L’enfant dans la migration : apprendre le français, communiquer en français

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Par Michela

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Mon fils a commencé a fréquenter l’école maternelle en septembre, deux jours après notre arrivée en France. Il a du s’adapter à l’école (première insertion dans le système scolaire), à un nouvel environnement, à une nouvelle manière à vivre (en famille monoparentale loin des grands-parents) et à une nouvelle langue.
 
C’est un enfant sociable, très habitué au changements et à rester avec des personnes différentes : quand il avait 6 mois j’ai repris mon travail et pendant que je travaillais il restait avec son papa. Son père est marocain et il lui parlait en arabe aussi. Après ma séparation d’avec son père, j’ai eu la garde exclusive, et Achille et moi avons déménagé une première fois dans un autre appartement, puis une deuxième chez les grands-parents et finalement (pour le moment du moins) nous vivons ici en France. Il voit son papa sur Skype et, de temps en temps, en Italie pendant les vacances scolaires.
 
Au début de l’année les maîtresses m’ont exprimé leur préoccupation quant au fait qu’Achille ne comprendrait pas beaucoup les consignes, les règles, les explications. Elles me conseillaient de parler français avec lui pour le faire avancer plus vite dans l’apprentissage de la langue. En réalité, par choix, j’ai préféré garder l’italien. Et tout de même, en quelque mois il a appris pas mal de français : évidemment il n’a pas un très grand vocabulaire, étant donné son âge, mais il s’exprime bien dans les deux langues, qu’il sélectionne désormais selon l’interlocuteur. Souvent il corrige ma prononciation très italienne du français, surtout les nasales, la différence entre OU et U et le R pas bien français.


J’ai une formation en médiation culturelle et j’ai travaillé aussi dans le milieu scolaire en Italie. J’ai déjà observé la manière dont l’apprentissage d’une langue seconde, en particulier dans le processus d’immigration dans un pays étranger, est très lié à la sphère des émotions. En réalité les plus récentes méthodes de la didactique des langues étrangères (pour enfants et adultes) tiennent bien compte de cela : l’apprentissage d’une langue étrangère ou langue seconde implique en particulier la partie droite du cerveau et l’amygdale (partie du cerveau qui gère les émotions). De mon point de vue, l’apprentissage de la langue lors de la migration peut être un indicateur de la façon dont l’enfant vit l’inclusion dans la réalité de l’école et de la société, encore avant d’être un moyen pour s’intégrer.
 
En fait, d’éventuels problèmes liés à la double appartenance linguistique et culturelle ne se posent pas avec un simple contact entre deux langues différentes, mais ils peuvent survenir à un niveau psychologique pour plusieurs raisons. Le niveau de compétence linguistique différent, par exemple, peut entraîner une certaine distorsion dans les relations familiales : parler la langue seconde mieux que les parents et avoir plus de contacts sociaux peut rendre ces enfants les interprètes, la « voix », de leurs parents, leur faisant ainsi assurer un rôle déséquilibré au sein de la famille. Si la langue maternelle et la culture des parents sont également ignorées par l’école et dévaluées par la société, la situation empire. Ce sont des situations qu’on peut chercher à comprendre et analyser quand elles se présentent, mais c’est n’est pas en omettant la langue d’origine qu’on peut leur faire face.  La langue maternelle dans la migration, précieuse et fragile, reste tout à fait cruciale pour un développement sain de la personnalité de l’enfant.
 
Bien que, au premier abord, il semble parfois difficile dans une situation d’immigration dans laquelle on voit l’ « urgence », d’apprendre la langue d’origine du pays d’accueil, sur le long terme le développement du bilinguisme est toujours un enrichissement pour la croissance de l’enfant, qui s’ habitue à gérer la communication et à «lire le monde» (chaque langue porte avec elle une vision différente du monde) avec des systèmes linguistiques différents. 
Désormais, j’aime voir qu’Achille non seulement passe d’une langue à l’autre sans soucis particuliers, mais aussi qu’il prend visiblement plaisir à répéter les nouveaux mots, poser des questions, interroger sur les significations et s’amuse en faisant des blagues en utilisant les traductions entre une langue et l’autre.
Cela me fait penser à cette phrase de Giuliano Scabia, dramaturge et écrivain italien : « Le langage est un être vivant qui habite en vous, et si vous le caressez et jouez avec lui il vous donnera le bonheur.».

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