’est pas grave ! Elle veut mettre le pull rouge plutôt que le vert ? Faire un jeu de façon complètement iconoclaste ? Veut manger un biscuit entre les repas ? Ne veut pas faire de sieste ?

On est obsédé-e-s par l’idée qu’un enfant ne doit pas gagner, ne doit pas avoir ce qu’il veut, qu’il ne faut pas céder à ses envies (qui ne sont que des caprices, bien entendu), l’enfant-roi, l’enfant-tyran… Mais si moi, je veux mettre le pull rouge plutôt que le vert, faire un jeu de façon complètement iconoclaste, manger un biscuit entre les repas, ne pas faire de sieste ? Est-ce que quelqu’un vient me hurler dessus en me traitant de capricieuse ? Et si je me mets en colère parce que je ne supporte pas une injustice, me traite-t-on de capricieuse ? Non, on m’admire même pour savoir m’indigner et ne pas me laisser faire.

Si ce que Petit Écureuil me demande ne contrevient pas à sa sécurité, son bien-être, (ou à ceux des autres) ne conduit pas à des dégâts matériels (et encore), je ne vois pas pourquoi, juste « pour ne pas céder », je m’obstinerais, créant une confrontation stérile et douloureuse pour nous deux. Parfois je souligne « d’accord, puisque ça te fait tant plaisir ».

J’accepte aussi (voir les livres d’Aletha Solter) qu’elle exprime ses émotions. Elle a le droit d’être en colère. Le droit de pleurer, de crier. Et même, c’est bon pour elle. Elle laisse sortir ce qu’elle a en elle, n’en a pas honte, et ça lui fait du bien, ça lui permet de passer à autre chose très vite et sereinement, le cœur plus léger.

Je me donne aussi le droit de m’exprimer. Je n’use pas de violence envers elle mais je lui dis ce que je ressens : « Je suis très en colère contre toi parce que tu m’as fait mal » par exemple. « Je suis très énervée parce que tu as renversé ton yaourt sur la table et que tu l’as étalé sur les coussins, je vais devoir tout nettoyer, et ça me rend furieuse ».

Je lui propose de réparer quand elle casse quelque chose, salit,…

J’essaie aussi de terminer sur une note positive : bon, je nettoie, mais la prochaine fois tu essaieras de garder le yaourt dans le pot et de ne pas donner à manger aux coussins ?


Pour résumer :

– ne pas hésiter à lâcher prise, si besoin en exprimant son ressenti : « ça m’embête vraiment que tu ne veuilles pas faire autrement mais je veux bien lâcher prise ».

– sortir de la pièce le temps de réfléchir pour ne pas l’avoir sous les yeux et entretenir les sentiments négatifs.

– décrire la situation et les ressentis/émotions.

– accepter que l’enfant exprime son émotion et l’y encourager.

– exprimer sa propre émotion (je ressens, parce que tu as, et ça me…) à son enfant, ça crée un défouloir plus constructif…

Surtout, ne jamais laisser penser à l’enfant que l’on ne l’aime plus… L’amour est inconditionnel (voir Alfie Kohn). C’est la chose qu’il a faite ou dite, l’attitude qu’il a eue, qui nous a mis-e en colère, pas sa personne.


Voilà, c’est mon très modeste petit kit de survie en milieu enfantin. Ce qui est formidable, c’est que ces grandes lignes, cette façon de communiquer, est aussi incroyablement bénéfique et constructive, entre adultes ! La communication non-violente ne concerne pas que les enfants… Et c’est plus efficace, et plus agréable… alors pourquoi s’en priver ?

A lire : Alice Miller, Jesper Juul, Isabelle Filiozat, Lawrence Cohen, Catherine Guéguen, Oliver Maurel, Haïm Ginott (entre autres).

Le Concept du Continuum

Par Marie

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Qu’est-ce donc que ce livre dont j’entends parler en ce moment ?

A force d’entendre parler d’un livre, on finit par avoir très envie de le lire. Surtout quand ce livre est cité comme « à l’origine de truc » ou « ayant inspiré machin » et qu’on se sent en devoir de constituer une belle bibliothèque de livres sur la parentalité (1).

Première surprise : c’est un vieux livre ! La première édition date de 1975 (2006 pour la traduction en français).

L’auteur de ce livre, Jean Liedloff, a quitté New-York à sa majorité pour visiter l’Europe. Elle parle de sa recherche d’harmonie, citant à plusieurs reprises un souvenir d’enfance lié à un lieu bien particulier (la Clairière). Elle se retrouve un peu par hasard (mais avec grand bonheur) en route pour la jungle d’Amérique du Sud et rencontre un peuple d’indien appelé Yékwanas.

Elle séjournera chez eux pendant deux années et demie (en 5 fois).

Les indiens Yékwanas vivent dans une ambiance très détendue : en particulier, elle est marquée par le fait qu’il n’y a chez eux pas de violences, aucun mot signifiant « travail » tel que nous l’entendons et que les enfants sont laissés très libres de leurs faits et gestes.

Dès le premier contact, elle perçoit la nécessité pour elle de désapprendre et de se débarrasser de ses préjugés. Peut-être que ce peuple a l’air si heureux parce que ses enfants sont élevés d’une certaine manière ? Voilà le postulat de cet ouvrage : l’humanité ne serait-elle pas plus heureuse si elle respectait son continuum ? (le sous-titre de l’ouvrage est « à la recherche du bonheur perdu« ).

 

Le concept de continuum

« Pendant deux millions d’années, même s‘il appartient à la même espèce d’animal que l’homme d’aujourd’hui, l’homme fut une réussite. […] Depuis qu’il s’est écarté du style de vie auquel l’évolution l’avait naturellement adapté, il y a quelques millions d’années, il a non seulement bouleversé l’ordre naturel de toute la planète, mais il a aussi réussi à faire tomber dans le discrédit ce bon sens si développé qui avait guidé son comportement jusqu’alors. La plus grande partie de ce bon sens n’a été compromise que récemment, lorsque nos dernières compétences instinctives ont été déracinées et soumises au regard dépourvu de compréhension de la science. »

L’homme serait dans l’attente de certaines choses ou comportements rendus nécessaires par son évolution. En leur absence, le sentiment de perte en résultant est très fort.

« Le continuum humain peut-être défini comme un enchaînement d’expériences qui correspondent aux attentes et tendances de notre espèce, dans un environnement de même logique que celui où sont nées ces attentes et tendances. Cela implique un comportement adéquat vis-à-vis des autres acteurs dans cet environnement, et une attitude appropriée de ceux-ci envers vous. »

En particulier, le bébé traverse une phase « dans les bras » obligatoire (jusqu’à 9 ou 12 mois) où il a fréquemment besoin de se rassurer au contact de sa mère (ou d’autres personnes qui s’en occupent).

De nombreux parents pensent qu’en accordant à un enfant ou à un bébé trop d’attention, il ne pourra pas trouver son indépendance. Ils sont persuadés que le porter sans arrêt diminuera sa confiance en lui. Nous avons déjà vu que la confiance en soi est atteinte après l’accomplissement de la phase dans les bras. 

Peu importe la personne qui s’en occupe, il faut lui demander de le porter.

Ce qui ne va pas dans notre société

Ainsi, l’auteur pense que le fait de ne pas entendre ses enfants, en particulier de ne pas répondre à leur besoin de proximité, est à l’origine de bien des maux dans notre société (elle citera la drogue, l’alcool, la recherche du pouvoir, etc.) :

« Les expériences manquées de la phase dans les bras, les lacunes résultant d’un manque de confiance en soi, ainsi que son indicible état d’aliénation, le conditionneront et l’influenceront au fur et à mesure qu’il grandira au bord du gouffre ou un riche sens de Soi aurait pu éclore. »

Elle parle également de la notion d’attachement et de sa nécessaire mise en place dès la naissance de l’enfant (simplement en… laissant le bébé avec sa mère !) :

« Que se passe-t-il si on empêche l’attachement d’avoir lieu […] Apparemment, le stimulus d’attachement, s’il n’est pas satisfait par la rencontre tant attendue avec le bébé, cède la place à un état de deuil. […] Lorsque le stimulus est laissé sans réponse, les forces du continuum supposent qu’il n’y a pas de bébé et que l’élan d’attachement doit être annulé. »

Au sujet des punitions et récompenses (2)

« Les procédés familiers de louange ou de blâme jettent le désarroi parmi les intentions des enfants, surtout des plus petits. Lorsqu’un bambin fait quelque chose d’utile, s’il s’habille lui-même, nourrit le chien, ramène un bouquet de fleurs des champs ou fabrique un cendrier en terre glaise, rien n’est plus décourageant pour lui qu’une expression de surprise envers son « bon » comportement (c’est-à-dire social). Des exclamations du genre « oh, quelle gentille fille ! » « Regarde ce que Georgy a fait tout seul !« … impliquent que son comportement social n’était ni attendu, ni caractéristique de lui, ni habituel. »

La critique envers la manière « traditionnelle » (en Occident) d’élever ses enfants est féroce (3).

« Nous avons l’impression de posséder nos enfants et donc d’avoir le droit de les traiter comme nous le souhaitons, à exception de les maltraiter ou de les tuer. Voilà un autre obstacle au continuum. Il n’existe pas de loi qui préserve les enfants d’être torturés de désir et d’être abandonnés à leurs pleurs. Leur condition d’homme ne suffit pas à leur attribuer ces droits et ne les empêche pas de souffrir de la cruauté de leurs semblables. Peu importe si leur tourment porte préjudice à leur épanouissement. » (4)

« La tradition a laissé le traitement des enfants à la discrétion maternelle. Mais une mère a-t’elle le droit de négliger son enfant, de le frapper parce qu’il pleure, de le nourrir quand elle en a envie et non pas quand c’est lui qui réclame ? A-t’elle le droit de le laisser souffrir seul dans une chambre pendant des heures, des jours et des mois, alors que sa nature veut qu’il soit auprès d’elle ? »

« […] De plus, je crois sincèrement qu’à partir du moment où une maman sert le continuum de son bébé (et donc aussi le sien), son instinct déstabilisé par sa culture se réaffirmera et retrouvera ses motivations naturelles. Elle ne voudra pas déposer son bébé. Ses pleurs parleront directement à son cœur, non bafoué par une quelconque école de pensée à propos de l’éducation des enfants. »

Ce qu’il faudrait faire

Elle admet la difficulté dans laquelle se trouvent les parents (et ceux qui voudraient élever leurs enfants proche de leur continuum).

« Prenons une situation très simple du monde civilisé : une mère pourrait très bien accomplir les taches ménagères en compagnie de sa petite fille libre de pouvoir balayer à l’aide d’un petit balai, prendre les poussières, aspirer (si elle parvient à manipuler l’aspirateur) ou faire la vaisselle debout sur une chaise. Il est pratiquement impossible qu’elle asse une assiette ou qu’elle tombe de la chaise à moins que sa mère ne lui fasse comprendre clairement qu’elle s’y attend. » (5)

« Evidemment, il est difficile de transposer les leçons des Yékwanas par rapport au continuum pour qu’elles puissent améliorer de nombreux aspects de notre vie civilisée si différente. Je crois que l’étape la plus importante à franchir est de se dire qu’il faut rester le plus proche possible du continuum. Pour découvrir les manières d’y parvenir, il suffit en grande partie d’utiliser son bon sens.

Une fois qu’une maman réalise que porter son bébé pendant les six à huit premiers mois crée la confiance en lu, jette les bases de son intégration dans la société et fera de lui une personne coopérante et heureuse durant les quinze à vingt ans qu’il passera à la maison, elle prendra la « peine » de le porter en faisant son ménage ou ses courses.

Je suis convaincue que la très grande majorité des parents aiment vraiment leur enfant mais qu’ils le privent d’expériences essentielles à son bonheur car ils ignorent ce qui le fait souffrir autant. S’ils comprenaient l’agonie de leur bébé laissé en pleurs dans un berceau, son terrible désir, les conséquences de cette souffrance, les conséquences des lacunes sur le développement de la personnalité et son potentiel à bâtir une vie heureuse, je ne doute pas un seul instant qu’ils feraient tout pour l’empêcher de rester seul, même une minute. »

Sur la présence des enfants dans l’espace public (6)

« Les enfants devraient pouvoir accompagner les adultes presque partout où ils se rendent. Cela est presque toujours impossible dans une culture comme la nôtre ou les écoles et les enseignants pourraient plutôt apprendre à mieux tirer profit de la tendance des enfants à imiter et à exercer leurs aptitudes spontanément et non quand on leur « apprend » »

En conclusion

L’ouvrage s’inscrit parfaitement dans le mouvement hippie (retour à la nature, pacifisme, liberté, etc.) et s’il s’annonce presque comme une théorie, il est loin d’en avoir la rigueur. Cela sonne un peu « c’était mieux avant », à bas la science et toutes les choses du même acabit. De plus, il possède le côté « spam » (7) de quelques livres américains : du genre « si vous lisez ce livre, vous serez béni sur 1000 générations » avec à l’appui le témoignage de personnes dont il a changé la vie. Personnellement, ça a tendance à m’agacer. Cependant, si je recule un peu pour regarder le message global de ce livre, il est vrai qu’il apporte quelque chose de nouveau. Un autre regard, un début d’explication.

Oui, je pense que cet ouvrage est important et il résonnera différemment en chacun de nous.

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(1)    La liste de nos ouvrages (pas tout à fait à jour) : http://grandissons.org/?page_id=212 (celui-ci est donc dedans)

(2)    On en a parlé il y a peu et notamment dans le précédent PEPS http://pepsmagazine.com/store/products/numero-7-avril-mai-juin-2014/

(3)    A la mesure de ce que nos enfants subissent ? Je vous épargne d’ailleurs la description d’un « endormissement en pleurs » vu du côté de l’enfant…

(4)    Dans « le prophète » de Khalil Gibran : http://www.poesie.net/gibran1.htm

(5)    Une mère et sa fille, bien sûr. Cet ouvrage ne dit rien de la différence d’éducation selon le sexe. Ou plutôt, il décrit les différences faites chez les indiens sans rien en conclure.

(6)    Lire à ce propos cet excellent article : http://lesvendredisintellos.com/2014/06/07/territoires-denfant-territoires-dadultes-a-qui-appartient-lespace/

(7)    https://www.youtube.com/watch?v=anwy2MPT5RE of course

Le grand test de l’été : dis-moi quel parent tu es, je te dirai la météo des plages

Par Lise

Chers parents d’enfants de tous âges, voici notre grand questionnaire de l’été. Nous vous serons reconnaissantes de nous laisser ci-dessous certaines de vos réponses, ou commentaires, ou réactions, ou réflexions, ou tout ce que ce questionnaire aura provoqué en vous ! Gardez toutefois à l’esprit que nous n’avons voulu insinuer aucun jugement ou critique à travers ces questions, qui ont pour tout objectif d’inspirer la réflexion, et certainement pas de provoquer des coups (de soleil, bien sûr !) Allez, c’est l’été, allongez-vous confortablement, mettez vos lunettes de soleil spéciales introspection et…

vacances

Selon vous, quel est le besoin primordial pour un enfant :

  1. Des règles et des limites.
  2. De la liberté.
  3. De l’amour.

 

Et pour un parent :

  1. De l’amour.
  2. De la liberté et du calme.
  3. Aucun.

 

Qu’est-ce que vous aimeriez obtenir de vos enfants :

  1. La volonté de toujours comprendre, discuter et échanger avant d’obtempérer.
  2. La compréhension et l’exécution des règles primordiales de sécurité, la capacité à chercher un consensus pour les autres règles.
  3. L’obéissance à ce que vous leur demandez.

 

Pourquoi ?

  1. Les enfants sont comme les adultes, ils savent mieux que quiconque quels sont leurs besoins.
  2. Les enfants sont des personnes à part entière, qui ont besoin d’être soutenus, conseillés, rassurés par les adultes, et guidés pour s’adapter à leur environnement et à la société.
  3. Les enfants ne savent pas ce qui est bon pour eux, ils doivent se plier aux demandes des adultes pour pouvoir se développer correctement, sans alourdir les exigences de la vie quotidienne des parents.

 

Quelle est la place que vous voudriez laisser à l’échange, à la discussion, à la communication avec votre enfant ?

  1. Assez peu, d’une part parce que les jeunes enfants ne comprennent pas grand-chose, d’autre part parce que si on doit tout discuter, on n’est pas sorti de l’auberge.
  2. Je lui parle comme à un autre adulte, puisque j’estime qu’il peut tout comprendre.
  3. Une place primordiale dès ses premiers jours, car l’enfant comprend très tôt bien davantage que ce qui semble, et que l’échange, y compris concernant les règles, les désaccords ou les obligation des uns et des autres, est la base d’une relation solide et réciproquement respectueuse, quel que soit l’âge de l’enfant ou de l’adolescent.

 

A long terme, quelle est la chose la plus importante que vous voulez donner à votre enfant :

  1. La possibilité de réaliser tout ce qu’il voudra quand il voudra sans souffrir de barrières et sans se préoccuper des qu’en dira-t-on.
  2. La capacité de se fondre dans la société, de savoir obéir sans souffrir.
  3. De bonnes capacités d’adaptation, tout en épanouissant sa personnalité et la possibilité de s’exprimer et de s’opposer, ainsi que de garder du recul par rapport à son quotidien. Autour de cela, l’empathie et le respect d’autrui.

 

Pourquoi ?

  1. Le monde est dur, et il est important de le savoir et de s’y habituer très tôt.
  2. Réussir à trouver sa place et son bonheur dans la vie telle qu’elle est nécessite de s’y intégrer tout en sachant rechercher à titre individuel ce qui est important pour soi.
  3. La société est pourrie, mieux vaut s’en détacher pour se créer une vie meilleure.

 

De quelle manière aimeriez-vous arriver à ces objectifs ?

  1. En exerçant l’autorité qui me revient de droit en tant que parent, y compris cris, punitions, corrections…
  2. En offrant mon regard bienveillant.
  3. Par le dialogue et l’explication.

 

Quelle est votre plus grande crainte ?

  1. Que ma relation avec mon enfant se dégrade.
  2. Que mon enfant échoue dans la vie, voire entre dans la délinquance.
  3. Que mon enfant ne se sente pas épanoui et manque de confiance en lui et en la vie.

 

Quel est votre sentiment par rapport à la manière dont vous exercez votre parentalité ?

  1. J’ai l’impression de sans cesse tout redécouvrir, et pour cela j’éprouve le sentiment de lire et d’échanger avec d’autres parents pour me conforter dans mes choix et me questionner sans cesse.
  2. J’ai peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas offrir à mon enfant tout ce qu’il mérite, qu’il ne trouve pas en moi ce dont il a besoin.
  3. Ma manière d’agir est proche de celle que mes parents ont employée avec moi. Ça ne m’a pas tué, j’estime même avoir plutôt réussi, donc je ne me suis jamais vraiment posé la question.

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Si vous avez une majorité de chiffres entre 1 et 3 (2 inclus) :

Parmi ces questions, laquelle ne vous étiez-vous jamais posée ? Laquelle au contraire vous paraît primordiale ? Etes-vous certain que la réponse à cette dernière justifie toutes vos autres réponses ? Seriez-vous prêt à tenter « juste pour voir » de changer le regard que vous portez sur votre enfant ? Parvenez-vous dans votre vie de tous les jours à agir en fonction des réponses que vous venez de donner ? Cela vous satisfait-il pleinement ? Avez-vous déjà songé à essayer de « faire autrement » ? Le souhaitez-vous ?

Jeu n°1 : pendant quelques heures (ou plus !), faites semblant d’avoir répondu autre chose aux questions (choisissez soit au hasard, soit selon votre curiosité !) et voyez ce que cela peut évoquer dans votre façon de voir les choses.

Jeu n°2 : recherchez un souvenir de votre enfance ou vous avez été en conflit avec vos parents. Essayez de vous souvenir de ce que vous avez ressenti, de ce que vous vous êtes dit à ce moment-là. Vous pouvez éventuellement essayer de vous mettre une fois à la place de votre enfant en vous.

Annonce : Cherchons parents volontaires pour mutualiser la garde de nos enfants

[Cette annonce ne vient pas directement de l’association Grandissons mais de deux de ses adhérentes et nous soutenons leur initiative !]

Nous sommes deux familles, chacune avec une petite fille de deux ans et demi, que nous avons décidé de ne pas scolariser, pour l’instant du moins et de les garder nous-mêmes.

Nous sommes à la recherche de parents qui se trouveraient dans une situation similaire, et avec qui nous pourrions nous entendre pour mutualiser la garde de nos enfants, de façon à ce qu’ils conservent un lien social, et que chaque parent puisse « souffler un peu » !
Si vous aussi vous gardez votre enfant l’année scolaire prochaine et que vous seriez intéressé-e pour vous regrouper, contactez-nous !
1ère rencontre pour faire connaissance : dimanche 3 août à partir de 17h à la Colline du château à Nice. Appelez-nous une fois sur place pour se retrouver !
Notre démarche éducative : la parentalité positive ! Sans punitions, sans tapes, sans mise au coin, mais avec beaucoup d’échanges et de discussion avec les enfants pour une ambiance conviviale.
Organisation : par équipes de 2 parents minimum, avec un roulement pour « libérer » chaque jour 1 ou 2 parents qui le souhaitent suivant le nombre de participants.
Participation : bénévolat
A bientôt !

Ariane et Sara

 

 

Ariane Küttel et Stéphane Leinen ariane.kuttel@gmail.com
Sara Viloteau et Laurent Giorgi sara.viloteau@gmail.com
 

Les pleurs des enfants

Par Ariane

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Un bébé, un enfant pleure. Quelle sont les réactions les plus courantes chez les adultes ? L’agacement, ou l’indifférence. Pourtant, la plupart de ces mêmes adultes auraient le coeur brisé ou tout du moins seraient mal à l’aise s’il s’agissait d’un autre adulte.

Je n’ai jamais laissé pleurer ma fille toute seule. Tout d’abord parce que je pense que c’est mauvais pour elle, mais également parce que je n’en serais tout simplement pas capable. Traitez-moi de folle sentimentale, je ne peux pas entendre la détresse d’un autre être vivant et rester stoïque.

En fait, je ne devrais pas dire que la plupart des gens feraient preuve d’empathie envers un autre adulte en larmes. Nous vivons dans un monde où nous sommes quotidiennement confrontés à la détresse des autres. Ceux que nous voyons : les sans-abris par exemple. Et les milliards de personnes dans le monde dont nous savons qu’elles existent, et pour lesquelles nous sommes malgré tout très peu à nous révolter. Cette indifférence-là tue. Et je me demande si cette indifférence, ce manque d’empathie, n’est pas justement lié à ces heures que nous avons passées à pleurer seuls, dans notre lit, à chercher l’attention et l’affection des adultes alentour qui ne nous en donnaient pas, parce qu’un enfant n’a pas à demander, à « imposer » ses besoins à l’adulte. Toujours cette façon étrange de traiter un enfant comme une gêne, comme un tyran, comme un « hyperactif », comme un boulet…

Je pense, et les études récentes vont dans ce sens, qu’un enfant qui a reçu de l’attention, de l’affection, qui n’a pas souffert seul, et donc qui n’a pas appris à se blinder, à trouver lui aussi « normal » de crier à l’aide sans qu’on vienne à son secours, cet enfant-là sera sensible à la détresse des autres, sera choqué, révolté par l’absurdité des mauvais traitements, et réagira davantage pour y remédier.

Notre monde est un monde dur. Et si l’on parle d’humanité, on se fait taxer de sentimentalisme. Un parent qui prend son enfant dans les bras quand il pleure « se fait avoir » par lui, ne « sait pas s’imposer ». Dans quel monde vit-on lorsqu’on s’interdit de venir en aide à ceux qui nous appellent ??

Il a fallu presque deux ans et demi à ma fille pour « faire ses nuits », c’est à dire pour pouvoir se rendormir seule sans avoir besoin de nous appeler pour qu’on vienne la rassurer. Deux ans et demi au bout desquels elle a compris qu’on sera toujours là pour elle, deux ans et demi pour qu’elle puisse « se débrouiller seule », pour qu’elle ait confiance, soit sereine. Ca ne me paraît pas cher payé dans toute une vie pour faire un être humain plus heureux. Deux ans et demi, c’est long ? Mais ça me paraît aussi normal quand on se met à la place de l’enfant. Il n’a pas le cadre de référence que nous avons. Il ne sait pas que demain viendra. Il ne sait, bébé, pas parler pour exprimer ce dont il a besoin. Tout ce qu’il a, c’est sa voix pour crier. J’ai faim, j’ai soif, j’ai peur, j’ai mal. Ou j’ai besoin d’affection. Personnellement, à mon âge, si je fais un cauchemar la nuit, je me serre contre mon compagnon. Parfois même j’ai besoin de me relever, de marcher, de parler, de lire un peu. Un enfant ne peut faire ça. Un enfant n’est pas une machine qui doit « s’habituer ». Un enfant a des besoins qui doivent, selon moi, être satisfaits pour qu’il évolue en un être serein, qui n’aura pas une vision cynique de l’humanité, qui sera choqué par l’injustice parce qu’elle ne sera pas un sentiment qui lui aura été imposé dès la naissance et auquel il se sera habitué.

Un enfant qu’on laisse pleurer seul ne fait pas ses nuits parce qu’il a appris à se rendormir tout seul. Il arrêtera d’appeler parce qu’il aura compris que personne ne viendra, parce qu’il aura perdu la confiance, parce qu’il se sera blindé, parce qu’il pleurera tout seul. Des études ont prouvé que les hormones de stress que l’enfant produit lorsqu’il pleure la nuit continuent d’être sécrétées s’il ne pleure pas : il a les mêmes sentiments d’angoisse, mais les garde pour lui.

Je ne suis plus étonnée de voir le monde dur dans lequel nous vivons, d’observer des gens enjamber des sans-abris dans la rue, être indifférents, égoïstes, agressifs, violents, durs. « Débrouille-toi seul dans la vie, ne compte sur personne, sois fort, sois dur ». Et ça commence dès la naissance : pleure, personne ne viendra, ta détresse ne compte pas.

PEPS Café

Qu’est-ce qu’un PEPS café ?

Je cite Catherine Dumonteil-Kremer qui nous explique sur son blog : « C’est une rencontre dont le but est de provoquer le plaisir de discuter avec d’autres lecteurs, des parents, des grands parents, des jeunes, des professionnels, des amis de PEPS. Vous parlerez peut-être du dernier numéro ou des articles que vous avez aimés, et de ceux qui vous ont indignés, vous prendrez contact et ce sera aussi un moyen de rompre un isolement fréquent quand on devient parent. Voir d’autres lecteurs en chair et en os c’est quand même chouette ! » Les rendez-vous sont ouverts à tous, même aux non-lecteurs du magazine.

http://grandissons.org/?page_id=625

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