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La parentalité positive appliquée, « comment faire dans la vraie vie avec de vrais enfants »

Conférence de Vicky Brougiannaki, coach parentale à Cagnes-sur-Mer

Par Lise

Après avoir présenté l’association Grandissons, Marie Zamit décrit à l’assemblée la Journée de la Non-Violence Educative, initiée en 2004 par Catherine Dumonteil-Kremer. C’est l’occasion de s’interroger sur nos propres pratiques éducatives en tant que parents ou professionnel de la petite enfance et de partager des pistes de réflexion sur l’éducation bienveillante.

Marie présente une description des VEO (Violences Éducatives Ordinaires) et de leurs conséquences, achevant son discours en notant qu’il est incroyable que des études soient nécessaires pour dire que le fait de frapper un enfant, être sans défense, est néfaste.
Les VEO se définissent comme toutes les négligences et privations, les violences physiques (fessée, gifle, oreille tirée, tape sur la main, pincement, cheveux tirés), verbales (cri, hurlement, insultes…) ou psychologiques (chantage, menace, moquerie, dénigrement, humiliation, culpabilisation, retrait d’amour, menace d’abandon, isolement…) qui sont utilisées et parfois même recommandées contre les enfants pour corriger un comportement que l’adulte juge inadapté ou inapproprié.

Outre les effets à court terme, les effets à long terme sont désormais étudiés et nommés : frein du développement cognitif, accroissement de l’agressivité, effets nocifs sur l’état de santé (mémoire, système immunitaire, hypertension, problème de peau…), accroissement des risques de suicide à l’âge adulte, cancer, troubles cardiaques, asthme, dépression…

Les enfants sont en France la seule catégorie d’êtres humains que l’on peut frapper impunément. En effet, 85% des parents français la pratiquent, 71,5% donnent une «petite gifle». La moitié frappent avant 2 ans, les trois quart avant 5 ans.

Pourtant, souligne Marie, les VEO sont terreau de la maltraitance : 75 % des maltraitances ont lieu dans un contexte de punitions éducatives corporelles.

Au niveau de la législation, la France est très en retard : dans le monde, 54 pays ont interdit toute forme de punition corporelle. Cependant on avance car l’Assemblé Nationale et le Sénat ont adopté chacun une proposition de loi de Lutte contre toutes les violences éducatives ordinaires ces derniers mois. Et Marie achève en insistant sur l’importance de l’enjeu, en constatant qu’en Suède, où les violences éducatives ordinaires sont interdites depuis 40 ans, 76 % des enfants n’ont jamais reçu de châtiment corporel contre seulement 8 % en France.

Elle conclut en déclarant : élever ses enfants autrement revient à créer les fondements d’une autre société.

Vicky Brougiannaki est mère de deux enfants, et a commencé dès lors à s’interroger sur les particularités de la relation adulte enfant, n’ayant pas envie d’assumer un rôle parental basé sur l’autorité et la peur. Sentant poindre chez elle des réflexes de violence éducative, elle se donne comme mission de les remplacer par une réflexion sur l’éducation. Ces questionnements la passionnent tellement qu’elle décide de se former au coaching parental auprès d’Isabelle Filliozat, pour pouvoir transmettre une autre vision de l’éducation. Aujourd’hui elle continue à réfléchir et à apprendre sur la parentalité, mais aussi à militer auprès d’associations pour que tous les enfants aient droit à une éducation sans violence. Elle reçoit à Cagnes-sur-Mer et propose des ateliers de parentalité.

LA PARENTALITE POSITIVE APPLIQUEE

Vicky commence par revenir sur les terme du titre de sa conférence : la parentalité positive appliquée :

Positive : elle souligne que cet adjectif ne lui convient pas totalement, et moins encore ceux de bienveillante, respectueuse : le malaise provient du fait qu’ils peuvent sous-entendre qu’il existe une parentalité contraire (malveillante, négative…) Mais ce débat sur le terme permettra, espérons-le, d’en trouver un qui convient, avant que, dans l’idéal, cette parentalité devienne normale au point de ne plus avoir besoin d’être qualifiée.

Appliquée : l’importance de se montrer concret naît du fréquent reproche fait à ce type de parentalité d’être parfait en théorie, mais impossible à appliquer au quotidien.

A tout moment de sa conférence, Vicky nous invite à aller vérifier ce qu’elle dit et nous informer pour nous faire un avis basé sur des connaissances et des recherches.  

La conférence débute par une partie théorique : Vicky insiste sur l’importance de comprendre les notions, de les connaître, de les assimiler, pour ne pas être en permanence en train de réfléchir.

On peut en effet être accaparé de questions au moment d’interagir avec l’enfant, ce qui enlève du naturel à la situation, d’où l’importance de bien intérioriser le concept en amont.

Il est fréquent de reproduire en première intention l’éducation que nous avons reçue. En changeant notre manière d’entourer nos enfants, nous pouvons espérer que d’ici deux générations, plus personne ne dira qu’il a reçu des coups pour son bien ! Au début de notre parentage, nous sommes les parents que nous avons eus : pensons à nos petits-enfants pour changer.


Qu’est-ce que la violence ?

Vicky nous pose de nombreuses questions sur la violence : comment la définir ? Est-elle absolue ? Relative ? Contextuelle ? Toute violence est-elle condamnable ? Tout acte apparemment violent l’est-il ? La violence est-elle toujours visible ? A chacun de chercher ses propres réponses à cette difficile question…

Elle nous explique que la violence naît immanquablement dans les rapports de force. Dès qu’il y a un rapport dominant-dominé : le risque de violence est grand, à toute échelle, que ce soit dans la lutte des classes, les dictatures, le contexte social…

Ainsi, il est primordial de se poser cette question : suis-je avec mes enfants ou mes élèves dans une relation dominant-dominé ? Si oui, il est certain que j’exercerai de la violence.

Ce qui amène cette violence, ce sont les freins que nous avons pour mettre en place cette autre parentalité, dite «positive».


Les causes des VEO

* VEO : violences éducatives ordinaires

Le poids de la culture : dans notre pays, il est admis que l’on peut faire certaines choses aux enfants de manière normale (humilier y compris en public, sans choquer personne…) On dit «Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse»… sauf aux enfants !

Où est la limite entre violence et VEO ? Elle est culturelle : en France fessée = VEO, Suède = maltraitance. En France maintenant martinet = maltraitance, il y a 40 ans = normal…

Ainsi, notre conférencière nous décrit l’expérience d’un père français, qui vivait en Suède, où il n’avait jamais donné de fessée. Après 2 mois en France, il en a donné une. Car ce qu’on voit dans la culture environnante peut nous embarquer à nous conduire autrement…

Il est difficile de ne pas se laisser influencer par les attentes : on est porté à réagir selon ce que l’assistance attend de nous.

– Les croyances :

  1. Il faut corriger l’enfant, le remettre dans le droit chemin, car c’est initialement un être mauvais. Cette croyance établit un rapport purement éducatif. A partir de là, on croit que les enfants ont besoin de (cadre) et de limites, et que cet enfermement les sécurise.
  2. Les enfants nous doivent du respect. Et en même temps, on ne respecte pas les enfants. Et quand on ne se sent pas respecté, on rejoint notre statut autoritaire pour exiger le respect.
  3. Les enfants doivent nous obéir. Pourtant, les enfants ne sont intrinsèquement pas obéissants. Cette attente est incohérente : les parents aimeraient que leur enfant soit libre, autonome, ait de la volonté. Mais en attendant qu’il soit grand, on le souhaite obéissant et docile…

Toutes ces croyances sont un mode de notre cerveau pour agir vite et ne pas devoir décortiquer chaque action.

Ex : le bain. Si l’on remet en cause nos vieilles croyances, on peut se rendre compte qu’un bain quotidien est parfaitement inutile… Et qu’il n’est donc pas nécessaire d’engager une lutte pour cela.

Nos réflexes éducatifs (tels un «pilote automatique», ils permettent d’aller vite, induisent des réflexes irrépressibles). Il reste pourtant possible de les reprogrammer.

Nos propres émotions : souvent exacerbées et disproportionnées, car on expérimente avec nos enfants l’impuissance, cette sensation insoutenable qui induit du stress, bloque toute porte de sortie. Impuissance + colère : rage, impuissance + tristesse= désarroi, impuissance + peur = terreur…

Pourtant, nos émotions nous sont utiles et sont à notre propre service. Par exemple, si l’un de nos enfant tape sur l’autre : on crie; cela est utile à notre amygdale, puisque le fait de proposer une action (cri) fait baisser notre stress. Par contre, ça n’a pas été utile à l’enfant qui a tapé ni à celui qui s’est fait taper.


Sortir de ces habitudes

Quelques clés pour dépasser ces difficultés nous sont ensuite énumérées :

– En ce qui concerne la culture, on ne peut pas en sortir individuellement, ni la modifier : on peut cependant choisir d’agir différemment.

– Pour ce qui concerne les croyances : il est essentiel de se renseigner (les connaissances de neurosciences permettent en particulier de traduire mieux le comportement des enfants)

– Reprogrammer les réflexes peut probablement se faire via des thérapies (PNL, hypnose ?…), mais une autre solution est, quand on a une réaction inadaptée, de se demander ce qui aurait été pertinent. Qu’est-ce qui aurait permis à mon enfant de grandir ? Cet exercice constant permettra, la prochaine fois, de sortir la réaction pertinente plus facilement, puisqu’on se l’est déjà figurée. Cela devrait rentrer, s’automatiser d’une fois sur l’autre. Il s’agit de commencer à se comporter en conscience (au début, on a l’impression de faire semblant) pour évoluer vers un savoir-faire qui nous pénètre et devient un savoir-être (comme l’apprentissage d’une langue étrangère).

– La compréhension, la gestion de nos émotions est un sujet qui mérite un approfondissement (des stages sont proposés…), car nous n’avons souvent pas été éduqués à cela. On y est même souvent hostiles («si tu es en colère, tu vas dans ta chambre», «t’es pas beau quand tu boudes», ou, à un enterrement, en France, considérer qu’«elle a été très digne, elle n’a pas pleuré» (alors que pleurer est une manifestation de tristesse, n’ayant rien à voir avec la dignité !)). Ces émotions, que l’on devrait pouvoir se communiquer entre humains, nous permettent d’évoluer dans notre relation au monde. Ainsi, nombreux sont les parents qui ont envie d’alphabétiser émotionnellement leur enfant, mais ne savent pas eux-mêmes comment faire.


Que propose la parentalité positive?

Vicky Brouginnaky nous propose à ce stade un bref comparatif des manières dont on peut analyser et considérer les manifestations de notre enfant, selon le genre de parentalité dans lequel on choisit de se positionner.

Parentalité classiqueParentalité positive
L’enfant est un être de pulsionsL’enfant est un être de besoins
L’enfant grandit grâce aux castrations successives (frustrations)L’enfant grandit selon la satisfaction de ses besoins.
Caprices…Besoin non identifié, émotion, stress
Punir, poser des limitesIdentifier et nourrir les besoins
Corriger le comportementTraiter le problème

Ainsi le terme de «caprice» est utilisé de manière péjorative, sous-entendant que l’enfant cherche à faire quelque chose de pas net : il désigne un comportement excessif de l’enfant dont l’adulte n’arrive pas à comprendre la logique. Alors que, d’un autre point de vue, on peut simplement considérer ce genre de manifestation comme le besoin non identifié d’un enfant empli d’une émotion, d’un stress…

Punir, c’est modifier le comportement de l’enfant en imposant des limites par une frustration volontaire. On croit qu’en l’amenant à «réfléchir», il va changer son comportement. Alors que c’est comme la fièvre : on ne devrait pas se préoccuper de la fièvre en soi, mais de ce qui la cause, au lieu d’éloigner, chercher le besoin et le nourrir, pour permettre à l’enfant d’avancer…


Les deux piliers de la parentalité positive

– La conviction que les enfants sont des personnes à part entière qui ne nous appartiennent pas et sur lesquels nous n’avons pas de droits.

– L’idée que lorsqu’il y a un problème, on cherche quel est-il en profondeur, et pas uniquement dans sa manifestation.

Souvent, on note une confusion entre parentalité positive et laxisme, on pose la question des limites…

Vicky nous propose en premier lieu de redéfinir le rôle parental : quels sont nos droits en tant que personne et nos devoirs en tant que parent ?

– Lorsque je fais valoir mes droits face à mon enfant, je le fais en tant que personne, dans une relation horizontale.

– Lorsque je fais mon devoir , je le fais en tant que parent, dans une relation verticale (car mon enfant est dépendant de moi).

Pour une relation équilibrée, c’est toute la structure relationnelle que nous avons avec l’enfant qui doit être changée, et pas seulement les mots utilisés. Il faut sortir du rapport de force, renoncer à l’autorité, qui est un privilège, lequel conduit à la violence.

Quand on agit avec autorité, la relation devient verticale. Alors que l’on peut constater qu’au quotidien, lors de notre relation horizontale avec d’autres adultes, ça roule, sans que personne prenne le dessus.

Induire la peur se révèle très néfaste, posant des barrières au niveau du développement de l’enfant, induisant du stress…

Il est possible de répondre à la dépendance de quelqu’un tout en le respectant (par exemple, on ne punit pas sa vieille mère dépendante si elle renverse son verre…)

Certains pourraient répondre qu’on doit pourtant éduquer les enfants, et non sa vieille mère…

Éduquer quelqu’un, nous dit Vicky, c’est avoir un projet pour cette personne : est-ce éthique ? nous demande-t-elle.

Après avoir offert un temps de réflexion à l’assistance et l’avoir encouragée une fois de plus à se forger sa propre opinion, oui, nous répond-elle, de sa propre opinion, cela l’est : il appartient à notre rôle de parent d’offrir à notre enfant la transmission des codes nécessaires à la compréhension de son environnement, des outils pour cette adaptation, ainsi que nos valeurs (celles-ci étant de fait transmises naturellement).

Imaginons, poursuit-elle, qu’on accueille un étranger (venue d’Amazonie ou d’il y a 200 ans) : on fera de la transmission, on lui expliquera, on n’aura pas idée de le punir parce qu’il n’aura pas dit merci, ne se sera pas conformé à une règle sociale qui lui est inconnue ou incompréhensible.

Ainsi, on doit à notre enfant protection et transmission (vieille mère + étranger) : je te respecte comme un adulte, je te protège, et je te transmets les codes nécessaires à ton adaptation sociale.


Les contraintes

Le cerveau de l’enfant est immature. Au quotidien, on doit tout le temps imposer des contraintes, interdire, demander…. Comment savoir lesquelles des contraintes que nous imposons sont légitimes ?

Il s’agit d’observer attentivement si cette contrainte entre dans le champ de notre responsabilité parentale.

Droits : je les exerce en ma faveur.

Devoirs parentaux : en faveur de mes enfants.

Les contraintes ne sont pas agréables et souhaitables, mais font partie de la vie, et sont parfois nécessaires, donc légitimes, dans trois cas :

La santé (physique et mentale)

La sécurité : usage protecteur de la force* (incomparable à un usage répressif), par exemple pour attacher la ceinture en voiture, enlever un couteau à un bébé…

*terme utilisé par Marshal Rosenberg, fondateur de la CNV

La préservation des libertés des autres : les enfants ne peuvent pas endosser eux-mêmes cette responsabilité. Par exemple, si notre enfant crie au théâtre : c’est notre responsabilité d’adulte de le faire sortir (en lui expliquant qu’on se rend compte que cet événement n’est pas adapté pour lui, et non en présentant cela comme une punition).

Vicky met le doigt sur le pouvoir énorme que nous avons sur notre enfant : le défi est de savoir si nous, adultes, sommes prêts à y renoncer autant que possible.

Ex : une maman qui demande à son petit enfant de lui donner la main sur le trottoir, l’enfant n’obtempère pas. En observant mieux, on pourra constater qu’il n’y a pas de danger immédiat. C’est son propre stress, qui conduit la maman à faire cette demande, qui n’est donc pas tout à fait légitime et claire. Au passage piéton, la petite fille est venue donner la main sans résistance, par contre…

Quand on n’arrive pas à obtenir la coopération de l’enfant, on devrait se demander si on est légitime dans notre demande. Si non, tant mieux que l’enfant résiste. Mais si c’est légitime, dans le cadre des trois points énumérés ci-dessus, il faut passer à l’acte.

Dans ce cas, on peut rarement espérer que les explications vont suffire. Parfois, elles ne sont ni nécessaires, ni suffisantes, et peuvent même être anxiogènes.

Si l’enfant ne coopère pas malgré tout, on pourra être tenté de se dire que la parentalité positive ne fonctionne pas, et redevenir violent. Pourtant, s’il est nécessaire de passer à l’acte, il faut en assumer la responsabilité : c’est une contrainte que l’on impose, que l’enfant vivra mal, criera, et il faudra s’y attendre et l’accepter. Cela ne veut pas dire qu’on n’aurait pas dû contraindre. Mais à ce stade, on va s’occuper de l’émotion de l’enfant. Cela ne veut pas non plus dire qu’on est de mauvais parents.

La crise n’est pas un problème, c’est la manière dont on va la traiter qui peut le devenir.

Certains pourraient craindre qu’en réduisant les contraintes au minimum en se limitant à ces situations où la contrainte est considérée comme légitime, l’enfant ne perde l’habitude de coopérer… En réalité, c’est plutôt l’inverse qui se produit : moins on contraint un enfant, moins il entre en opposition.


Et moi alors ?

Ai-je le droit de faire passer mes besoins avant ceux de mes enfants ? De laisser mon bébé pour partir en vacances ? De demander à mon enfant de se taire parce que je suis fatiguée ?

Eh bien… oui, répond Vicky.

Mais comment régler les conflits de besoin que nous rencontrons immanquablement ?

Car, de fait, l’état de dépendance de nos enfants induit une réduction de notre liberté, de notre autonomie…

Tout d’abord, malgré ce que l’on peut parfois entendre, il est apaisant de reconnaître qu’il est notre devoir et notre nature de mammifère de répondre aux besoins du nouveau-né sans que cela créé un conflit de besoin. Mais à notre époque, les contraintes du travail ajoutées à cette répétée injonction «prends soin de toi» rendent les choses plus difficiles.

Notre conférencière nous propose quelques pistes :

Ne pas se sacrifier : le ressenti de sacrifice est la manifestation d’un choix qui n’est pas assumé. Si on commence à l’éprouver, c’est qu’une partie de soi se sent lésée, et elle le fera payer un jour à quelqu’un. Il est préférable d’écouter plutôt nos émotions et de modifier notre choix, qui n’est pas, ou plus, le bon.

Élargir les possibles/poser les besoins : comment faire dormir bébé de 6 mois pour pouvoir se reposer ? -> pas de réponse.

Poser la question autrement : quel est mon besoin ? Le repos -> donne d’autres réponses (ex : faire des micro-siestes).

Se demander à qui appartient le problème et quel est ce problème : est-ce celui de l’enfant, le mien, notre problème à tous les deux ?

Si le problème appartient à l’adulte, on ne peut pas demander à l’enfant de s’en occuper.

S’il appartient à l’enfant (par exemple il a oublié de faire ses devoirs et il est tard), je n’ai ni à m’énerver, ni à trouver une solution. Je peux simplement compatir, l’aider à trouver une solution, devenir complice…

Quand le problème appartient aux deux (bébé de 8 mois marche à quatre pattes, maman ferme la porte pour cuisiner. Bébé se met debout contre la vitre pour entrer en manifestant son envie d’entrer. Dans la tête de la maman, une voix détestable murmure «si tu cèdes maintenant, tu ne pourras plus faire marche arrière»… C’est le problème de la mère qui a besoin de faire le repas en étant tranquille + le problème du bébé qui voulait être avec sa mère. La solution peut être de placer bébé dans la chaise haute près de sa mère. C’est ce que Thomas Gordon nomme solution gagnant-gagnant.

Parfois aussi, on met ses propres besoins de côté en faveur de l’enfant, car c’est aussi notre besoin que de satisfaire les besoins de l’enfant.

Mais parfois, l’enfant empiète sur les limites.

Il est entravé par tellement de limites naturelles (de son corps + de son cerveau + environnement immédiat + étendu + loi…), qu’il est vraiment inutile de poser des limites artificielles.

L’enfant décrit comme n’ayant «pas de limites» est celui qui vit avec des personnes dont les limites sont perméables à celles de leur enfant.

Les limites, sont définies par notre environnement : par exemple, la limite du bruit tolérable est différente selon là où on vit (appartement,maison…)

Il nous appartient de prendre soin de nos limites, et si on a à faire avec quelque chose qu’on ne supporte pas, on peut le faire respecter, tout en se demandant si l’enfant est en mesure de faire ce qu’on lui demande.

Ex : enfant qui nous interrompt quand on parle : on ne peut pas avoir la même attente selon son age.

Nous, adultes, devons prendre la responsabilité de nos propres limites.


En conclusion

Entrer dans l’éducation positive induit de changer la structure relationnelle, et pas uniquement notre manière de poser nos demande. Il s’agit de poser la légitimité de nos demandes et d’en prendre la responsabilité, et également de renoncer à l’autorité, qui abîme le lien (tout en étant patient et indulgent avec soi-même car ce changement prend du temps).

Il importe de prendre le temps de vivre des relations horizontales avec nos enfants, dans un contexte donnant-donnant, de pas vouloir investir le peu de temps qu’on a avec nos enfants de manière intense : on peut juste être avec eux, comme une personne à côté d’une autre personne…

Le site de Vicky Brougiannaki :
https://www.coach-parentale.com/

La parentalité positive appliquée : comment faire dans la vraie vie avec des vrais enfants ?

A l’occasion de la Journée de la Non-Violence Educative, le 30 avril 2019 à 20h, à Cagnes-sur-Mer, l’association de soutien à la parentalité Grandissons propose une conférence présentée par une coach parentale, apportant des clés concrètes pour tous les parents : comment faire dans la vraie vie avec de vrais enfants ?

Cette conférence offre aux parents des réponses claires à cette question primordiale qui se pose si souvent : comment appliquer la parentalité positive sans faillir à sa responsabilité parentale, et sera suivie d’un moment d’échanges entre les participants.


Vicky Brougiannaki, Coach Parentale (https://www.facebook.com/CoachParentale06/) formée par Isabelle Filliozat, propose des points de repère précis pour mieux cerner ce qui relève de la responsabilité parentale. Elle met ses compétence en oeuvre pour aider les parents à redéfinir cette notion de bienveillance afin de mieux comprendre comment élever ses enfants sans rapports de force, tout en assumant notre rôle de parent.


Public : Pour tous les parents ou les personnes en relation avec des enfants

Lieu : Cagnes-sur-Mer, Espace centre, 5 avenue de Verdun

Date : Le mardi 30 avril (journée de la non-violence éducative), de 20h à 21h30 (conférence + échanges)

Tarif : 8€ (5€ pour les adhérent.e.s). Réservation possible sur HelloAsso (lien dans l’événement fb ou sur notre site internet)

Partenaire : Ville de Cagnes-sur-Mer

Liens vers l’événement : https://grandissons.org/?tribe_events=conference-la-parentalite-positive-appliquee https://www.facebook.com/events/802089720158962/Contact : grandissons@yahoo.com, Frédérique 06 64 21 08 58

La fessée : un étrange débat

(par Lise)

En ce 22 décembre 2016, la loi interdisant « tout traitement cruel, dégradant ou humiliant, y compris tout recours aux violences corporelles » était votée (avant d’être, malheureusement, annulée). Aussitôt, les réactions fusaient. Et à chaque fois qu’il en est à nouveau question, cela recommence.

En cette fin d’année, j’ai eu la mauvaise idée de dépenser mon temps sur des forums évoquant cette loi. Beaucoup des réactions s’opposent à celle-ci et s’en indignent. Les mêmes arguments reviennent sans cesse, ceux qui tentent de donner un autre point de vue se fatiguent et se font rares. Ne pas répondre, me dis-je, c’est laisser penser qu’on donne raison à ceux qui s’élèvent contre l’interdiction des châtiments. Répondre, c’est s’exposer à s’épuiser à tourner autour des mêmes arguments fallacieux et catégoriques. J’ai envie de m’exprimer ici une fois pour toutes sur ceux qui reviennent le plus souvent.

Et cela d’autant plus que je n’arrive que très exceptionnellement, sur les forums, à obtenir de réponse, l’expression de mon opinion se heurtant immédiatement à une insulte, une menace, ou, au mieux un « je fais ce que je veux avec mes enfants. »

C’est bien beau, d’interdire la fessée, mais ce n’est pas ce qu’il y a de pire, une petite fessée, c’est pas si grave par rapport au reste…

(ou : « Donner une fessée, c’est pas taper, faut pas exagérer non plus ! »)

Elle est stupéfiante, cette levée de bouclier contre l’interdiction de « la Fessée », oui, avec la majuscule ! La sacro-sainte « Fessée-que-nous-avons-tous-reçue-étant-enfant-et-on-remercie-nos-parents-parce-que-sinon-on-ne-serait-pas-ce-qu’on-est-devenus-et-ça-fait-pas-de-mal-une-bonne-fessée-quand-c’est-mérité-et-d’ailleurs-on-n’en-est-pas-mort-et-on-en-donnera-aussi-à-nos-enfants-quand-ils-la-mériteront-pour-ne-pas-qu’ils-deviennent-des-enfants-rois-ou-des-délinquants ». Sur les arguments un à un, je reviendrai plus tard.

Mais sur le terme « fessée », j’interviens d’entrée. Est-ce un hasard si la plupart des médias la mentionnent en titre (mis à part le Monde et l’OVEO), évoquant seulement une « interdiction de la fessée ? » Je me surprends pourtant à croire (à rêver), que s’il avait été davantage fait mention de « violences corporelles », voire de « violence éducative ordinaire », les réactions auraient été moins vives… Alors que cette fessée est si simple, si classique, si habituelle, si connue, qu’elle s’élève comme le symbole du geste que tout adulte a reçu dans son enfance et peut (doit) destiner à tout enfant qu’il souhaite éduquer. La fessée comme allégorie de l’autorité. Ainsi, elle est si ancrée dans le vocabulaire et dans les actes qu’il semble essentiel de la défendre. Il faut fesser les enfants pour les éduquer comme il faut manger pour grandir. La certitude est si grande que la remise en question est à la frontière de l’impossible.

Quoi qu’il en soit, pour rétablir les faits, la fessée n’est en effet qu’un détail parmi d’autres, et la loi fait état de «  tout traitement cruel, dégradant ou humiliant, y compris tout recours aux violences corporelles », cela incluant par exemple les violences verbales et psychologiques (crier, injurier, se moquer, humilier, mentir, menacer, culpabiliser, rejeter, chantage affectif…), les violences physiques (gifler, fesser, pincer, tirer les oreilles ou les cheveux, donner des coups de pied, secouer, saisir brutalement, bousculer, pousser, contraindre l’enfant dans une position inconfortable, le priver de nourriture…) (1)

En attendant, bien peu débattent sur les autres formes de violences mentionnées ci-dessus, et on évoque encore moins leurs alternatives

 

Loi ou pas loi si mes enfants méritent une fessée ils en auront une ! C’est de l’éducation ! Et si le gouvernement n’est pas content, il n’aura qu’à prendre mes enfants lui-même pour voir s’il fait mieux, et me mettre en prison, tiens !

(ou « Qu’ils aillent se faire voir ailleurs ou se faire foutre chez les Talibans…toutes ces lois stupides et ineptes qui sont votées par des incapables se gavant à volonté sur notre dos tout au long de l’année…c’est à eux qu’on devrait leur botter les fesses!!! »)

Non, cette loi n’est pas assortie de sanction (elle appartient au droit civil), et personne ne vous enlèvera votre enfant si vous lui donnez une fessée. Je pense que tout son intérêt est d’inciter à la réflexion et de faire peu à peu changer la norme et la pensée ancrée et irréfléchie qui consiste en l’argument « j’en ai reçu et ça ne m’a pas tué »…

Punir pour montrer qu’il ne faut pas punir aurait là aussi quelque chose d’illogique (j’allais écrire et d’infantilisant, mais… j’ai un souci, parce ce terme a un sens bien négatif qui ne devrait pas non plus concerner les enfants).

Cependant, il peut être intéressant d’observer combien les adultes affirmant avoir grandi parmi les punitions et autres châtiments s’intéressent aux conséquences que pourrait avoir une désobéissance, plutôt qu’à l’intérêt intrinsèque de la règle. Voilà donc ces mêmes adultes qui souhaitent inculquer des règles à des enfants qui se devront de leur obéir à tout prix, et qui, lorsqu’il s’agit d’eux-mêmes n’hésitent pas à écrire en public qu’ils « emmerdent la loi » et ne la respecteront pas, puisque de toute façon, personne ne viendra vérifier chez eux. L’exemple parle de lui-même : en faisant obéir par la crainte, on enseigne à éviter l’objet de la crainte. Respectez-vous les limites de vitesse par peur des radars, ou parce qu’il vous semble essentiel de ne pas mettre en danger la vie d’autrui par une conduite qui peut être dangereuse ? Souhaitez-vous que votre enfant ne vous tape pas parce qu’il a peur que vous ne le retapiez plus fort, ou parce qu’il a compris qu’il peut vous faire mal et souhaite l’éviter ?…

Pour moi, cette loi a surtout pour rôle d’encourager à s’informer sur les autres méthodes éducatives qui existent… Pas de châtiment ne signifie pas absence de cadre éducatif. Pourquoi opposer autoritarisme et laxisme comme si aucune voie n’existait au milieu ? (2) et (3)

 

Hors de question que je laisse mon enfant faire tout ce qu’il veut, genre taper des crises en public, ou lever la main sur moi.

(ou « Fessé et rien a foute qu’on me juge quand je sort j’ai juste a leur dire si ils font un caprice on rentre fessé et au lit ou juste mon regard ils sont compris ces quand même plus agréable de sortir en ville faire ses course av des enfants calme quand j’en vois dans les magasins qui se roule au sol et le parents dit rien ben la zute!!!!! »)

Ah, le spectre de l’enfant tout puissant et malfaisant ! Voilà un leitmotiv qui montre une véritable angoisse des parents envers leurs enfants. Ils veulent s’en faire craindre pour cesser de les craindre, pour ne pas « risquer un jour » que ces petits êtres prennent le pouvoir, et aussi pour ne surtout pas risquer que quiconque pense que leurs enfants sont « mal élevés »…

Il est primordial de s’informer sur le développement et le fonctionnement du cerveau de l’enfant. Ainsi, un enfant qui fait une crise dans un magasin le fait par incapacité à maîtriser ses émotions et la frustration, de par l’immaturité de son cerveau. Cela peut arriver à tout jeune enfant fatigué, quand le parent, adulte censé être mature, n’a pas bien géré l’horaire ni la façon de l’accompagner (ce qui arrive à tout parent). Pas parce que l’enfant cherche délibérément à embêter. On peut chercher des idées pour contourner cela, comme lui confier des tâches pour aider aux courses, et si l’enfant a très envie d’un objet, on le prend en photo pour s’en rappeler, et s’il y a litige, on discute, et ainsi de suite, jusqu’au non ferme, qui peut aussi être un moyen de survivre aux courses, et d’en reparler plus tard. (4) (5) (6)
Et, parmi les enfants et moins jeunes que je côtoie, je ne crois pas en connaître parmi ceux qui ont été élevés dans le dialogue, le respect et l’exemple, qui aient tendance à lever la main ou insulter quelqu’un (y compris leurs propres enfants). Je ne réussis donc pas à comprendre ce qui fait craindre (mis à part, peut-être, ce fameux amalgame non-violence/laxisme) qu’un enfant qui ne recevrait pas de châtiments devienne violent.

 

On se prépare une génération de délinquants. Il n’y a qu’à voir, déjà, tous ces jeunes d’aujourd’hui chez qui des claques se perdent.

(ou « Y en a quelques un que j’aurais puni en leur flanquant une bonne fessée pour leur aprendre a se taire devant un adulte et le respecter mais d’une c’est interdit et de deux y a des meres un peu bebete qui soutiennent leurs enfants indisciplinés faudras pas qu’elles s’etonnent si a 13 ou14 ans elles se prennent des baignes par leur ados car ce sera de leur faute je trouve que c’est inquiétant la génération qui arrive. »)

C’est à mon sens un raccourci rapide que de dire que les jeunes difficiles le font parce qu’ils ont manqué de punitions et fessées, plutôt que de vérifier s’ils ont bénéficié d’encadrement, de respect, de soutien, de dialogue… Le laxisme m’apparaît en effet comme une autre forme de maltraitance, mais n’est pas la seule alternative à l’autoritarisme…

Cela revient à dire : « regardez ce cerisier, il est planté dans du sable, n’a jamais été arrosé, n’a pas été greffé. Et il ne donne pas de cerises parce qu’on ne lui a pas mis d’insecticide ! »

Je crois en effet volontiers que certains enfants ayant reçu fessées et punitions grandissent d’une manière épanouie et équilibrée MALGRE ces dernières, et grâce à un cadre éducatif soutenant, enrichissant et structurant. De même que, parmi les jeunes qui se sont tournés vers la délinquances nombreux sont ceux qui l’ont fait MALGRE nombre de fessées, punitions, avilissements et autres coups. Bref, par quel raccourci de pensée peut-on lier ainsi facilement délinquance et absence de châtiment corporel ? Oh, je le comprends bien : parce qu’à celui qui nous insulte, menace, méprise, on a envie de donner un coup… mais enfin, réfléchissons en toute bonne foi ; il s’agit là d’un mouvement impulsif de notre part, et pas réellement de ce dont l’autre a « besoin » pour changer son comportement !
L’enfant n’est pas roi, et, si on prend le temps d’observer la journée d’un petit d’un autre regard, il est soumis sans cesse à des contraintes (on sort, on rentre maintenant, habille-toi comme ça, mange cela…) pour très peu de liberté et de choix. Lorsqu’il manifeste son désaccord, on peut estimer la manière dont il le fait inadaptée et l’aider à en trouver une meilleure, sans y chercher de méchanceté de sa part.
C’est à nous, adultes matures qui décidons de tout et dirigeons tout, de donner à l’enfant les clés et l’exemple pour devenir respectueux à son tour. On ne se considère pas comme son égal dans les droits, on ne peut lui demander, alors qu’il est en pleine construction, d’être notre égal immédiatement dans sa compétence à gérer ses devoirs…

 

Si on ne peut même plus leur donner une fessée, et carrément pas les punir ou même utiliser le chantage, les enfants vont se croire tout permis, faut quand même qu’ils sachent qui est-ce qui commande !

Il semble que nombreux soient les parents qui croient qu’il n’existe que deux formes d’éducation : autoritaire (accompagné, donc de toutes les sanctions jugées nécessaires) et laxiste (qui consisterait, selon certains, à se contenter de ne pas utiliser ces sanctions). Au milieu, pourtant, une large bande est à explorer.

Mais si l’on définit comme « roi » celui qui estime que ses désirs doivent passer avant ceux d’autrui, que son entourage devrait être adapté à ses souhaits et ne pas le déranger, et qu’il faut lui obéir sans argumenter, mais juste parce que « c’est comme ça et ce n’est pas autrement »… n’apparaît-il pas un grand nombre d’adultes-rois, qui souhaitent garder ce pouvoir et cette possibilité d’être le principal acteur de toute situation qui, peut-être leur avait fait défaut quand ils étaient enfants ?

C’est encore une fois par l’exemple qu’ainsi, ils montrent à leur tour que les rapports de force sont essentiels dans la relation, qu’il faut un chef et que celui qui ne l’est pas doit se montrer soumis. C’est pourquoi ces adultes qui pensent que l’on est soit celui qui soumet soit celui qui est soumis ont peur de se retrouver dans la deuxième position, n’imaginant pas la solution gagnant-gagnant, où chacun se sent écouté, où le dialogue a toujours sa place, où chacun s’offre la possibilité de se remettre en question, et où il n’y a pas combat mais discussion.

 

Quand elle est méritée, une bonne fessée ne fait pas de mal, ça remet les idées en place.

Que veut dire mérité, qui juge du moment où c’est « mérité », de la force à laquelle on peut taper, du moment où c’est « trop violent » pour celui qui la reçoit ? Et qui décide de quand ça fait mal/du mal ?
Personnellement, il m’arrive d’être exécrable, levée du pied gauche, sans patience, susceptible, un peu acerbe dans mes propos envers mon entourage… Pas vous ? Vous croyez que, dans ce cas, une claque me remettrait les idées en place ? Ou à vous, ou à votre conjoint ? Jusqu’à quel âge cela fonctionne-t-il ?

Et puis, surtout, les études réalisées ces dernières années par des neuroscientifiques, sociologues et autres médecins montrent que SI, une fessée peut faire du mal. Ainsi, elle freine le bon développement de l’enfant, et, plus l’enfant en reçoit tôt, plus il est susceptible d’être agressif, déprimé ou anxieux par la suite, elle a des répercussions à l’âge adulte concernant le risque de suicide, de maladies graves, de violence… Tous les détails de ces études sont ici. (7)

A ceux qui répondront « j’en ai pourtant reçu et je vais très bien », au-delà de les inviter à se pencher sur chacune des causes de leurs difficultés éventuelles et à vérifier si véritablement rien de cela ne les a touchés, je demanderai s’ils sont prêts à courir le risque avec leur enfant, même s’ils estiment qu’il y a une chance pour que ceux-ci ne souffrent d’aucune de ces conséquences. Mais surtout, je ne pourrai pas m’empêcher de manifester ma surprise : comment peut-on affirmer que recevoir des châtiments ne cause en aucun cas de la violence, quand on est soi-même en train de défendre corps et âme son droit à châtier, à taper, à punir, son enfant plutôt que de chercher d’autres solutions ? Si elle ne devait causer qu’un seul tort, la fessée aurait celui d’être extrêmement reproductible en toute bonne conscience par la génération suivante…

 

Chacun fait ce qu’il veut chez lui ! Et j’élève mes enfants comme je veux !  

(ou « Ils peuvent avoir voter cette loi…. j m’en tape royal !!! Si mes enfants en méritent 1 ils l’auront !! Et celui qui n’est pas content j l’emm….. »)

Une des raisons qui me convainc que l’on doit s’interdire toute tape est ma propre expérience : je tends à être non violente, mais quand ma fille a montré une période pénible d’opposition vers 2-3 ans, je l’ai tapée sur la cuisse. Et elle s’est calmée, ça a marché (tout en me lançant un regard glaçant) S’en sont suivis quelques jours où, malgré mon aversion théorique pour tout châtiment corporel, cela s’est reproduit : cela avait tendance à partir de plus en plus tout seul. Ça fonctionnait (enfin, sur le moment, mais pas pour de bon, sinon jamais il n’y aurait eu besoin de recommencer), ça me défoulait (enfin, jusqu’à ce que je culpabilise), et ça me libérait de mon impulsion ! Sauf que… Ma fille était de plus en plus rebelle, me lançait ses regards froids, et je ne me maîtrisais pas, alors que c’était ce que j’exigeais qu’elle fasse. Et je me suis dit stop. Se dire qu’on peut donner une fessée de temps en temps est une porte trop dangereuse et trop grande ouverte (et facile, mais inutile) Dire qu’une fessée peut échapper lorsqu’on a eu très peur par exemple, c’est ouvrir une fenêtre. Alors a posteriori, certes, cela arrive et on doit pouvoir se le pardonner, mais a priori, NON, toute forme de violence envers tous doit être proscrite, quoi qu’il arrive… Et quoi que plus fatigants peut-être, tous les moyens qui ne sont pas punition et fessée sont plus valorisants, plus efficaces à long terme et plus logiques en fait qu’une fessée…

Nos enfants sont des personnes tout entières. On fait ce qu’on veut chez soi avec ses casseroles et la couleur de son papier peint, mais pas avec les autres humains de la maison. Essayons donc de nous souvenir de notre propre enfance, essayons de nous mettre à la place de notre enfant. Informons-nous et profitons de toutes les sources et études qui peuvent nous soutenir. Lisons, par exemple Maurel (a), Filliozat (b), Faber et Mazlich (c), Gueguen (d), suivons des cours de parentalité… Car même en admettant que « l’on fasse ce que l’on veut avec ses enfants », encore fait-il savoir ce que l’on veut et pourquoi on le veut. Pour pouvoir affirmer que l’on fait un CHOIX, il faut s’être donné les moyens de réaliser ce choix en connaissance de cause, des alternatives et des conséquences.

Enfin, cette manière d’affirmer sa volonté de « faire ce que l’on veut » de manière péremptoire et impérieuse a un côté… qui ne peut que m’évoquer la royauté dont les enfants sont accusés de vouloir se saisir. Or, ici, celui qui veut faire tout ce qu’il veut comme il veut, y compris au détriment d’autrui, celui qui veut prendre et garder le pouvoir, qui souhaite à tout prix être obéi et se refuse à être dérangé par quiconque sous peine de lui en faire subir les conséquences, n’est-ce pas, une nouvelle fois, le parent-roi ?…

 

J’ai reçu des fessées quand j’étais petit, et je n’en suis pas mort, faut arrêter avec ces conneries !

J’ai du mal à concéder un sens à cette phrase, qui revient comme une litanie au fil des commentaires comme principal argument. Comme si ne pas mourir et ne pas tuer ses enfants était une aspiration et une fin en soi, qui suffise à tout justifier.

Je lis : j’ai reçu une fessée et je n’en suis pas mort, donc j’en donne parce que c’est nécessaire. Je constate : la fessée ne tue pas, mais le fait d’en avoir reçu offre aux adultes une légitimation à défendre publiquement un « droit » à lever la main sur leur enfant. Je déduis : le fait d’avoir reçu des tapes étant enfant laisse penser qu’il est logique de lever la main sur plus faible que soi tant qu’on estime avoir raison. Je conclus : c’est ce que celui qui en a reçu estime juste d’enseigner à son tour à ses enfants…

Car la génération respectueuse et non-violente n’a pas encore vu le jour, ni parmi nos ancêtres ni parmi nous… Ne serait-il pas tant d’essayer autre chose, au contraire ?

On ne meurt pas non plus de grandir dans le respect et la bienveillance.


Le gouvernement français fait n’importe quoi, ils verront ce que ça donnera quand ils auront créé une génération de délinquants.

… et dire qu’en Suède, ça fait 29 ans que cette loi existe, qu’elle a été votée déjà dans 51 pays du monde, que cela va faire 7 ans que cela figure dans les recommandations du Conseil de l’Europe… Les frontières de la France renferment-elles des personnes si différentes du reste du monde, ou font-elles office d’œillères ?
Oui, l’éducation autoritaire peut fonctionner. Mais pour autant, ce n’est pas la seule ni, de loin, la plus respectueuse.

 

Ca fait des générations que l’on éduque les enfants comme ça, et tout va bien !

(ou : « Je considère que s’il faut on est en droit de réprimander son enfant et la fessé est la plus vieille des punitions et non la plus douloureuse il faut arrêter de dire que ca humilie l’enfant sous prétexte que le pauvre chéri prend une punition. »)

Notre société est en souffrance, il y a des guerres un peu partout dans le monde. Cette loi n’a pas pour vocation d’être punitive pour quiconque. Juste d’alerter sur ces rapports humiliants, dévalorisants, qui n’équipent pas nos générations futures, mais leur transmettent notre impuissance à créer d’autres façons de faire plus dignes. C’est un chemin, pas une règle ou une panacée.

 

Éduquer et légiférer ne s’accordent pas à merveille : information et éducation des parents seraient le pivot essentiel : je suis POUR l’éducation à la bienveillance.

 

Nb : les commentaires en italique sont copiés-collés de commentaires Facebook et sous les articles traitant de la question.

 

Partage d’expériences, ou comment l’on peut faire confiance à nos enfants

Par Ariane

Mon Ecureuil a aujourd’hui six ans. Je la regarde grandir chaque jour et je me remémore les moments si importants qui ont jalonné sa vie, et notre relation à toutes les deux (ainsi évidemment que celle avec son père). J’accompagne de jeunes parents dans mon travail et je réalise à quel point, lors des moments difficiles, on imagine que cela n’ira jamais « mieux », que notre enfant ne dormira jamais la nuit, ne permettra pas de profiter de repas paisibles, nous semblera toujours dans l’opposition… (liste très loin d’être exhaustive).

Et lorsque je repense à ces passages difficiles et à leur résolution, je me rends compte que c’est l’Ecureuil qui a elle-même proposé les clefs de cette ouverture, soit on nous montrant les signes de ce qu’il fallait faire, soit en trouvant toute seule le chemin à prendre. Ces situations ont sans doute eu lieu maintes fois mais voici celles qui m’ont marquée. Je précise bien sûr, sur un gigantesque fond fluo, que mon but n’est ici que de partager mon expérience, pour peut-être rasséréner certains parents et éventuellement donner quelques idées, mais il va de soi que chaque enfant est différent, chaque contexte familial est particulier, et personne n’a de leçons à donner…

La fin de l’allaitement

J’ai allaité mon Ecureuil pendant un an et demi. Cela a été un réel plaisir, soutenue sans faillir et avec une grande bienveillance par le papa. J’adorais partager ce moment avec elle (et souvent lui), et je ne m’étais évidemment pas fixé de date de fin, mais au bout d’un an et demi j’ai éprouvé un grand besoin d’y mettre un terme ; l’Ecureuil réclamait constamment mon sein (elle n’a jamais eu de doudou sauf pour la crèche, et jamais de tétine non plus), et j’avais l’impression d’être l’objet d’une trop grande dépendance, enfin bref, il fallait que ça cesse. Mais j’étais très inquiète parce qu’elle tétait encore parfois la nuit (même si depuis ses dix mois elle dormait dans sa chambre sans problème), et je me disais que le sevrage allait être très dur pour elle. Je lui en parlé un soir, tout en lui donnant le sein, en lui expliquant que quelques jours plus tard elle allait devoir se passer de ce moment car il était devenu trop dur à vivre pour moi.

Incroyable mais vrai, cette Ecureuil qui tétait compulsivement mon sein depuis un an et demi, a d’elle-même et en quelques jours, arrêté de le demander. Je n’ai rien fait pour cela excepté lui faire part de mes difficultés, et elle m’a montré qu’elle m’avait entendue.

L’habillement

Comme la plupart des enfants, vers l’âge de deux ans, l’Ecureuil est passée par une période où elle ne voulait pas s’habiller. Les matins de départ en crèche étaient très difficiles à vivre pour moi parce que rien n’y faisait et je me suis retrouvée certaines fois à tenter de l’habiller de force, elle hurlant, moi aussi, pour un résultat évidemment insatisfaisant… Heureusement à cette époque-là je me suis intéressée à la parentalité ludique, en particulier à la lecture de « Qui veut jouer avec moi ? » de Lawrence Cohen. J’ai initié le « jeu du Bou » avec l’Ecureuil, que j’ai rapidement évoqué dans un précédent article. Elle voulait sauter sur son lit au lieu de s’habiller. Je lui ai proposé ce jeu : elle pouvait sauter, mais quand je disais « Bou ! », elle devait enfiler un vêtement. Elle était ravie, et en quelques minutes de rigolade, elle était habillée et prête à sortir, dans la bonne humeur, et surtout, sans altération du lien, ce qui est pour moi primordial : lorsqu’on ressent de l’agacement, voire de l’agressivité, envers son enfant, la relation s’abîme, ne serait-ce que temporairement, elle qui est pourtant si précieuse…

Elle a donc accepté ma proposition de solution avec plaisir et nous nous en sommes trouvées toutes les deux très satisfaites. Et bien sûr, comme inéluctablement les enfants grandissent, nous n’avons rapidement plus eu besoin d’avoir recours au jeu du Bou.

Les repas

Les repas ont été compliqués jusqu’à, je dirais, l’âge de 5 ans. L’Ecureuil descendait de table, remontait, gigotait dans tous les sens… Son père et moi n’avons jamais imposé de cadre particulier durant ces moments : elle pouvait jouer avec la nourriture, ne pas finir son assiette, et avait bien sûr le droit de ne pas manger ce qu’elle n’aimait pas. Mais les acrobaties durant les repas, j’avais du mal à supporter ; d’abord parce qu’ils duraient des heures, et parce que c’était pour moi un moment calme en famille. J’ai passé des mois à répéter en boucle « mange !!! » et « reste à table ! », et c’est devenu un réel problème entre nous. J’ai dû dire des trucs moches, comme ça peut arriver quand on est très en colère.

J’ai lu le livre de Carlos Gonzales « Mon enfant ne mange pas », qui m’a beaucoup détendue…

Et puis j’ai lâché. Je ne sais pas comment, si cela a été dû à une situation particulière, mais j’ai lâché. J’ai arrêté de crier. Lorsque mon repas était fini, j’allais m’allonger sur le canapé (à côté de la table) avec un journal jusqu’à ce qu’elle ait fini de manger. Et en quelques jours, le problème a disparu. Est-ce parce que j’ai lâché prise, ou parce qu’elle en a eu assez de terminer ses repas toute seule, ou encore tout simplement parce qu’elle grandissait, je ne saurai jamais, mais les repas depuis se déroulent dans le calme et surtout, le plaisir…

Le coucher

Ma fille est formidable, c’est entendu. Je dirais même qu’elle est parfaite. Je sais, je suis partiale. Néanmoins il est vrai que nous n’avons jamais rencontré de gros écueils dans notre relation, on a toujours (ou presque) pu communiquer, dans la liberté de s’exprimer, et dans la plus grande bienveillance possible.

L’étoile noire dans cet infini de perfection : le sommeil. Il était difficile pour l’enfant qu’était ma mère, pour celle que j’étais, et il l’est pour l’Ecureuil (je ne tire pas de conclusion mais le lien peut se concevoir). Dès la naissance, les nuits ont été difficiles. Elle a dormi en cododo jusqu’à ses dix mois, date à laquelle nous avons déménagé. Elle a dormi dès la première nuit dans sa nouvelle chambre. Elle demandait tout de même une présence au coucher. Mais l’endormissement prenait des heures, et croyez-moi, ce n’est pas une figure rhétorique. Son père ou moi allions la coucher à 20h (par exemple), nous y restions facilement jusqu’à 22h-23h. Les soirées n’étaient presque jamais un plaisir.

Elle était fatiguée, et n’a d’ailleurs jamais refusé d’aller se coucher, bien au contraire. Mais le sommeil ne venait pas. Elle tournait et virait dans son lit, il fallait raconter des dizaines d’histoires. Je devenais folle, tous les soirs. Son père, le chanceux, s’endormait avant elle.

Vers 3 ans elle a commencé à s’endormir plus rapidement, plus facilement. Les soirées n’ont plus été des cauchemars. On restait une demi-heure, et elle dormait. Mais il fallait toujours rester avec elle. Et cela a duré jusqu’à ses 5 ans et demi. Son père et moi étions séparés, j’étais très occupée, et je ne pouvais pas rester une demi-heure avec elle à côté de son lit. Et à ce stade-là je n’en concevais pas le besoin pour elle. J’ai commencé à lui exprimer ce que je ressentais. Mais elle réclamait toujours. Alors j’ai imposé le coucher seule une nuit sur deux. Sous certaines conditions, bien sûr : son lit donne sur le salon, donc elle voyait que j’étais là. Elle avait sa veilleuse, son mouton musical, la lumière du salon, et bien sûr les deux portes étaient ouvertes. Je revenais lui faire un câlin toutes les cinq minutes.

La nuit où elle s’endormait seule se passait bien mais elle demandait toujours ma présence l’autre nuit. Cela a duré plusieurs mois, et j’ai craqué, sous la pression du temps si précieux, de mon épuisement, et du sentiment de n’avoir jamais la possibilité d’être tranquille, moi, toute seule… J’ai imposé toutes les nuits. Je n’en pouvais plus, elle n’avait pas le choix. J’étais à trois mètres d’elle, j’ai toujours accouru quand elle m’appelait, les portes étaient grandes ouvertes. Elle n’était pas seule. Et elle l’a accepté. Elle m’appelle encore parfois avant de s’endormir pour un câlin supplémentaire, je viens toujours, mais elle s’endort seule, et avec une rapidité déconcertante.

C’est la première fois que j’ai réellement imposé quelque chose, sans négociation, discussion. Cette décision a été le fruit de mon épuisement et elle l’a compris. Et j’ai réalisé que parfois, on peut imposer, lorsqu’on a tout essayé, lorsqu’on n’en peut plus, et que l’enfant peut le comprendre, parce que nous aussi, on a droit au respect. Je ne l’aurais pas imposé à un, deux, trois ans car elle n’était pas prête. Et quand je lui ai dit que je ne pouvais pas attendre qu’elle le soit, et que je lui ai montré que je mettais en place les conditions nécessaires à son bien-être, et surtout, qu’elle savait que je serais toujours là quand elle avait besoin de moi, elle l’a entendu.

J’ai réalisé aussi que rester auprès d’elle en ayant si envie d’être ailleurs, en me sentant si mal, était pire pour elle comme pour moi. Lorsque je restais avec elle durant les derniers mois, j’étais amère, en colère, distante. Ma présence était presque toxique et pourtant elle la demandait. Elle avait besoin que je lui montre que l’on pouvait faire autrement, même si elle ne pouvait le concevoir.

Voilà mon partage d’expérience, auquel je pense parfois pour me rappeler que tout passe ! Faisons confiance à nos enfants, c’est souvent eux qui portent les solutions…

 

Le libre grandir et la responsabilité parentale

Par Vicky

 

Bon, finalement en parentalité bienveillante on pose un cadre et des limites ou pas ? Et est-ce qu’on fait des choix à la place de nos enfants?

Ces deux questions reviennent sans cesse et divisent à volonté. D’un côté les bienveillantes* anti-âgisme qui disent le plus souvent non, de l’autre les bienveillantes-mais-pas-laxistes qui disent oui !

 

Le cadre ou la structure

 

Je vais rapidement dégager la question du cadre en répondant que, à mon sens, la phrase « les enfants ont besoin d’un cadre, ça les rassure » est archi-fausse. Peut-être que certains enfants se sentent rassurés avec un cadre mais c’est loin d’être une vérité absolue et un précepte éducatif. Ce que je veux dire c’est que certains adultes aussi se sentent rassurés dans un cadre donné, peut-être que ça leur permet de mieux travailler, d’être plus calmes, plus efficaces etc. Et d’autres adultes ont juste une sainte horreur des cadres, des cases et des restrictions, ils étouffent dedans. Est-ce que parce que certains adultes se sentent plus à l’aise professionnellement en étant salariés plutôt que sur un autre statut, on devrait conclure qu’ « un adulte a besoin d’un CDI, ça le rassure » ? Avec les enfants et le fameux cadre c’est la même chose. Pour certains enfants c’est sécurisant, pour d’autres non. Je tiens quand même à dire que cette phrase, tellement clichée en français, n’existe pas dans ma langue maternelle. Nous n’avons pas de cadre pour les enfants, que pour les tableaux.

 

En revanche un enfant a besoin de structure. Et en plus elle doit être solide. Plus la structure sera solide, plus il pourra se réaliser et se construire. Dans toutes les directions et sans limitation. Parce que la structure permet, tandis que le cadre limite. Et concrètement, quelle est la différence ? Parce que si c’est pour jouer sur les mots…

 

En fait je ne sais pas. J’invite les parents qui pensent qu’un cadre est nécessaire au bon fonctionnement de leur famille ou de leur enfant à m’expliquer ce qu’ils entendent par cadre avec des exemples concrets. Parce que moi je ne vois pas ce qu’il y a à imposer de plus que ce qui s’impose de facto, du fait de naître et de vivre dans une famille, qui elle-même évolue dans une société donnée avec ses codes, ses règles et ses lois. L’enfant qui vient au monde a déjà tout un cadre autour, il ne peut pas l’ignorer, il est obligé de se conformer, c’est le contrat social.

 

La structure c’est l’assurance du « je suis là pour toi quoi qu’il arrive », c’est la confiance que l’enfant peut ressentir vis-à-vis du parent, c’est le « je crois en toi » mais c’est aussi le « moi, parent, je sais qui je suis ». Et c’est parce que cette dernière partie est si difficile que le cadre peut devenir rassurant. Pour l’enfant, comme pour le parent, je dirais même surtout pour ce dernier. D’une manière générale j’ai remarqué que moins on a confiance en un système, plus on le balise. (Ça a l’air évident je sais, mais ça devient inconfortable et problématique quand on prône le système en question.) En clair, plus un parent sait qui il est et où est-ce qu’il va, moins il aura besoin de cadres, des « il faut » et des « par principe ».

 

Les limites

 

Le problème des limites n’est pas très différent en vrai, un cadre n’étant rien d’autre que la somme des limites. Et des limites on en a tous (de la même manière qu’on a un cadre « naturel » donc), on a les limites de notre corps, de notre nature humaine, des lois physiques etc. Nous avons également les limites imposées par la loi, ainsi que les limites de ceux qui nous entourent. Pour survivre en société nous devons les respecter.

 

Je suis bien évidemment contre l’idée d’imposer des limites « parce qu’il faut bien » ou « parce qu’on n’est pas laxistes » ou… bref, par principe. Et je suis partisane de la liberté d’exploration de ses propres limites. Une personne a besoin de savoir ce qu’elle est capable de faire ou encore comment le monde réagit à sa façon de s’y positionner. Personne ne peut vous apprendre ça, en revanche on peut être empêché.e de l’apprendre, si l’on n’a pas justement cette liberté d’exploration de ses propres limites.

 

Lorsqu’on est enfant, pendant cette exploration on a besoin de garde-fous, de sécurité. Pour la simple raison que les capacités cérébrales d’anticipation des conséquences de l’action ne sont pas opérationnelles. Mais pas que. Tant que la coordination des mouvements n’est pas parfaite un enfant peut avoir différents types d’accidents. Et puis il manque la connaissance et la maitrise de tout un tas de choses. Ainsi je peux tomber de l’escalier lorsque j’ai 10 mois, tomber dans la piscine quand j’ai 3 ans, tomber sur du porno sur l’ordinateur quand j’ai 7 ans et ainsi de suite, vous avez compris. Mais je peux également porter préjudice à autrui, parce que je ne peux pas maitriser mes pulsions de vie (besoin ou envie), parce que je ne sais pas faire autrement ou parce que je ne m’en rends pas compte. En fait, j’ai une extraordinaire capacité à faire tout un tas de trucs qui mettent en péril ma sécurité, ma santé, mon image même, les autres ou leurs libertés et droits. Heureusement, j’ai des parents!

 

La responsabilité parentale

 

Ce qui est évident pour moi c’est que le parent endosse un rôle de protection de son enfant, et d’un point de vue philosophique, cela n’est pas compatible avec la pleine liberté de choix que certain.e.s d’entre nous souhaitent permettre à leurs enfants. Pas loin de considérer que quand il n’y a pas de solution on doit reconsidérer le problème, et ayant passé d’innombrables heures à essayer de concilier la théorie avec ma pratique parentale par souci de cohérence et de congruence, j’arrive aujourd’hui à la conclusion que la pleine liberté de choix d’un enfant, n’est pas compatible avec la responsabilité parentale. Et plus vite on admet ça, moins on se tourmente avec nos incohérences et mieux on assume ce qui doit être assumé. C’est à dire les choix qu’on opère pour nos enfants. Parce qu’il n’y a pas de non-choix. A titre d’exemple, que l’on décide de vacciner ou pas son enfant on opère un choix pour lui. Que l’on décide de le scolariser ou pas, on opère un choix pour lui.

 

Pour laisser un enfant complètement libre de ses choix, il aurait fallu commencer depuis le début, en lui demandant s’il a envie de naître et s’il veut bien accepter ses parents, ses grand-parents, sa maison, sa ville, son pays, son prénom et ainsi de suite. J’ai mis beaucoup de temps à accepter que je prends des décisions pour mes enfants, mais depuis que cela a fait son chemin je parente avec moins d’ambiguïté, moins de culpabilité d’être incohérente. Au départ je voyais la famille comme une colocation dans laquelle l’enfant arrive, avec les mêmes droits que tout le monde, évidemment ! J’ai dit des tas de fois que combattre les Violences Educatives Ordinaires sans combattre l’âgisme c’est se mettre le doigt dans l’oeil au mieux, manipuler en conscience au pire. Je m’accordais le droit d’être limitante et interventionniste par devoir de protection de leur santé, leur sécurité et des libertés des autres, mais quand-même je voyais bien que ça manquait un peu d’égalité, de démocratie dans la prise de décision. Il devait bien manquer quelque chose dans ma conception de la fonction parentale et donc dans ma conception de la relation parent/enfant. Il manquait…

 

La dépendance

 

Un enfant se retrouve de fait dans un statut particulier: celui de la dépendance, comme une personne âgée ou une personne malade. Et ça, ça change tout dans la conception égalitariste de la relation parent/enfant. La relation ne peut pas être égalitaire car une prise en charge de l’enfant est nécessaire et obligatoire (même par la loi). Et qui dit prise en charge dit ascendant sur l’autre. C’est important d’admettre et d’accepter cette responsabilité vis-à-vis de son enfant. Ce qui est compliqué c’est de réussir à remplir cette obligation parentale tout en respectant l’individualité de l’enfant, sans tomber dans le langage de la domination, sans l’écraser sous le poids de l’évidence de notre autorité… Et c’est là que la parentalité positive fait sens! On peut s’y retrouver avec le terme très cher à une amie d’équidignité (en vrai ça vient de Jesper Juul mais moi je n’ai pas encore lu Juul!). L’égalité dans la relation est possible à condition qu’on ait les mêmes capacités, si on n’intègre pas ça on a vite fait de se sentir lésée que notre enfant ne nous fasse jamais à manger…

 

Donc la parentalité bienveillante, positive, empathique oui, le combat contre l’âgisme mille fois oui aussi, mais une conception égalitaire de la relation parent/enfant est vraiment très injuste pour l’enfant : il ne peut tout simplement pas faire autant ou pareil que nous. Et là, c’est à nous de prendre nos responsabilités, qui ne manqueront pas de faire défaut à sa liberté de choix.

 

* Je mets au féminin parce que l’écrasante majorité qui débat sur ces sujets sont des femmes.

Le jour où j’ai eu envie de parler de mon regard positif sur la parentalité du même nom

par Lise

(Il m’a été donné plusieurs fois de tomber sur des articles critiquant « l’éducation positive » tout en la définissant partie ou totalité pour ce qu’elle n’est pas. Récemment, un article en particulier circule beaucoup (1), et les très nombreux commentaires qu’il suscite me font éprouver la même chose que quand mon fils écrase méticuleusement ses framboises sur le canapé… Leur accumulation, cette invective de « mère parfaite » qui devient une expression courante à laquelle je ne réussis pas à donner de sens, et qui est toujours destinée négativement à… (à qui exactement ?), par ceux que l’on a fait culpabiliser, alors que personne ne cherche jamais à se l’appliquer à soi-même (et pour cause !). Bref, du haut de toutes mes imperfections et difficultés du quotidien, j’ai plutôt l’impression que la parentalité bienveillante est encore une lointaine ébauche très peu répandue, et imparfaitement connue, et que la mettre sur le bûcher équivaut à ordonner l’autodafé du premier mot du premier roman… Du coup, aujourd’hui, je ne résiste pas à écrire… ce qui me gonfle.)

 

L’article m’a à moitié agacée. A moitié, car il contient deux éléments : l’un décrivant avec un humour acéré le quotidien difficile dans lequel, comme la plupart des personnes ayant commenté, je me reconnais avec le plaisir que l’on rencontre toujours quand quelqu’un parvient à écrire ce que l’on éprouve. L’autre critiquant en bloc la parentalité positive et la manière dont celle-ci ferait culpabiliser les parents normaux, déclenchant quantité de commentaires criant haro sur la bienveillance à grands coups de définitions inexactes et de critiques étranges sur celles et ceux qui tentent de la pratiquer, et seraient automatiquement jugeants et hypocrites…

Avant tout, cela me donne envie de redéfinir ce que cherche à contenir la parentalité positive, ou éducation bienveillante, ou non-violence éducative (nb. Bienveillance = ”volonté qui vise le bien et le bonheur d’autrui” (cela ne suppose donc pas de traiter de bouffonne ou de merde quiconque, ni de devenir soi-même parfait ou capable de garder son calme, et, bizarrement, même pas de pouvoir voler avec un parapluie…)

Plus qu’une méthode, c’est une conviction, une ligne de conduite, une valeur. L’idée est d’accepter les émotions et les besoins de l’enfant autant que les siens. Avoir pour objectif de ne pas humilier ou rabaisser son enfant, de vivre en bonne entente autant que possible, de ne blesser personne… Cela ne veut pas dire qu’on n’a pas le droit de craquer, de se fâcher, seulement que l’on peut en reparler et s’excuser après si c’est nécessaire. Nan, mais sérieusement, remplacez le mot « enfant » par « conjoint », ou même « belle-mère », ça devient vite marrant (et logique) ! « Ne pas humilier ou rabaisser sa belle-mère, éviter de lui donner des fessées quand on est en désaccord ou qu’elle nous pousse à bout… » bref, je vous laisse continuer (et aussi vous rappeler comment vous raisonniez lorsque vous étiez enfant et vous considériez déjà comme une personne à part entière…)

Ah oui, et aussi, la bienveillance commence par soi-même. C’est précisé dans tous les livres sur le sujet qui se respectent. Donc oui, on se pardonne à soi-même quand on pète un câble (ou tout autre chose nauséabonde qui ne soit pas des paillettes), oui, on pense à se ressourcer dès que possible, et non, c’est aller à l’encontre de l’idée de base que de dire que quelqu’un est une « merde » parce qu’il agit de la seule manière possible que lui permet son humeur de dogue épuisé et suant du moment.

Je remarque que plusieurs commentaires apparentent la parentalité positive (comme c’est tout à fait fréquent) à du laxisme, à une absence totale de limite. Dire à son enfant « je ne supporte plus la manière dont tu me parles » plutôt que « tu es trop chiant, ferme ta gueule », lui dire « j’ai besoin que tu m’aides car je suis épuisée » plutôt que « si tu ne m’aides pas, tu seras puni de trucquetuaimeslepluspourquetutesentesaussimalquemoi », lui asséner un « stop, c’est dangereux » plutôt que « tu vas tomber », cela ne change strictement rien aux limites. Alors, oui, il y a un moment où on va parler de lâcher-prise et de renoncer aux contraintes inutiles, mais cela a surtout pour conséquence de renforcer le bien-fondé et l’importance de se conformer aux règles vraiment importantes qui perdurent.

Quant à ceux qui craignent que les enfants élevés ainsi ne s’habituent pas à la vie pleine de contraintes qui les attend à l’âge adulte, je leur répondrais que oui, quelle que soit la dose de bienveillance dont les parents essayent de faire preuve, aucun n’est infaillible, les cris et contraintes existent donc bel et bien. Sans parler de toutes les contraintes physiques (on ne peut pas passer à travers un mur, fût-il enduit de paillettes (sic ! C’est le fil rouge), réalistes (on ne peut pas adopter de Bisounours, puisqu’il paraît que ça n’existe pas), temporelles (on ne peut pas rester debout toute la nuit… en tout cas pas moi), etc. Et pour les autres… eh bien, ils s’habitueront au fur et à mesure, comme nous devrons, dans maxi quatre décennies, nous habituer à avoir mal aux genoux quand on voudra se pencher, ne plus être entouré d’enfants chamailleurs mais de la plus profonde et silencieuse solitude, voire à devoir utiliser un déambulateur… mais on ne va quand même pas commencer à s’entraîner à cela maintenant !

Ensuite, je souhaite citer quelques sources, car, au final, il me semble que ce que critique l’auteur dépend avant tout des lectures auxquelles on se réfère (je n’ai personnellement pas de compte instagram, ne vais pas sur Youtube, et ne suis que dans un seul groupe Facebook, dans lequel la plupart des messages commencent par « cela a l’air difficile pour toi, tu as tout mon soutien… ») Je les mets en bas d’article, tiens !

J’aimerais aussi revenir sur ce concept de « nous faire culpabiliser », qui apparaît dans de nombreux commentaires. Tout d’abord, la formule elle-même a quelque chose de surprenant, rendant passif celui qui se plaint d’« être culpabilisé ». On culpabilise, voire on se culpabilise. Mais l’agent extérieur est-il si directement celui qui créé ce sentiment ? On culpabilise de ce qui nous gêne soi-même, de ce que l’on n’assume pas. Alors, oui, tous autant que nous sommes, nous culpabilisons 1000 fois par jour parce que c’est vraiment trop impossible de réussir à être celle que l’on aimerait quand mademoiselle 4 ans vous poursuit en « mamamamaman… » pendant que monsieur 18 mois grimpe sur la table et criant suraigu, se fait une bosse, «… eh ben eh ben moi tu sais, j’aime pas les courgettes parce que tu sais, Laurie elle a dit que… » et vous « sileeeeeeence, j’en ai trop maaaarre ! »… Mais oui, on culpabilise soi-même parce qu’on n’agit pas selon ses propres valeurs. Autrement dit, dans ce cas-là, quoi que je lise, je pourrais culpabiliser si je donnais une fessée, mais on ne pourrait pas me faire culpabiliser de ne pas l’avoir donnée. Parce que ce ne sont pas mes lectures, mais mes convictions profondes qui conditionnent ma culpabilité, dont j’assume la responsabilité. Mais surtout et avant tout, la parentalité positive n’encourage pas à se culpabiliser, mais à se pardonner !

Et puis… ça ne marche pas. Par rapport à quoi ? Et que veut dire « marcher » ? Non, l’éducation positive, en effet, ne fait pas s’endormir les enfants plus tôt le soir, ne les empêche pas de hurler en se roulant par terre, ne les rend pas propres et luisants, ni silencieux, ne leur rend pas la voix grave, ne leur apprend pas à résoudre des équations à 4 inconnues et pas même à dire « bonjour » au voisin ! Et non seulement elle n’a jamais prétendu le faire, mais en plus ce n’est pas l’objectif, et même surtout pas. Ceux qui attendent « efficacité et résultat » seront forcément déçus. Que ce soit avec leur enfant ou leur belle-mère. Car que les choses soient claires, dans les deux cas, RIEN ne « marche » (et pas non plus fesser sa belle-mère, ou enfermer son enfant dans la cuisine…) Le seul résultat que l’on puisse souhaiter (et souhaiter ne veut pas dire attendre !), c’est complicité et compréhension (entre les disputes et les crises), confiance mutuelle, capacité de communication, et surtout essai de se blesser le moins possible les uns les autres. Et cela même pas vraiment au quotidien, mais peut-être plutôt à long terme…

Bref… Pour moi, tout cela, c’est comme si je disais de quelqu’un qui fait le ménage chez lui, en l’entendant dire « je vais passer un coup de balai » qu’il me « fait culpabiliser ». Ben oui, parce que chez moi, le balai, il sert plus souvent à jouer à la sorcière à califourchon qu’à autre chose, et je n’ai même pas de fer à repasser. Donc quoi ? Tous ceux qui sont moins bordéliques et plus propres que moi sont des menteurs qui ne montrent pas la difficulté de leur quotidien (ben oui, ils montrent leur bel intérieur propre, je ne les vois jamais plein de sueur en train de se battre avec les moutons !), me font culpabiliser parce que je fais moins bien et essayent de me faire passer pour une conne, parce que chez eux, c’est plus propre et que moi je n’en suis pas capable ?…

Ce qui me frappe tout de même, c’est qu’au final, l’auteur conclut par des exemples montrant qu’elle pratique elle-même bel et bien cette fameuse parentalité bienveillante, avec toutes les imperfections dont nous faisons tou.te.s preuve…

Peut-être, enfin, que pour se rappeler de ce qu’est vraiment cette fantasque idée de parentalité bienveillante, il faut se rappeler ce à quoi elle « s’oppose », par exemple en lisant les commentaires des réactions contre le projet de loi interdisant les châtiments corporels (article à venir ici), qui se disent convaincus qu’ « une bonne fessée n’a jamais tué personne » et que si on les « laisse faire, ces petits démons deviendront des enfants rois », ou en lisant d’autres auteurs, comme Aldo Naouri (article à venir aussi) ?… Quelquefois, il est bon de se rappeler d’où on vient avant de critiquer ce qui cherche à le faire changer et qui ne devient extrême que lorsqu’on oublie de prendre le recul auquel il appelle…

 


(1) http://shivamama.fr/le-jour-ou-la-parentalite-positive-ma-gonflee/


Bibiographie (volontairement non exhaustive)

Livres

Dumonteil-Kremer C., Elever son enfant autrement.

Fillozat I., Au Cœur des Emotions de l’Enfant

Faber et Mazlich, Ecouter pour que les Enfants Parlent, Parler pour que les Enfants écoutent

Faber et Mazlich, Frères et Sœurs sans Rivalité

Ginott H., Entre Parents et Enfants

Gonzales C., Serre-moi fort

Korczak J., Comment aimer son Enfant (https://grandissons.org/?p=1540)

Rosenberg M. Les Mots sont des Fenêtres ou bien ils sont des Murs (car la recherche de bienveillance se destine à tous)

 

Magazines :

Peps Magasine (une ressource de bienveillance qui regonfle le moral à bloc tous les trimestres)

Grandir Autrement

 

Sites et blogs :

https://grandissons.org/?p=1979

http://www.perles-pacifiques.fr/2017/04/07/5-regles-pour-ne-pas-imposer-de-regles-aux-enfants/

https://www.oummi-materne.com/quest-ce-que-la-parentalite-positive/

https://parents-naturellement.com/parentalite-positive-definition/ (voir le bas de l’article !)


PS : Bon… pour être tout à fait honnête, en recherchant ces sources, je suis tombée sur quelques articles (commerciaux ?) faisant passer la parentalité positive pour une magie qui rend zen parents et enfants… et m’a permis de comprendre un peu mieux la cause de ce coup de gueule…

De la liberté d’aimer la Reine des Neiges

Par Vicky

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En début de saison, et à défaut d’avoir pu récupérer des vêtements d’occasion pour les enfants1, je suis allée faire les magasins avec mes deux petits lutins, de 3 et 6 ans. Je leur ai proposé de choisir ce qui leur plaisait. Et ce qui devait arriver arriva : on s’est retrouvés avec des t-shirts Reine des Neiges, Spiderman, Avengers, avec des caleçons Star Wars…

Et en fait… fin de l’histoire ! Parce que cet article a précisément ce but-là : passer le message que nos enfants ont le droit à leurs goûts et leurs opinions, aussi éloignés soient-ils de notre monde de référence ou de l’éducation que nous souhaitons leur donner.

Bien sûr que je fais partie des parents qui ne souhaitent pas donner une éducation sexiste et genrée à leurs enfants. Que dis-je « ne souhaitent pas » ? Il en est hors de question, on déteste ça, on milite même pour le contraire, brandissant en guise d’étendard notre bébé garçon habillé en rose et notre petite fille déguisée en pirate. Oui j’ai fait partie de ces parents et je trouve que ce combat est louable et doit être mené. Mais pas à travers les enfants ni à leur dépens. Comme tous les combats en fait, d’une façon générale je considère que nos enfants n’ont pas à être transformés en revendications politiques, ça devient de l’instrumentalisation. Et nous ne voulons pas ça, n’est-ce pas ?2

Alors que je laisse plutôt pas mal de liberté à mes enfants quand à leur façon de s’exprimer, bizarrement lorsque des propos « sexistes » sortaient de leur bouche, j’avais un peu tendance à leur tomber dessus : « Comment ça ce n’est pas pour les filles ce jouet ? A quoi tu vois ça, je peux savoir ? » ou alors à moraliser à fond « Les couleurs sont pour tout le monde, tu n’es pas obligé de te conformer aux normes, chacun met ce qu’il veut et ceux qui disent le contraire ce sont des idiots finis et rétrogrades ! ». Enfin, vous voyez le genre (hmmm…) ! Et j’y croyais dur comme fer que je devais faire mon boulot de mère féministe, qui ne veut pas de ces considérations chez elle. Et puis je me suis souvenue. Et après j’ai compris. J’ai compris ce qui était l’évidence même : l’importance de la liberté de choix et du respect des opinions de l’Autre. Mon enfant c’est un Autre. Cette réalité peut être vraiment très douloureuse à admettre, mais elle est pour moi la base de la parentalité bienveillante.

Je me suis souvenue donc, que quand j’étais enfant, le féminisme s’était invité chez-moi aussi. Je suis née en Grèce dans les années 80, il y avait encore grandement besoin d’être féministe3. Sauf que cela était le problème de ma mère (et de mon père accessoirement) mais pas le mien. Ainsi j’ai dû essuyer un certain nombre de phrases méprisantes quand mes choix n’étaient pas en adéquation avec les aspirations féministes de ma mère : tu n’as pas besoin de mettre une robe, les pantalons te vont très bien et ils sont plus pratiques, le maquillage c’est pour les grandes, ne sois pas ridicule, les poupées c’est pour les fifilles… D’une manière générale, ce que j’en ai retiré c’est que tout ce qui s’apparentait à la féminitude à mes yeux d’enfant (et pouvait éventuellement me faire envie) était pour les nazes. Et comme je n’étais pas une naze et qu’il était hors de question de le devenir, bah ces opinions-là sont devenues les miennes, et moi aussi je snobais le rose, moi aussi je snobais les filles un peu trop féminines (entendre : qui portaient des robes et qui avaient une belle coiffure), moi aussi je trouvais ça d’une débilité sans fond de jouer aux Barbies. Moi, je suis devenue ce qu’on appelle un garçon manqué. Qu’on ne vienne pas me dire que celle-ci est une éducation non-genrée ! Pourtant ma mère voulait exactement le contraire, voulait que je puisse considérer que tout est possible, et que mon genre ne m’interdit rien, qu’être fille ce n’est pas un frein. Et curieusement, être fille m’a empêchée de jouer aux poupées et à la dînette, de porter des robes à volonté et de me mettre du vernis à ongles de temps à autres. Parce que ces trucs-là c’était pour les fifilles. Et être fifille signifiait (pour ma mère) s’enfermer dans un monde d’apparences et de clichés machistes dont elle ne voulait pas pour sa fille ! Les peurs et les convictions de ma mère ont façonné son combat. Et moi je suis devenue à la fois le but et l’instrument du combat, au grand dam d’une certaine expression de ma féminité.

Vous pouvez alors imaginer combien ça a été douloureux pour moi de voir ma fille basculer en mode « princesse » vers l’âge de 2,5 ans. Tout en la laissant faire, j’exprimais ma désapprobation, voire mon mépris, pour ce modèle-là, par des petites phrases, tantôt dites à l’enfant, tantôt à l’assistance, qui ne devait surtout pas croire que je cautionne ça, moi, ex garçon manqué et mère féministe. Et puis bizarrement, lorsque mon fils a commencé à mettre les bijoux de sa sœur, ses barrettes et ses robes de princesse, c’était OK pour moi et surtout qu’on ne vienne pas me chercher pour me dire que « c’est un garçon » ! Mais alors ça veut dire que… mais oui (putain), ça veut dire que les peurs de ma mère sont aussi les miennes et que je suis en train de transformer mes enfants en outils de revendication sociétale, exactement comme elle l’a fait avec moi (putain) !

Ma fille, depuis deux ans, n’a pas mis un seul pantalon pour aller à l’école. On nous a demandé un jeans l’année dernière pour le spectacle de théâtre, sa prof a été très étonnée d’apprendre que ma fille n’en avait pas ! C’est robe toute l’année, qu’il vente ou qu’il pleuve, d’ailleurs elle m’a dit à ce propos : « le froid est pour moi le prix de la liberté ». Et l’année dernière c’était bijoux en plus : bague, collier, bracelet, boucles d’oreilles, parfois couronne sur la tête. Je n’ai jamais rien dit de méprisant, je l’ai laissée vivre ce qu’elle avait à vivre, explorer ce qu’elle avait besoin d’explorer à travers ce comportement vestimentaire. Besoin d’appartenance ? d’affirmation de sa différence vis-à-vis de moi ? de briller de mille artifices ? Je dis oui à tout. Je dis oui au droit de ma fille d’être celle qu’elle choisit et ce dès son plus jeune âge, j’ai du mal avec la conception âgiste de la liberté.

« Mais alors quand est-ce qu’on éduque ? Jamais ?» me direz-vous. Oui, jamais ! Éduquer c’est aliéner, ce n’est pas moi qui le dis, c’est Alice Miller (et je suis absolument d’accord avec ça). Même éduquer au féminisme c’est aliéner, c’est détourner l’enfant de ce qu’il a l’élan de vivre, d’exprimer, d’expérimenter, à cause de ses propres peurs de parent. Mais avoir des enfants c’est aussi ce partage de valeurs, je ne sauras nier ça, alors comment faire ? En commençant par comprendre que le partage va dans les deux sens et que, naturellement, si vous êtes convaincu.e.s que l’univers de votre enfant – que ce soit les princesses, les chevaliers, les Pokemons – ne vaut pas un kopeck, alors que vous vous détenez la vérité absolue, ça ne va pas marcher : vous allez immanquablement éduquer, c’est à dire projeter sur votre enfant votre personnalité. Si en revanche vous prenez le temps de considérer que cet Autre a un univers différent du votre, un univers qui lui procure plaisir, sécurité, confiance etc., et que vous avez envie de partager ça avec le petit Autre, là vous pourrez être authentiquement vous, avec vos besoins et aspirations, sans craindre d’aliéner cet Autre. Parce que là, vous pouvez toujours dire « moi je préfère me déguiser en dragon et je te prends sur le dos ma princesse, on va faire la tournée des bars, euh, des magasins de bonbons bio ! ». Vous voyez ? C’est très différent que de dire « les princesses c’est nul ». L’idée c’est d’exprimer son opinion sans dévaloriser celle de l’enfant.

En parentalité bienveillante on parle énormément du respect des besoins des enfants. Je pense que l’on peut y inclure celui-ci : j’ai besoin que tu me laisses traverser différentes phases autour de la construction de mon image et de mes goûts, aussi kitsch et contraires à tes convictions celles-ci puissent être. Seulement comme ça je pourrai me construire selon qui je suis moi, sans être aliéné.e par toi. Ton influence est de toute manière énorme, vu que je vis avec toi, que tu es ma figure d’attachement et que je te modélise énormément. Ça laisse déjà peu de place à ce qui est authentiquement à moi, préserve cette place de ton influence, s’il te plait.


  1. Acheter d’occasion permet de préserver des ressources.
  2. Cette vidéo illustre un peu ce que je veux dire. C’est peut-être sincère mais j’en doute quand même beaucoup. Et au lieu d’y voir une jeune fille éveillée, j’y vois plutôt une enfant-perroquet, complètement instrumentalisée. Mais peut-être que je me trompe.
  3. Il y a toujours besoin d’être féministe, en Grèce et partout dans le monde.

Ça marche !

Par Kristel

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Je me « convertis » petit à petit (depuis la naissance de mon deuxième enfant, pardon à ma première) à l’éducation positive, bienveillante, respectueuse, ou ce que vous voulez, du moment qu’il n’y a pas de violence physique ou verbale, d’humiliation ou autre joyeuseté de ce genre, même si ce n’est pas fort et que ça ne fait pas mal.

Non, que ma fille ait été battue, mais elle n’était pas écoutée et respectée dans ses besoins et ses envies comme une personne à part entière. Nous, ses parents, nous savions mieux qu’elle ce dont elle avait besoin, ce qui est vrai pour certains sujets, mais quand même, il y a des limites à la toute-puissance parentale.

Bref, là n’est pas vraiment le sujet. Je voulais juste raconter une petite anecdote pour montrer que mes efforts (parce que oui, pour moi, c’est du boulot) sont récompensés :

Nous sommes un samedi, chez les grands-parents, avec la visite des cousins. Les enfants jouent au jardin après le repas quand vient l’heure de la sieste de mon petit… je me demande déjà comment je vais le convaincre de rentrer à la maison. Mais il a encore vraiment besoin de sieste.

Je vais donc le voir et lui annonce que c’est l’heure de la sieste. Il m’oppose un « non » bien convaincu. Je lui dis que je lui laisse encore deux minutes pour finir son jeu et que je reviens le chercher. Je me vois déjà le prendre de force dans mes bras, l’entendre hurler, se débattre, ce qui risque de tellement l’exciter qu’il ne dormira pas.

Lorsque je reviens, je me mets devant lui, à sa hauteur et je lui rappelle que les deux minutes sont passées. Bien entendu, il me dit encore non, qu’il ne veut pas faire la sieste. Et là, dans un sursaut de lucidité (et sans doute une illumination-souvenir de ce que j’ai lu dans un bouquin sur la parentalité positive), je lui demande quel livre il veut lire avant la sieste, T’choupi ou Peppa ? Et oh miracle ! Le voilà qui me donne la main et m’accompagne à l’intérieur, droit vers sa chambre et ses livres ! Et là, après le rituel habituel, un coucher dans le calme et un endormissement simple et rapide. C’est tellement plus valorisant pour tous les deux qu’une démonstration de ma force.

Et me voilà, débordante d’amour et de reconnaissance pour ce petit bout qui me montre combien j’ai raison de me remettre en question chaque jour, de m’informer, de ne pas rester enfermée dans les schémas des autres mais de me construire avec lui et sa sœur dans mon rôle de parent, en me faisant confiance et en leur faisant confiance à eux.

C’est génial d’être une maman. Fatiguant. Mais génial. Surtout quand ça marche…

Première Nuit

Par Lise

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Première nuit sans toi. Brusquement, ce soir, tu es partie dormir « dans ton lit de grande fille ». Nous voilà allongés dans une solitude oubliée. Dans le silence se détache en négatif la courbe sonore de ta respiration. Son absence m’assourdit. Pas de petits mouvements endormis, ni de ces petites phrases que tu lâches entre deux sommeils. Ce soir, je n’arrive pas à m’endormir. Ton papa se tourne et se retourne. Tu manques à notre « bateau-lit » dans lequel nous avions pris tous les trois l’habitude de nous blottir nuit après nuit. Comme ces deux années et demi ont passé vite… Les premières nuits ont été éternelles, détournant notre attention de la brièveté réelle que cela aurait, au bout du compte. Oui, j’ai rêvé et attendu le moment où, enfin, je pourrais dormir sans être réveillée une seule fois par tes appels. Mais j’ai pris soin de ne pas oublier combien le temps passait vite et combien les instants blottis dans l’obscurité contre ton petit corps tiède ancré contre le mien étaient précieux. Bien m’en a pris, car désormais tout cela est fini. Tu as trouvé dans ces instants magiques la force de t’envoler et de te passer d’eux. Tu dors paisiblement de l’autre côté de la cloison. Tu n’es pas inquiète, ni déchirée, tu sens autour de toi le lien indéfectible que nous avons construit en navigant vague de tétées après vagues de tétées sur notre merveilleux navire à trois matelots. Demain, aux premières lueurs, tu nous y rejoindras, reposée et gaie, et nous t’embrasserons, fiers de toi. Ce soir, il n’y a que nos deux souffles, que nous étouffons un peu pour être sûrs de t’entendre si tu appelais. « Et tu imagines, quand ce sera sa chambre de grande adolescente qui sera vide ? » Nous nous regardons. Tu n’es pas si loin encore, ce soir, et nous voilà, ton père et moi, sur le pas de ta porte, à te contempler dormir tant qu’il est encore temps.


Edit : ce texte fut écrit le temps d’une étrange parenthèse, qui dura… une nuit ! Un an plus tard, mademoiselle est toujours dans notre chambre, pas décidée à la quitter. Et alors ? En le relisant, je perçois à nouveau combien ceci a peu d’importance. Un jour, elle partira, et tout ce qui compte, c’est qu’elle le fasse avec sérénité !

Quelques outils pour faire face aux colères des 2-3 ans

Par Vicky

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Concernant les enfants des 2-3 ans, les colères semblent être le problème face auquel les parents nous nous sentons le plus démunis. Avant de parler des colères, il me semble important de faire une grande parenthèse sur la fameuse « phase d’opposition » car la frustration qu’elle engendre, de part et d’autre, est source d’une bonne partie des colères des enfants… et des parents !

Tout d’abord j’ai un scoop pour vous : la phase d’opposition n’en est pas une ! Oui, vous avez bien lu, la période du non n’est pas une phase d’opposition au parent, bien que l’enfant s’oppose. En réalité il s’agit de la période de l’émergence du désir propre de l’enfant. L’enfant s’oppose à son parent parce que le temps est venu pour lui de sentir le contour de lui-même, de ne plus être le prolongement de sa mère et de son désir à elle. Ainsi, l’enfant dit non au désir de la mère pour avoir l’occasion de sentir ce qu’il veut lui, peut-être qu’il veut la même chose mais, tant qu’il ne s’est pas opposé, il ne peut pas le savoir. Il a besoin de décider. On entend souvent que pendant cette période l’enfant cherche les limites, nos limites. L’enfant cherche effectivement les limites mais pas les nôtres : les siennes. Il cherche les limites de sa propre personne, telle qu’elle se définit par ses désirs, ses capacités et son pouvoir personnel.

Le parent vivant cela comme un affront et comme une remise en question de son autorité, pense que l’enfant veut prendre le pouvoir dans la maison et fait tout pour ne surtout pas lâcher ses acquis parentaux ! Bonne nouvelle : votre enfant ne prépare pas un coup d’état ! Plus on accompagnera cette phase avec bienveillance, moins longtemps on y sera confronté. Le mieux c’est de ne pas rentrer dans un jeu de pouvoir où l’on essaierait d’asseoir une autorité, car cela est absurde pour l’enfant. L’enfant n’est pas en train de chercher à prendre le pouvoir sur nous mais sur sa personne. Ainsi lorsqu’on s’oppose systématiquement à son désir, le message que nous lui faisons passer c’est : « tu n’as pas le droit de vouloir, de penser et de ressentir par toi-même ». « Casser » l’enfant pendant cette période cruciale donnera à coup sûr l’un des ces deux résultats : l’enfant soit il se fixera sur cette « phase d’opposition » pour toujours, développant ainsi une personnalité rebelle, soit il se soumettra, développant une tendance à la soumission.

Si vous observez attentivement, vous constaterez que cette période est suivie par celle du « moi tout seul ». En effet, lorsque l’enfant a acquis la capacité de savoir ce qu’il veut, il veut le faire par lui-même. C’est sur le chemin vers l’autonomie que nous l’accompagnons tout au long de ces turbulences ! C’est même une formidable occasion pour nous, parents, de sentir aussi les limites de notre volonté et la légitimité des tas de choses que nous imposons à nos enfants, contre leur volonté. Lâcher sur les choses pas importantes, permet à l’enfant de se connaitre et de se construire, et à nous de sortir des jeux de pouvoir dans lesquels nous rentrons presque instinctivement.

J’ai fait un détour par la période du non parce que je pense que comprendre que l’enfant n’agit pas contre nous, nous permet de prendre du recul, de manière à pouvoir gérer nos propres émotions (souvent de colère) pour faire face à la colère de l’enfant. Car à ce moment-là il s’agit d’aider l’enfant.

Un enfant en bas âge peut déclencher une colère pour des tas de raisons : fatigue, frustration exogène (on m’empêche de…) ou frustration endogène (je n’arrive pas à…), douleur… Et très souvent il peut aussi partir dans une colère monstre sans qu’on ait eu le moindre élément de compréhension rationnelle. L’expérience montre que quand la colère est là, peu importe ce qui l’a déclenchée, on ne peut pas faire marche arrière généralement. Car l’événement déclencheur n’est qu’un prétexte pour vider le trop plein d’émotions (et cela est souvent vrai pour nous adultes aussi). Mais le cerveau du jeune enfant n’est pas encore suffisamment équipé pour faire face à cela et c’est le déluge émotionnel. Alors il crie, il tape, il se roule par terre, il se cogne la tête… Tout est bon pour vider le trop plein d’émotions. Et pendant que lui ou elle vide son réservoir, on dirait que nous, nous commençons à remplir le nôtre ! « J’en peux plus ! » « Ça commence à bien faire ! » « Mais tu vas te taire ? » « Qu’est-ce que tu veux ? » « Tu me gonfles ! » J’ai déjà dit tout ça, et même plein de fois…

J’ai deux enfants. Il se trouve que le deuxième est né fâché, j’ai donc eu des centaines d’occasions pour m’exercer à la gestion des colères ! À vrai dire ça ne fait pas très longtemps que je suis vraiment opérationnelle ! Mais avec le temps j’ai acquis quelques vrais outils et je tiens à vous les partager.

Outil n°1 : l’empathie la vraie. Pas l’empathie en tant que posture. Et comment est-ce qu’on arrive à ça ? Ce qui a été le déclencheur pour moi c’était de comprendre profondément (intellectuellement) que lorsque mon enfant est en crise il est le premier à souffrir de ce qui le traverse. Quand je me mets en colère moi aussi parce que je n’en peux plus des cris et de ma propre impuissance, je rajoute à sa peine la culpabilité et le sentiment d’être incompris. Je triple sa peine, et du coup la mienne vu que je rallonge la crise. Lorsque j’ai compris à froid et à tête reposée cette simple réalité-là, je suis devenue capable de me placer à 100% du côté de mon enfant lors d’une crise émotionnelle. Je ne me suis plus jamais mise en colère face à ça, car j’ai considéré que mon rôle était de l’aider à s’en sortir. Je suis donc devenue alliée, pas persécutrice. J’estime que gérer sa propre colère dans des situations comme celle-ci (enfant en crise) n’est pas très aidant. Ce qui est aidant c’est de ne plus se sentir en colère. Selon notre propre histoire cela peut être plus ou moins atteignable, mais parfois la seule prise de conscience de la réalité de la situation peut suffire. Essayez !

Outil n°2: l’humour et l’imaginaire. Mon enfant a eu la bonne idée d’emprunter à la crèche le livre « La colère du dragon ». Un petit garçon raconte comment il se transforme en dragon lorsqu’il est en colère. Nous l’avons lu et relu, et relu même ! A partir de là, quand je vois un début de colère poindre je dis « Oh-oh on dirait que le dragon arrive ! Est-ce qu’il est là ? », après je fais des bruits de grognement, je lève les bras, enfin j’essaye d’imiter un dragon… La plupart du temps il rentre dans le jeu et ça finit en bataille sur le lit. Si cela n’est pas suffisant parce que la colère semble un peu plus importante je prends son rôle. Je commence à dire ce qu’il dit d’habitude : « arrête ! maman me parle pas ! », je fais comme si je voulais le taper, je me roule par terre… Au début il m’observe, il est entre le rire et les larmes et puis ça finit en franche rigolade. La crise est désamorcée et les émotions peuvent s’évacuer par le rire. Le rire est un puissant mécanisme de décharge du stress. Alors à choisir…

Outil n°3: raconter ce qui se passe. J’ai découvert un truc génial, un soir en vacances, alors que mon enfant était en pleine crise depuis une demi heure et que rien n’y faisait. J’ai dit au papa en présence de l’enfant :

 « T’as vu comme il est en colère A. ce soir ? »

« Ah oui, j’ai bien remarqué, il pleure depuis tout à l’heure, il est inconsolable ! A ton avis c’est dû à quoi ? »

L’enfant avait arrêté de pleurer et nous écoutait. Alors je réponds :

« A mon avis il pleure parce que telle chose est un peu compliquée pour lui, et puis il y a ci, et puis il y a ça… »

« Je comprends, moi aussi à sa place je serais triste et en colère, moi aussi je pleurerais »

« Tu as vu ? Il s’est calmé… »

« Moi à sa place je voudrais un câlin maintenant »

« Papa je veux un câlin »

Je me suis sentie tellement fière de cette astuce et à la fois je mesurais tout ce temps perdu sur les crises précédentes, alors que c’était tout simple. L’enfant a arrêté parce qu’il s’est senti parfaitement compris. Comme le papa n’est pas toujours là, je me sers du doudou, ou même de ma main ! Je discute avec doudou de ce qui est en train de se passer et de ma compréhension de la situation. C’est radical.

Je vous ai dit que mon enfant « est né fâché ». Il avait vraiment cette expression, sourcils constamment froncés dès son premier jour. Quand sa sœur l’a vu pour la première fois elle a demandé pourquoi il était fâché. Ça nous a bien fait rire mais par la suite j’ai été amenée à repenser à cette phrase des tas de fois. Il se mettait en colère très souvent, je ne le comprenais pas, je ne savais pas quoi faire. Je me suis posée des tas de questions, sur la grossesse, sur ma façon d’être, sur mes émotions à moi, la psychogénéalogie. On a  lui a raconté ce qui avait merdouillé pour moi comme pour lui, on a essayé l’homéopathie, le psy, le kiné, même une énérgéticienne, pourtant ce n’est vraiment pas ma tasse de thé. Parce que, comme beaucoup de mamans, je pensais que mon enfant avait un problème et que ça venait forcément de moi. Donc je devais trouver une solution! Je ne comprenais pas ce qui faisait qu’il était autant en colère. Aujourd’hui je pense que le plus important c’est d’accepter que cet enfant ait ce fonctionnement-là et de ne pas considérer cela comme forcément problématique. Je me suis longtemps débattue avec l’idée du tempérament car je pensais que rien ne vient du hasard. Je le pense toujours mais de manière plus nuancée: rien ne vient du hasard mais il y a des tas de choses dont je ne connaîtrai jamais l’origine et qui ne sont pas et ne seront jamais sous mon contrôle. Alors le fait que mon enfant soit enclin à la colère je l’accepte, je lui reconnais ce droit, et tant que son petit cerveau n’arrive pas à faire le travail de l’apaisement tout seul, je lui offre mon soutien entier et inconditionnel pendant ces moments difficiles.

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