Première Nuit

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Par Lise

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Première nuit sans toi. Brusquement, ce soir, tu es partie dormir « dans ton lit de grande fille ». Nous voilà allongés dans une solitude oubliée. Dans le silence se détache en négatif la courbe sonore de ta respiration. Son absence m’assourdit. Pas de petits mouvements endormis, ni de ces petites phrases que tu lâches entre deux sommeils. Ce soir, je n’arrive pas à m’endormir. Ton papa se tourne et se retourne. Tu manques à notre « bateau-lit » dans lequel nous avions pris tous les trois l’habitude de nous blottir nuit après nuit. Comme ces deux années et demi ont passé vite… Les premières nuits ont été éternelles, détournant notre attention de la brièveté réelle que cela aurait, au bout du compte. Oui, j’ai rêvé et attendu le moment où, enfin, je pourrais dormir sans être réveillée une seule fois par tes appels. Mais j’ai pris soin de ne pas oublier combien le temps passait vite et combien les instants blottis dans l’obscurité contre ton petit corps tiède ancré contre le mien étaient précieux. Bien m’en a pris, car désormais tout cela est fini. Tu as trouvé dans ces instants magiques la force de t’envoler et de te passer d’eux. Tu dors paisiblement de l’autre côté de la cloison. Tu n’es pas inquiète, ni déchirée, tu sens autour de toi le lien indéfectible que nous avons construit en navigant vague de tétées après vagues de tétées sur notre merveilleux navire à trois matelots. Demain, aux premières lueurs, tu nous y rejoindras, reposée et gaie, et nous t’embrasserons, fiers de toi. Ce soir, il n’y a que nos deux souffles, que nous étouffons un peu pour être sûrs de t’entendre si tu appelais. « Et tu imagines, quand ce sera sa chambre de grande adolescente qui sera vide ? » Nous nous regardons. Tu n’es pas si loin encore, ce soir, et nous voilà, ton père et moi, sur le pas de ta porte, à te contempler dormir tant qu’il est encore temps.


Edit : ce texte fut écrit le temps d’une étrange parenthèse, qui dura… une nuit ! Un an plus tard, mademoiselle est toujours dans notre chambre, pas décidée à la quitter. Et alors ? En le relisant, je perçois à nouveau combien ceci a peu d’importance. Un jour, elle partira, et tout ce qui compte, c’est qu’elle le fasse avec sérénité !

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