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Compte-rendu de la conférence d’Olivier Maurel

Par Lise et Marie

Nous avons eu l’honneur de recevoir Oliver Maurel qui est venu nous faire une conférence vendredi 25 Avril, à l’occasion de la 10ème journée de la Non-Violence Éducative sur le thème : Pourquoi et comment s’orienter vers une éducation sans violence ? Comme promis, en voici un compte-rendu.


Olivier Maurel est né en 1937. Il était près de Toulon lors de la guerre, et a été témoin de combats près de chez lui, ainsi que de la déportation et des récits de sa sœur ainée. Marqué par ces faits, devenu professeur de lettres, il s’est interrogé sur ce qui pouvait être à l’origine des la violence chez les humains et découvre les ouvrages d’Alice Miller, en particulier « C’est pour ton bien ». C’est à la demande de cette dernière qu’il a rédigé son premier livre, « la Fessée ». Il est également le fondateur de l’Observatoire de la Violence Éducative Ordinaire.

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Il observe que, dans les pays où les enfants sont davantage frappés, la situation se répète, car elle apparaît comme la normalité aux nouveaux adultes. Ces méthodes d’éducation s’apparentent pourtant, dit-il, à un virage dangereux à signaler.

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Compétences et comportements innés de l’Homme

 

L’Homme est, nous dit Olivier Maurel, un animal social, doué de compétences innées, qui se développent seules, avec le soutien de l’adulte. L’organisme sait qu’il ne peut pas vivre seul. Cela se décline en quatre capacités :

  • Les enfants agissent dans la mesure où l’attachement leur est absolument nécessaire (John Bowlby (1)). En effet, le fait que le nourrisson cherche à téter dès la naissance est le premier des comportements relationnels, lié également à la production d’ocytocine, cette hormone de la tendresse, chez la mère. De même, les pleurs de l’enfant bras tendus vers l’adulte, et le physique séducteur des bébés ont pour rôle d’éviter un abandon qui signifierait la mort.
  • L’imitation est caractéristique de tous les enfants. On parle de neurones-miroirs, qui enregistrent les comportements observés et se préparent à reproduire le geste, toujours dans un rôle lié à la relation avec l’entourage.
  • Dès leur plus jeune âge, les enfants sont capables de manifester de l’empathie, ils peuvent identifier les émotions et les intentions des autres. Ainsi en témoigne l’observation des bébés qui se mettent parfois à pleurer tous en même temps dans les maternités.
  • Les jeunes enfants font preuve d’un altruisme spontané. Ils ont des capacités de consolation, et apportent naturellement leur aide à l’adulte s’ils remarquent que c’est nécessaire, par exemple lorsqu’ils voient un adulte trop chargé pour ouvrir la porte de l’armoire (Warneken, voir la vidéo ci-dessous).

 

 

En outre, les enfants manifestent des capacités de réflexion précoces, qui, par exemple, leur permettent de réfléchir à un ordre avant d’agir et de ne pas obéir s’ils ne trouvent pas de raison à le faire. De même, ils manifestent une préférence pour les figurines de jeu qui ont offert leur aide aux autres qu’à celles qui ont des rôles négatifs.

Pour vivre, l’enfant est prêt à s’adapter à tout, y compris à son environnement éducatif, quel qu’il soit, pour garder un lien avec ses parents. Ainsi, les neurones se connectent en fonction de l’éducation reçue, qui peut, par exemple, induire la peur, un manque de confiance dans les autres et en soi… L’enfant n’ayant pas de point de comparaison, il croit ce qu’on lui dit, y compris si on lui affirme qu’il est méchant, paresseux… Ainsi, l’enfant frappé continue à aimer ses parents, mais il cesse de s’aimer lui-même.

 


Définition de la violence éducative

 

Olivier Maurel nous décrit la violence éducative comme un iceberg. L’iceberg figure la différence entre violence éducative et maltraitance : la partie émergée figure la maltraitance reconnue (qui dépend de la société dans laquelle on vit. En France, on considère par exemple que si la fessée est admise, il n’en est pas de même pour des coups de bâtons). Sous la mer, toutes les formes de violences destinées à l’éducation des enfants.

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36 pays ont fait totalement émerger cet iceberg en interdisant toute forme de violence. L’UNICEF a obtenu que dans la majorité des pays, la violence à l’école soit interdite. Il reste donc plus de 150 pays où on continue, parfois dans les écoles aussi, parfois seulement à la maison, à employer la violence. Dans les sud des Etats-Unis, par exemple, on peut utiliser une latte de bois pour corriger les élèves (Olivier Maurel nous dit posséder un exemplaire qui lui a été envoyé).

Parallèlement à la violence physique, il y a aussi la violence verbale, celle qui consiste à asséner à l’enfant des « tu es nul », « tu feras le trottoir », comportant les insultes, le chantage… Et la violence psychologique (manque d’attention, attitudes méprisantes, etc).

Pour reconnaître s’il s’agit de violence, il suffit de se demander si on supporterait un tel comportement de la part de quelqu’un qu’on aime. Si ce n’est pas le cas, ce n’est pas bon non plus pour l’enfant.

La banalisation de la violence éducative provoque une sorte de mépris des enfants. L’idée qu’il faut corriger les enfants remonte à fort loin : la Bible contient une douzaine de proverbes qui recommandent de frapper les enfants, St Augustin invente au 4ème siècle le péché originel, Freud décrit les enfants comme parricides, porteurs d’inceste, Kant écrit que L’homme a été taillé dans un bois si tordu qu’on n’en pourra jamais tirer quelque chose de tout à fait droit.» De tout cela perdure l’idée que seule la violence peut fonctionner pour redresser l’enfant (corriger = rendre droit), cela reste présent dans le vocabulaire et dans la culture. Ainsi : « une bonne fessée n’a jamais fait de mal à personne »… Quant aux enfants, ils seront affublés de termes comme « mouflets, morveux, chiard, merdeux, pisseuse… » qui n’ont pas une étymologie très tendre…

La violence éducative se transmet aussi par les neurones miroirs, et enseigne la violence. Lorsqu’elle est utilisée lors de petits conflits, elle enseigne à lier conflit et violence. Elle entraîne l’impulsivité à laquelle on s’habitue dès l’enfance, au lieu de montrer le conflit comme quelque chose de normal, y compris quand on s’aime, et qui peut être une bonne chose quand on le dépasse.

Olivier Maurel nous dit qu’un des rôles essentiels des parents est de permettre le découplage entre conflit et violence.

 


 Les conséquences physiques et mentales de la violence 

 

  • Le stress est une des principales conséquences physiques causées par la violence. A l’origine, le stress est un moyen de défense face au danger, qui provoque fuite, paralysie ou défense. Il se caractérise par un flot d’hormones qui apporte à l’organisme plus de sang de sorte à préparer les muscles à réagir. Or, des études menées sur des rats montrent que si on ne peut ni fuir ni se défendre d’un stress répété, le système digestif s’altère. Les hormones de stress (cortisol et adrénaline) pourraient détruire les capacités cognitives ; le système immunitaire est également atteint, ainsi que la croissance, délaissés au profit de la préparation de l’organisme à lutter contre le danger.
  • Sur les capacités relationnelles : en ce qui concerne l’attachement, s’il est mélangé aux réactions de violence dans la famille, l’enfant risquera de mêler les deux, ce qui augmentera la possibilité qu’il reproduise ce schéma, par exemple en violence conjugale.
  • Sur la sexualité : il semble exister une relation entre la violence éducative et le développement d’une sexualité déviante. JJ Rousseau raconte par exemple dans ses confessions que la fessée l’a rendu masochiste.
  • Sur l’imitation des comportements : d’après Olivier Maurel, on acquiert un seuil de tolérance à la violence lors de notre enfance ou de notre adolescence. Pour quelqu’un qui n’a pas subide violences lors de l’enfance, la violence est perçue comme une anomalie.

Olivier Maurel nous rappelle qu’il ne s’agit là que d’une augmentation statistique des risques et qu’il est bien sûr possible d’échapper à ces conséquences d’un point de vue individuel. Mais le fait que la violence éducative soit répétée et sur une longue période joue un rôle important. En effet, celle-ci peut débuter lors des premières « bêtises » du tout petit enfant et perdurer jusqu’à la majorité ou même après (à titre d’exemple, Olivier Maurel nous conseille le livre de Gavino Ledda, Padre Padrone).

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Olivier Maurel mentionne une étude réalisée sur des chiens, et qui montre que, lorsqu’ils sont enfermés dans une cage électrifiée dont ils n’ont pas la possibilité de sortir, ils n’ont par la suite plus l’idée d’essayer de s’enfuir lorsque cela devient possible. Il s’agit là de « détresse acquise ». Ainsi, la violence ne prépare pas à supporter la « dure vie » qui attend le futur adulte, mais au contraire, peut causer de tels comportements de passivité.

Enfin, obligé de s’endurcir pour supporter la violence, il arrive que l’enfant devenu adulte oublie cette violence qu’il a subie, ce qui entraîne également des problèmes au niveau de ses capacités d’empathie.

Les enfants sont capables d’acquérir très jeune les notions de justice et de bien et de mal. L’adage « ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’on te fasse », attribué à Confucius (probablement parce qu’il fut le premier à l’écrire), représente un principe élémentaire de la morale. Olivier Maurel nous cite une thèse réalisée sur l’emploi de cette formule, de Confucius en 500 avant J.C. à Barrack Obama en 2004. Il aura fallut attendre la fin du XXème siècle pour qu’un psychologue américain remarque que cette formule n’était jamais appliquée aux enfants : ils se retrouvent en dehors du domaine de la morale !

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Quels comportements adopter pour essayer de sortir de la violence éducative ?

Il est important tout d’abord de réaliser un travail sur soi-même dans le but de se déconditionner, en particulier d’oublier l’idée qu’il pourrait exister une bonne violence. Notons que l’enfant que l’on a été est notre base fondamentale et qu’il est important de s’y reconnecter.

Certaines thérapies peuvent être utiles pour se faire aider dans ce travail, tels que des psychothérapies, le neuro-feedback (http://www.neurofeedback-france.fr/4.html) ou encore l’EMDR (http://www.emdr-france.org/spip.php) (Olivier Maurel nous raconte avoir personnellement testé cette dernière avec beaucoup de réussite).

En situation de crise, l’adulte pourra parler d’avoir la « sensation que la main le démange », l’instinct tendant à chercher à reproduire le passé (Olivier Maurel parle du geste venant du passé à travers la main du parent). On peut alors tenter de se recentrer sur soi-même : respirer profondément pour se détendre, compter mentalement, chanter, sortir de la pièce… sont autant de petites aides pour essayer de ne pas réagir par réflexe, mais de faire passer la réflexion avant.

Il est important de se mettre dans une position intérieure de question. On peut aussi demander à voix haute « qu’est-ce qui nous arrive ? », ce qui peut aider à se calmer et l’enfant aussi.

Ensuite Olivier Maurel nous conseille plusieurs auteurs qui offrent des pistes pour trouver des solutions (2), tels que :

–          Les ouvrages d’Isabelle Filliozat, en particulier « j’ai tout essayé ! » et « Il me cherche ! »

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–          Le dernier livre de Catherine Guéguen « Pour une enfance heureuse »

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–          Jesper Juul : « Regarde… ton enfant est compétent : Renouveler la parentalité et l’éducation»

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–          Catherine Dumonteil-Kremer « Une nouvelle autorité sans punition ni fessée »

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–          PEPS magazine (en particulier le dernier numéro) : Olivier Maurel est désormais auteur régulier de chroniques pour le magazine

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Il est, en outre, primordial d’accueillir les émotions de l’enfant. Entre 18 mois et 4 ans, on parle du « pic de violence », lié au nombre important de découvertes qu’il fait au quotidien, aux émotions dont il est le centre, et que l’enfant peut manifester en donnant des coups. Cela disparaît bien avant l’adolescence et n’a rien à voir avec la violence des adolescents et des adultes, qui, elle, est acquise culturellement. Nommer les émotions peut aider le tout-petit à prendre ses distances avec elles. L’utilisation de signes de la langue des signes pourra l’aider à le faire avant de savoir parler.

Enfin, il s’agit de définir clairement notre rôle en tant que parents. Le psychothérapeute Pierre Lassus (auteur de livres sur la maltraitance des enfants) suggère les trois principes de base «  Protéger, Pourvoir, Permettre »

  • Protéger : ce qui ne veut pas dire se faire trop de souci et empêcher l’enfant d’agir, mais de mesurer ce qu’il peut faire par rapport à son âge. En effet, l’enfant se protège aussi lui-même le plus tôt possible.
  • Pourvoir : aux besoins fondamentaux physiques, affectifs et intellectuels (en utilisant le langage, en évitant le mensonge…), ce qui ne veut pas dire accéder à tous les désirs immédiatement. Ceux-là, on pourra les écouter, les noter par écrit, jouer autour par l’imaginaire… Dans ce domaine, les réponses principales seront apportées par l’exemple.
  • Permettre : laisser l’enfant aller vers un but. Olivier Maurel nous donne cette définition : « le rôle de l’autorité, c’est de savoir permettre. » Le but de l’éducation, en effet, est de conduire l’enfant à l’autonomie. Il s’agit donc d’avoir confiance en ses capacités, tout en restant lucide par rapport à son âge. Notre conférencier fait ici une distinction claire entre « veiller sur », qui rime avec bienveillance, et « surveiller », qui sous-entend méfiance.

Il faut pourtant savoir dire non, expliquer, établir des règles claires pour la vie familiale. Elles seront d’autant plus respectées qu’il y en aura aussi pour les parents à l’avantage des enfants (par exemple, « papa doit lire une histoire chaque soir ») et faites avec l’enfant.

Isabelle Filliozat propose de préférer le « stop » : qui vise un comportement et s’exprime souvent avec un visage ouvert, au « non », qui peut sonner comme un refus sur la personne, et s’accompagne de sourcils froncés. De même, il est préférable de parler positivement (« on reste sur le trottoir »), plutôt que d’employer la négation (« on ne traverse pas la route »), difficile à assimiler par les enfants, compte tenu de l’immaturité de leur cerveau.

Enfin, comme le dit Jasper Juul, on peut se demander : « si j’avais un conflit avec mon ami, comment me comporterais-je ? » pour obtenir quelques réponses quant au comportement à adopter. « Il faut rendre les conflits constructifs plutôt que chercher à avoir raison à tout prix », nous dit-il encore.

Bien sûr, tout ceci est plus facile à dire qu’à faire, d’où l’importance de se ménager un réseau de soutien : le conjoint, les livres, les listes de discussion (telles « Parents-conscients » sur Yahoo (3)), les associations (comme Grandissons (4)) pourront aider.

Quelques autres pistes lancées par Olivier Maurel et tirées de son expérience familiale : écrire les difficultés du moment (permet de prendre du recul par rapport à la situation présente) ou encore se dire que c’est le regard qu’on lui porte qui peut causer les difficultés de l’enfant, créant un cercle vicieux, et essayer de changer ce regard.

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 Les questions du public 

(Nous ne citerons que des pistes de réponses, par soucis de concision)

1 –      A propos du pic de violence chez les enfants : comment gérer la violence entre frères et sœurs en tant que parent ?

L’arrivée du 2ème enfant peut parfois être à l’origine de la violence éducative (système de protection du plus jeune). Suggestion de la lecture de « Frères et sœurs sans rivalité » d’Adèle Faber et Elaine Mazlish

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2 –      Quelles alternatives à la punition ?

Olivier Maurel cite en particulier le dernier numéro de PEPS qui parle entre autres des alternatives aux punitions et aux récompenses.

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3  –      Loi d’interdiction de la fessée, où en est-on en France ?

Olivier Maurel suggère de voir le documentaire de Marion Cuerq « si j’aurais su… je serai né en Suède ! » (on en a parlé ici même).

4  –      Y’a-t’il un lien entre l’éducation que l’on reçoit et la non-réaction à une scène d’agression ? (au sujet de l’agression dans le métro à Lille)

Difficulté de réagir dans un groupe parce qu’on a tendance à attendre que quelqu’un réagisse à notre place.

Etude sur les Justes (personnes qui ont recueilli, protégé ou défendu des personnes menacées durant la période du Régime de Vichy).

5  –      Que penser des cris ? Est-ce traumatisant pour les enfants de crier?

Dans PEPS magazine, Anne-Marie Bosems suggère de transformer les cris en manifestations théâtrale (voir article « La Castafiore », rubrique Anti-pétage de plombs dans le numéro 6 ).

castafiore« Oui, je l’avoue, parfois j’aimerais que le pyjama qui traîne au milieu du salon soit ramassé par son propriétaire, que le départ pour la médiathèque se fasse vite et bien ou que les bagarres s’arrêtent. Entre autres choses qui m’agacent et pour lesquelles je souhaiterais une coopération enthousiaste de toute ma tribu ! Le plus souvent, je parle plus fort, je crie même parfois. […] Mais dans les très bons jours, c’est-à-dire quand j’ai de l’énergie et que je suis joyeuse, je réussis souvent quelque chose d’épatant : je chante. […] il ne faut pas hésiter à faire la Castafiore […] elle prend des poses, le dos de la main sur le front, elle est prête à défaillir… C’est à la fois un moment de détente, une bouffée d’oxygène, un éclat de rire et un moment de coopération. »

 

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6 –      Enseignante confrontée à 30 enfants de 3 à 5 ans : situation anti-naturelle, existe-t-il des solutions pour qu’elle soit plus sereine ?

Piste : témoigner du respect, voire de l’affection, pas vraiment de réponse…

 


Conclusion

Peu de temps avant le début de la conférence, Olivier Maurel nous a parlé d’une émission de France Inter où il était invité avec Aldo Naouri (un pédiatre s’étant récemment illustré pour son apologie du viol conjugal (6)) pour débattre sur le thème « Faut-il être un dictateur avec ses enfants ? ». Autant vous dire que l’on se rend compte très rapidement, rien que dans la forme des prises de parole de l’un et de l’autre, dans quel camp se situe la violence… (7)

Un grand merci à Olivier Maurel pour sa venue, la clarté de son exposé et sa gentillesse. Merci également au public (8) venu nombreux et ses excellentes questions qui ont fait avancer la réflexion.

 


 

Notes en bas de la page :

 

(1) Nous reparlerons d’attachement ici très bientôt.

(2) Nous avons quelques livres d’Isabelle Filliozat, d’Alice Miller et d’Olivier Maurel dans notre bibliothèque de prêt.

(3) Nous avons nous aussi listé un certain nombre de ressources sur notre page Education non-violente.

(4) oui, oui, nous sommes là aussi pour ça !

(5) Vous pouvez aussi aller consulter la page fb 21 jours sans crier sur mon enfant 

(6) Pour en savoir plus : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/820245-violez-la-l-etrange-humour-du-pediatre-aldo-naouri-et-la-complaisance-de-elle.html

(7) Emission radio France Inter « ça vous dérange » 2008 : Olivier Maurel et Aldo Naouri. En 4 parties :
1 : http://www.dailymotion.com/video/x6eilb_fr-inter-ca-vous-derange-060808-pt1_lifestyle#.UWMlsJONhqc
2 : http://www.dailymotion.com/video/x6ek9c_fr-inter-ca-vous-derange-060808-pt2_lifestyle#.UWMlzJONhqc
3 : http://www.dailymotion.com/video/x6ekcy_fr-inter-ca-vous-derange-060808-pt3_lifestyle#.UWMl4JONhqc
4 : http://www.dailymotion.com/video/x6ekf1_fr-inter-ca-vous-derange-060808-pt4_lifestyle#.UWMl85ONhqc

(8) Merci spécialement à Ludivine qui a très rapidement mis son résumé en ligne, il nous a aidé à organiser notre compte-rendu.

Je ne frappe pas ma fille

Par Ariane

[Nous accueillons ici le témoignage d’Ariane sur la non-violence éducative. Grandissons est tout à fait réceptive à ce genre de choses : cet espace est aussi une tribune, n’hésitez pas à nous contacter si vous voulez partager vos textes.]

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Je ne frappe pas ma fille parce que je ne vois pas pourquoi je la frapperais. Parce que je ne peux concevoir qu’on aime et qu’on frappe. Parce que je trouve que la violence n’est jamais une solution, et qu’on n’éduque pas avec la violence. Je me trouverais bien bête d’expliquer à ma fille qu’on ne tape pas après lui avoir collé une fessée. Je ne pourrais pas supporter de voir dans ses yeux l’incompréhension, l’injustice, la douleur. Je ne supporterais pas qu’elle ait peur de moi.

Je respecte ma fille. Je pense qu’élever un enfant, ce n’est pas le façonner, le réduire, le maintenir, le diriger. Je conçois la parentalité comme un accompagnement, et le parent comme un guide. Je suis d’abord là pour protéger ma fille. Je ne pense pas que cela soit compatible avec la violence.

On ne frappe pas un animal ou un adulte, pourquoi frapper un enfant qui est vulnérable, qui ne mesure pas ses actes, qui doit passer par quantité d’étapes et de degrés de conscience, et qui a besoin d’affection, de confiance, d’explications, de respect ?

Au-delà de cet aspect-là, de la dimension inique qu’a pour moi la violence « éducative », il y a tout simplement cette réalité-là : elle ne fonctionne pas. Les fessées, gifles et autres défoulements parentaux ou preuves de domination, n’ont pour effet que de susciter un trouble mental chez l’enfant : on peut m’aimer et me frapper. Cela a pour résultat de casser l’empathie, réfréner l’expression saine de ses sentiments et de ses émotions, d’obéir non par raison mais par peur du châtiment, de ne pas respecter mais craindre ses parents, de perdre confiance, de se blinder, et de se détester soi-même puisque les parents ont toujours raison et que s’ils le frappent, c’est bien qu’il est mauvais.

Les enfants qui n’ont pas été victimes de VEO (Violence Educative Ordinaire) n’en feront pas usage avec leurs propres enfants. La VEO est un modèle atavique d’éducation qui n’est reproduit que parce qu’il a pénétré profondément nos habitudes. Pourtant, on peut raisonnablement penser que des siècles de violence n’ont pu qu’être encouragés par l’intégration de la violence dès le plus jeune âge, l’acceptation de cette violence comme expression des émotions, comme punition, comme moyen de communication. Les zones de la planète où on constate le plus de violences, de guerres, de génocides, de guerres fratricides, sont aussi celles où la VEO fait partie du paysage éducatif, où elle est courante, normalisée, et même encouragée.

Je n’ai jamais eu envie de frapper ma fille de deux ans et demi. Je me mets en colère parfois, quand elle me résiste, quand elle ne veut pas mettre ses chaussures ou s’habiller, quand elle renverse dix fois son verre d’eau. Mais quand ça m’arrive, je fais une petite pause et je me rappelle qu’elle a deux ans et demi, qu’elle ne fait pas ça « pour m’embêter », qu’elle est tout simplement trop petite pour en avoir les capacités neurologiques, qu’elle éprouve ses capacités et son univers, que son cerveau est en pleine évolution, qu’il s’y créent plus d’un million de synapses par seconde, que me mettre en colère n’aura absolument aucun effet positif et qu’il vaut mieux lui expliquer calmement pourquoi j’aimerais qu’elle mette ses chaussures/s’habille/se dépêche/arrête de renverser son verre. Je me rappelle que ce n’est pas contre moi qu’elle fait des « bêtises », c’est parce qu’elle n’a pas le choix : elle a deux ans et demi. C’est une enfant. Elle apprend. Si on lui met une gifle, soit elle refera cette bêtise parce que ça fait partie de son développement normal, soit elle ne le fera plus mais par peur de la baffe. Et je remarque tous les jours avec ma fille qu’on peut résoudre les problèmes sans crier et sans violence, mais en expliquant, en négociant, et que les enfants apprennent plus vite et plus simplement quand ils ne se sentent pas menacés. C’est beaucoup plus efficace. N’attendons pas de nos enfants ce qu’ils ne peuvent pas nous donner. Les recherches neurologiques sur le développement de l’enfant nous démontrent qu’étant en évolution constante, ils acquièrent de nouvelles capacités au fur et à mesure, et qu’il y a beaucoup de choses qu’ils sont incapables de faire quand ils sont petits.

On oublie que nos enfants sont exactement cela : des enfants. Pas des adultes en miniatures. Ils n’ont pas le même cadre de référence que nous, la même perception du temps, de l’espace, l’expérience que nous avons.

Je vois des parents gronder leurs enfants parce qu’ils gigotent sur leur siège dans le tram, s’impatientent dans un supermarché, veulent mettre le pull vert au lieu du rouge : mais ça, nous le faisons aussi, et personne ne vient nous engueuler ou nous baisser le pantalon pour nous claquer les fesses. La plupart des parents que j’observe dans les lieux publics crient, stressent leurs enfants, les tirent, les poussent, les grondent, les frappent, les humilient. Leurs enfants ne font jamais rien de bien, jamais « comme il faut », sans la plupart du temps comprendre ce qu’ils ont fait de mal. Les parents leur parlent avec rudesse, mépris, « tu vas t’en prendre une, descends de là tout de suite, reste tranquille, dépêche-toi, bouge de là, tu m’énerves, tu vas y aller oui ?! » J’en ai même entendu dire « arrête de faire l’enfant ». Tout est dit. J’ai envie de leur demander pourquoi ils ont fait des enfants, et leur conseiller la prochaine fois d’adopter directement un adulte qui lui se conduira peut-être comme ils désirent. Ces enfants, stressés en permanence, et qui plus est collés devant des écrans, les yeux plein d’images ultrarapides, les oreilles remplies de sons agressifs, de publicités… Je ne suis pas étonnée une seconde de voir ces enfants devenir des adolescents agressifs, violents et qui ne remettent rien en question dans le monde qui les entoure : on n’a pas écouté ce qu’ils avaient à dire, on ne leur a pas expliqué, on n’a pas respecté leur personne.

On les a modelé-e-s : les garçons d’un côté, les filles de l’autre, ce qui est en soi une forme de violence puisqu’elle consiste à nier la personne, en imposant des activités, des jeux, des habits, et même des caractères et des sentiments à un enfant en fonction de son sexe.

On voudrait que nos enfants soient toujours « sages », qu’ils se laissent faire, qu’ils aillent où on les envoie, au gré de nos envies, et sans jamais rien en dire. Toute expression personnelle de l’enfant est taxée de caprice, un mot fourre-tout qui ne veut rien dire et qui permet de réduire la volonté de l’enfant à une intention de casser les pieds des parents.

Pour beaucoup de parents, éduquer consiste à dompter. Je pense, moi, qu’il suffit d’écouter son enfant, de le reconnaître comme une personne, mais avec des besoins particuliers, de le respecter, pour que l’éducation soit un accompagnement, et que les rapports parents-enfants soient beaucoup plus simples et agréables. Mais il faut pour cela déconstruire un schéma de pensée toxique qui s’impose à nous comme une évidence, comme il en existe tant. Mais je crois que l’évidence est là : si on veut un monde avec moins de violence, moins de stress, plus de respect et de sérénité, il faut commencer par chez soi, et commencer par les adultes de demain : nos enfants.

Compte-rendu de la conférence d’Isabelle Filliozat

Par Marie

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Grandissons était partie le  5 Avril 2014 à St Raphaël voir la conférence d’Isabelle Filliozat organisée par l’association Bébé En Conscience (que l’on remercie (1) au passage pour cette très bonne idée). On vous avait promis un résumé, le voici !


Les questions du public, voici bien une des choses ennuyeuses dans les conférences. : si c’est pendant, ça peut vite être le bazar, si c’est après, peu de personnes peuvent s’exprimer… Pour remédier à ce problème, Isabelle Filliozat nous propose de nous mettre par groupes de six et de produire une question par groupe. Elle tirera ensuite trois questions générées par le public et construira son intervention autour de celles-ci.

 

Première question : « Que faire lorsque l’enfant réagit négativement à une contrainte ? »

Elle interroge sur la réelle nécessité de poser des contraintes. Il s’agit de faire la différence entre une chose essentielle pour la santé (par exemple se laver ou se brosser les dents) et une demande du type « ranger les jouets » qui n’ont pas la même importance. Nos enfants ne sont pas particulièrement en désaccord avec ce que nous leur demandons, c’est plus souvent la forme qui leur déplaît. L’enfant a besoin, comme l’adulte, de se sentir avoir une prise sur les choses, et de faire fonctionner son libre-arbitre : « Je vais vous dire un scoop : un enfant de deux ans et demi, c’est déjà un humain ! ».

Isabelle Filliozat nous décrit une situation type : « On sait que certaines choses ne fonctionnent pas, on le fait quand même… On lui dit « mets tes bottes », il dit non et pourtant, la fois suivante, on lui redit « mets tes bottes ». […] L’enfant ne refuse pas véritablement de mettre ses bottes, il a juste envie de le décider par lui-même. » Elle suggère de dire un seul mot. Ici : « bottes ». L’enfant va mettre en marche une réflexion qui va l’amener à se dire en lui-même « tiens, oui, il faut que je mette mes bottes », ce qui le rend sujet et non objet de la situation. Elle illustre son propos en parlant de son fils adolescent qui est ainsi beaucoup plus réceptif à ce genre de demande : par exemple, l’envoi d’un SMS « douche » fonctionne bien ! [rires dans la salle]

Isabelle Filliozat nous demande ensuite quand est « l’âge du non ». Elle fait référence au chapitre sur « le non des parents » dans son livre J’ai tout essayé ! (vers les 1 ans de l’enfant) et à l’intérêt d’employer le mot stop plutôt que non.

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Deuxième question : « Un enfant de 4 ans et son petit frère de 2 ans : pourquoi le grand continue t’il de taper alors qu’il parle et qu’il est capable d’exprimer ses émotions ? »

Est-ce un problème de limites non posées ? Si l’on écoute les conseils de la voisine (ou de certains psy cathodHics), il est essentiel de « poser des limites ». Selon Isabelle Filliozat, poser des limites, en particulier au moment de la crise elle-même revient à vouloir poser un couvercle sur une casserole de lait qui bout. Or, il vaut mieux éteindre le gaz…

L’enfant a besoin d’avoir son réservoir d’amour plein. En donnant de l’attention spécifique à un enfant, on remplit son réservoir. Il n’est pas question d’amour conditionnel. Elle fait le parallèle avec une voiture : « Si tu me conduis à bon port, je mettrai de l’essence dans ton réservoir. « Non, ça ne marche pas comme cela ! » »

Isabelle Filliozat nous parle des trois types de réaction au stress : agression, fuite ou figement. L’agression est donc un moyen pour l’enfant d’exprimer son stress [elle mime l’amygdale de l’enfant stressé avec beaucoup de conviction]. L’amour et le contact donnent des moyens de gérer ce stress, en particulier lorsqu’ils sont prodigués par la figure d’attachement de l’enfant. Elle cite la pédopsychiatre Nicole Guédeney (2) qui a grandement participé à faire connaître en France la théorie de l’attachement que l’on doit à John Bowlby (2). La mère est comme un porte-avion et l’enfant est l’avion qui peut explorer le monde tant qu’il peut revenir dès qu’il en ressent le besoin vers sa figure d’attachement. Isabelle Filliozat donne l’exemple de la femme qui profite d’un temps de jeu de son enfant pour appeler une amie au téléphone. De manière quasi certaine, l’enfant va vouloir attirer à nouveau l’attention de sa mère, même s’il semblait s’en désintéresser quelques secondes auparavant. Il s’agit là de ce qui s’appelle un « comportement d’attachement ».

Voici le film qu’elle nous montre à cette occasion et qui permet de se familiariser avec les notions d’attachement (John Bowlby) et d’empreinte (Konrad Lorenz) :

On a pu voir sur le film suivant l’expérience dite « du visage impassible », qui illustre le déclenchement du comportement d’attachement lorsque le parent est non disponible (bien que physiquement présent).

Ainsi, pour répondre à la question initiale, et malgré le fait que cela soit totalement contre-intuitif pour nous, Isabelle Filliozat suggère de faire un câlin à l’enfant de 4 ans qui vient de taper son frère, parce que ça remplit son réservoir d’amour (qui est manifestement vide) et que cela répond au comportement d’attachement.

Une des raisons qui peut pousser un enfant à être agressif envers un plus petit (comme par exemple son petit frère) est la présence de neurones miroirs dans son cerveau (3). Ils permettent l’empathie, de se mettre à la place de l’autre et même de savoir ce que ressent l’autre. Ceci induit chez le plus grand une tentation de régression et il déteste ça…

La troisième question concerne l’autorité : « comment se faire respecter par 3 enfants (des garçons) ? »

Une interrogation (qui reste ici sans plus de développement mais qui est très intéressante), puisque le genre des enfants est précisé : y’a-t’il un rapport différent des garçons et des filles à l’autorité ?

Nous avons en tant que parent « l’autorité fonctionnelle ». Il n’est pas nécessaire d’utiliser une autre autorité : nos enfants savent que nous savons nous débrouiller dans la vie. « L’autorité, est-ce donner des ordres, poser des interdits, donner des punitions ? » Et d’ailleurs, le comportement parental est-il véritablement toujours irréprochable ? Isabelle Filliozat nous décrit une situation dans laquelle un enfant de 8 ans dit à son père en rentrant de l’école « de toutes façons, toi, tu es nul ! ». La réponse bienveillante serait de dire « ouhlà ! On dirait que tu as passé une mauvaise journée, est-ce que tu veux en parler ? ». Mais on est parfois complètement débordé par ses propres réactions de stress : cela peut par exemple renvoyer à des choses de notre propre enfance. Le cerveau des parents ayant reçu étant enfant tout l’amour et l’attachement nécessaire est capable de prendre soin de son enfant. Il en retire même du plaisir (intervention de l’ocytocine (4)). Si non, si l’on a vécu des comportements de mépris, de rejet, voire des maltraitances, on peut, une fois devenu parent à son tour, manquer de ressources : on sera stressé par les demandes de nos enfants (et aura des réactions de fuite, agression ou figement). De la même manière qu’en cas de dépressurisation, il faut mettre son masque à oxygène avant de vouloir aider son voisin, il est nécessaire de réussir à se calmer avant de tenter de calmer son enfant.

Isabelle Filliozat évoque ensuite l’idée reçue selon laquelle les enfants testent nos limites. Elle insiste sur le fait que ce n’est jamais le cas. Elle nous raconte la situation de l’enfant parti à la crèche avec son réservoir d’amour à vide, qui a été charmant toute la journée (a retenu beaucoup de stress) et explose lorsque sa mère vient le chercher parce qu’elle n’a pas pris le bon paquet de gâteau. Le problème ne vient bien sûr pas du choix des gâteaux, ce n’est pas non plus un caprice. L’enfant, retrouvant enfin sa figure d’attachement, peut se permettre de vider son sac !

Elle nous parle ensuite des pères. Elle cite le fait que statistiquement, pendant la première année de leur enfant, les pères restent au travail en moyenne une demi-heure de plus. Lorsque son conjoint rentre, plutôt que lui demander un câlin (ce dont on a réellement besoin), on a tendance à lui faire des reproches : l’enfant fait pareil !

Isabelle Filliozat [décidément très douée pour nous figurer les situations] nous expose la « technique du voilà » (c’est le « câlin pour les nuls » à l’attention des conjoints qui doivent se contenter de prendre leur femme dans leurs bras et lui tapoter le dos en disant « voilà »).

Copie de P1020698

Quelques dernières choses à rajouter avant de terminer : 

Isabelle Filliozat fait passer une sucette sur laquelle il y a écrit un texte… Lecture des ingrédients, notamment des divers colorants et conservateurs contenus dans la sucette, ainsi que la mention : « Peuvent avoir des effets indésirables sur l’activité et l’attention des enfants ». D’après le site http://www.les-additifs-alimentaires.com/ :

 Les fabricants dont les produits contiennent l’un des colorants suivant: E102 (tartrazine)E104 (jaune de quinoléine)E110 (jaune orangé)E122 (carmoisine)E124 (Ponceau 4R) et E129 (rouge allura) doivent ajouter la mention « Peuvent avoir des effets indésirables sur l’activité et l’attention des enfants ». (5)

Elle évoque des notions de psycho-nutrition (6) et le fait que l’on consomme énormément de sucres. Il est avéré qu’ils ont une influence sur les comportements (elle cite un certain nombre d’études qui étayent cela).

En répondant à ces trois questions, elle nous a donné les éléments pour pouvoir répondre aux autres questions : est-ce un problème lié à l’âge de l’enfant, au fait que son libre-arbitre a été contraint, est-ce un problème de réservoir d’amour ou est-ce un conflit entre deux enfants ? Elle fait d’ailleurs repasser les papiers pour qu’on puisse le vérifier nous-mêmes.

Conclusion

Voilà une intervention qui remotive ! Et bien sûr, il y a ce côté très agréable de pouvoir rencontrer une personne dont vous appréciez les écrits, même de loin, même deux minutes (j’aime beaucoup ce que vous faites !).

Je lui ai dit en lui faisant signer quelques livres que nous étions une jeune association nommée Grandissons et qu’on serait très heureuse de l’accueillir dans quelques années.  « Quand vous aurez grandi ? »

Voilà 🙂


Quelques notes mises (en) bas :

(1) Un grand merci également à Florence pour le trajet !

(2) Je vous reparlerai de l’attachement et des personnes citées très prochainement.

(3)  Ecouter, pour aller plus loin, l’excellente émission « sur les épaules de Darwin » de Jean-Claude Ameisen que France Inter consacrée à ce sujet : http://www.franceinter.fr/emission-sur-les-epaules-de-darwin-le-lien-qui-nous-rattache-aux-autres

(4) On aura l’occasion de reparler de cette hormone magique.

(5) Vous pouvez aller voir cet article pour creuser le sujet : http://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140673607613063/abstract

(6) Isabelle Filliozat a elle-même publié un livre sur la nourriture : http://www.amazon.fr/Bien-dans-cuisine-Isabelle-Filliozat/dp/2709638347/ref=cm_cr_pr_pb_t

Les enfants ne sont pas des machines à bisous

(De la prise en considération du consentement de l’enfant)

Par Marie

 P1010807

 

Nous marchions joyeusement dans la rue, ma fille et moi, elle confortablement calée dans son Boba-d’Amour (1) et moi les mains dans les poches.  « Mettez-lui son bonnet, elle va être malade !!! » Bon alors, non, déjà, on ne devient pas malade de l’absence de bonnet (de même qu’on n’attrape pas le rhume par les pieds) et puis ensuite, de quoi je me mêle ?!

En vrai, j’ai répondu au charmant vieux con monsieur qui m’interpellait ainsi. Je lui ai dit « elle ne veut pas le mettre », le montrant dans ma poche. « Comment ?! répliqua-t-il, mais mettez-le-lui, que diable ! (peut-être était-ce moins joliment dit) ». Moi, expliquant : « c’est qu’elle ne veut pas le garder sur sa tête » (rapport à ce qu’elle ne veut pas le mettre, voyez). Lui, insistant, fort de sa (certaine) connaissance des enfants : « Mais voyons, ce n’est pas elle qui décide ! ». Moi, tentant de lui faire comprendre : « Non, c’est elle qui choisit ! ». Le monsieur est parti en haussant les épaules, pensant que c’est ce qu’il avait de mieux à faire sur le moment. En cela, il n’avait pas tort…

Ne jugeons pas cette personne, il a peut-être souffert de ne jamais porter de chapeaux étant enfant alors qu’il adorait ça. Je ne suis pas contre les discussions impromptues avec des inconnus, fussent-elles au sujet de ma fille mais elles se terminent assez rapidement et chacun reste sur ses positions (ceux qui pensent qu’une (2) enfant est « bizarrement installée » en porte-bébé physiologique ne seront pas convaincus du bien-fondé de son usage en trois minutes). Je n’aime cependant pas les conseils à l’emporte-pièce ni les donneurs de leçons (ou alors de musique).

Je suis persuadée qu’une enfant a le droit de choisir certaines choses et souvent à un âge plus jeune que ce à quoi l’on s’attend. À chaque famille de voir ce qui leur convient. J’avoue que sur le choix des vêtements, j’aime autant proposer deux T-shirts plutôt que de la voir fouiller dans la commode (et puis les chaussettes dépareillées, ce n’est pas mon style à moi (3)). Il ne s’agit pas de choses qui nous éloignent de la sécurité : être attachée ou pas en voiture n’est pas une option de choix, bien évidemment.

Mais surtout, il me semble essentiel de respecter un choix qui touche à l’enfant elle-même, à son corps. Ce corps dont elle commence à peine à percevoir les possibilités, à en concevoir les contours, à en mesurer son appartenance et son individualité… « Le droit de disposer de son corps », ça vous parle, n’est-ce pas ?

Le change, l’habillage, toutes ces choses nécessaires et parfois pénibles passent par une mobilisation (et une immobilisation) du corps de l’enfant et devraient (4) être réalisées au moins avec douceur. Quant au non-nécessaire, je crois que nous pourrions faire plus attention au ressenti et au refus de nos enfants.

On s’est toutes et tous demandé si on allait un jour arrêter d’embrasser notre bébé mais finalement, plus vite qu’on ne le pense, elle se met à parler, à dire oui, à dire non et à refuser certaines choses. Une enfant n’est pas bisouillable à souhait en fait (ou alors, tout juste un tout petit peu quand même, au début, quand leur crâne sent le paradis).

« Non, pas de guilis (5) ! » veut vraiment dire stop, même si nous aussi on s’amuse bien, et même si elle en redemande dans la seconde qui suit. Et finalement, ne pas entendre le « non, pas de câlin ! »  pourtant clamé bien fort peut signifier pour l’enfant qu’elle n’a pas son mot à dire lors d’un contact physique. « Va dire bonjour à tonton » peut signifier pour l’enfant, si elle n’est pas d’accord, subir les bisous baveux d’un vieil oncle qui pique, sent mauvais ou que la môme ne sent pas très net dans son rapport avec elle.

Et cela va plus loin que ça à mon avis…

Passer outre le consentement d’une enfant, qu’est-ce que ça veut dire ? Qu’elle n’a pas à dire si elle et d’accord ou non lorsqu’il s’agit de son corps à elle ? Vous commencez à voir où je veux en venir… Parce qu’en fait, ces histoires de viols, ça n’arrive pas avec un inconnu dans un parking. Ça arrive le plus souvent avec un brave garçon (le fils de quelqu’un, voyez) qui n’a pas entendu le « non ». En tant que parents, nous pourrions écouter un peu plus les refus de nos enfants mais nous avons surtout un devoir d’éducation à cette si importante notion de consentement (6). Même chez les plus petits.


Les con(sen)tentes notes de bas de page :

(1)    Vous en ai-je déjà parlé ? Si non, assurez-vous lors de notre prochaine rencontre de me brancher sur le sujet du portage,  je ne résisterai probablement pas à l’envie de vous en faire l’article.

(2)    A vouloir mettre un/une ou il/elle, on use le lecteur. J’ai choisi d’accorder au féminin dans cet article parce que c’est grâce à ma fille que je l’écris et aussi pour ça : http://www.cemeaction.be/?p=461 

(3)    Coucou Fraiz !

(4)    … dans la mesure du possible car c’est usant de négocier un change… Et puis ça sent mauvais !

(5)    Ma fille dit « lilis », j’adore.

(6)    Lisez ceci : http://www.acontrario.net/2014/01/30/lutter-viol-education-garcons-culture-du-viol/

 

« J’ai tout essayé ! » : le livre d’Isabelle Filliozat

Par Marie

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Déjà le titre est une manipulation (1)! Bien sûr que non, le livre d’Isabelle Filliozat n’est pas un mode d’emploi ni un manuel où trouver des réponses toutes faites pour éduquer « L’enfant ». Non, c’est plus subtil et le titre est fait pour attirer les parents qui ne savent plus comment faire.

En vérité ce livre est une ouverture sur ce que l’on appelle « l’éducation bienveillante » où l’on essaye de comprendre ce qui se passe pour l’enfant, notamment au cours du développement de ses capacités et de son cerveau, et d’agir en conséquence.

Il permet de voir les choses sous un angle différent. « Et si il s’agissait de mon conjoint au lieu de mon enfant, oserais-je lui parler ainsi ? » Cela parle du respect de l’enfant en tant que personne humaine.

Anouk Dubois y a réalisé des dessins qui permettent tout au long de l’ouvrage d’illustrer les situations décrites. Je dois dire que cela amène une facilité de lecture qui séduira les amateurs de BD dont je fais partie et même les plus réticents aux livres, mettant véritablement ce livre à la portée de tous.

J’aime aussi le choix délibéré d’alterner les pronoms il et elle lorsqu’on parle des enfants. J’ai trouvé cela très utile, à la fois pour ne pas croire à « L’enfant » (un modèle d’enfant qui n’existe pas) et pour pouvoir facilement reconnaître son propre enfant. En bonus, cela nous permet de ne pas être tentés de considérer certains comportements comme étant particulier à un sexe donné.

Isabelle Filliozat s’appuie sur les dernières recherches scientifiques des sciences de l’éducation et du développement des enfants. S’il existe de véritables choix éducatifs, elle nous éclaire également sur les « non-choix », telle que la violence éducative (claques, fessées, punitions, soi-disant employées à titre éducatif) qui n’a jamais été une méthode valable pour apprendre quoique ce soit aux enfants. (2)(3)

Ne pas en arriver là est tout le propos du livre : si l’auteur nous exhorte dès l’introduction à ne pas la croire (4) « Ce livre ne vous présente pas la vérité. A chacun d’observer, de sentir, d’expérimenter. », elle présente tout de même un certain nombre d’options auxquelles on ne pense pas forcément (en particulier lors de la crise) et qui s’avèrent tout à fait valables.

« Certaines attitudes proposées de parentalité positive vous paraîtront simplistes, idéalistes. Nous sommes si accoutumés aux conflits familiaux qu’ils nous paraissent naturels, si habitués à  ce que nos enfants ne coopèrent pas, que nous hésitons à croire que ce puisse être possible et de plus, si aisément. Quand on s’est arc-boutés pour pousser une porte, il peut être déconcertant de découvrir qu’il suffisait de la tirer pour qu’elle s’ouvre. Là est un peu le propos de cet ouvrage, analyser le sens d’ouverture plutôt qu’y aller en force. »

« Nombre de réactions incompréhensibles de nos enfants sont en fait liées à des malentendus. Parce que son cerveau est en développement, l’enfant ne voit pas, ne comprends pas les choses tout à fait comme nous. Méconnaître cela est source de nombre de conflits, de punitions inutiles et d’exaspération parentale. »

« J’ai tout essayé » est organisé en chapitres décrivant différents comportements classiques (et généralement incompréhensibles pour les parents) selon l’âge des enfants : par exemple, la période entre 18 et 24 mois (au hasard…) étant définie comme celle du « non » des enfants. S’en suit une brève description des particularités de cet âge puis des exemples de situations pouvant donner lieu à des crises, ou tout au moins des incompréhensions, entre le parent et son enfant. Au sujet de ces phases d’oppositions, j’ai trouvé très intéressant d’apprendre qu’à ce moment-là, l’enfant a besoin de sentir qu’il existe en tant qu’individu, indépendant de sa mère, et que « la phase du NON systématique peut ne durer qu’une semaine, juste le temps de vérifier « je ne suis pas toi, j’ai le droit d’être moi ». L’opposition ne s’installe que si le parent refuse la différenciation. L’enfant doit alors protéger sa toute nouvelle et encore fragile identité. »

J’y ai trouvé des pistes de réflexion dans mon métier de parent (j’aime bien qu’on me permette de voir les choses d’un autre point de vue) et aussi, peut-être surtout, des pistes d’action. Par exemple, j’essaye désormais de dire ce que je voudrais que mon enfant fasse (rester sur le trottoir) plutôt que ce qu’il ne faut pas faire (aller sur la rue) : cela simplifie le discours et permet à l’enfant de ne pas se focaliser sur l’action interdite.

A la fin du livre, un protocole de résolution de conflit est proposé et l’auteur insiste sur l’importance de privilégier la relation avec son enfant sur toute autre chose. Car c’est effectivement cela qui compte et nous ne devons pas oublier de profiter chaque jour de la vie avec notre enfant.



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L’association Bébé en Conscience organise le samedi 5 avril 2014 à 15h – Palais des Congrès de St Raphaël (83) une conférence d’Isabelle Filliozat – « J’ai tout essayé, il continue ». Renseignement et réservations : http://www.bebeenconscience.com/conference-isabelle-filliozat.htm

(moi j’ai déjà ma place !)


En bas de la page, des notes :

(0) Pour les adhérents, nous avons ce livre dans notre bibliothèque !

(1) Voir à ce sujet le très bon article de Lise « pourquoi demander un câlin quand les carottes brûlent« .

Quant à Isabelle Filliozat, voici ce qu’elle pense des caprices  : « l’enfant ne cherche ni à tendre un piège à ses parents, ni à les tester. Il n’en a tout simplement pas les capacités intellectuelles. Les caprices […] sont en réalité des réponses du cerveau de l’enfant à des situations trop complexes pour lui. »

(2) Il est démontré aujourd’hui que l’emploi de la violence est non seulement contre-productif mais qu’il conduit à de véritables dommages physiques sur les enfants. En particulier, l’augmentation de cortisol au niveau du cerveau (l’hormone de stress) a un effet très négatif sur le développement cérébral.

(3) Voir aussi, bien sûr, le site de l’Observatoire de la Violence Educative Ordinaire.

(4) A la manière dont André Gide dans « les nourritures terrestres » nous demande de jeter le livre pour aller vivre notre vie…

Documentaire « Si j’aurais su… je serais né en Suède ! »

Par Marie

Marion Cuerq, une jeune femme de 21 ans vivant à Stockholm nous livre son premier documentaire, intitulé « Si j’aurais su… je serais né en Suède ! »
Le clin d’œil à la guerre des boutons comme le ton du film nous mettent tout de suite dans l’ambiance : cette œuvre-là est un plaidoyer en faveur des enfants, en faveur de l’humain, même.

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(cliquez sur l’image pour visionner le film sur le site de l’OVEO)

1ère partie : Au pays des enfants respectés, considérés
2ème partie : Jouer pour grandir
3ème partie : La responsabilité de toute une société

La bande annonce :

Dans la première partie, l’auteure nous présente la manière dont les enfants suédois sont traités, et en particulier depuis le passage de la loi anti punitions corporelles, votée en 1979. A l’époque, il y avait 60% d’opinion défavorable. Aujourd’hui pourtant, plus personne ne conteste cette loi… Les suédois ont bien compris que les enfants sont les citoyens de demain.
La violence n’est jamais une affaire privée : on demande à des parents si cette loi leur paraît être une intrusion de l’état dans leur sphère privée. Leur réponse : « Il est de la responsabilité de la société de protéger les plus faibles ».

Où en est-on en France ? En France chaque année, 700 enfants meurent des suites de maltraitance… Les claques et les fessées, les châtiments corporels, ne sont pas expressément interdits aux parents, comme ils le sont déjà dans une trentaine de pays.
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A lire sur le site de l’Observatoire de la Violence Educative Ordinaire (OVEO) : Vers une loi d’interdiction en France…

En 2009, le conseil de l’Europe lance une grande campagne d’information : « Construire une Europe avec et pour les enfants »

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Le pédopsychiatre Lars H. Gustafsson (auteur de « Grandir et non pas obéir ») intervient dans le documentaire : « Les enfants sont bien plus intelligents que nous le croyons ». Il cite Khalil Gibran (dans « le prophète » 1923) :

Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même, Ils viennent à travers vous mais non de vous. Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.

Les passants interrogés sont tout aussi philosophes : « La violence engendre la violence », « Il s’agit d’une inaptitude de l’adulte à atteindre son enfant autrement que par la violence »…

Dans la deuxième partie de son film, l’auteure est allée visiter une pré-école, structure qui accueille les enfants de 1 à 6 ans. Là-bas, le jeu est une méthode d’apprentissage à part entière ! Les enfants sont une grande partie du temps à l’extérieur, quel que soit le temps, et selon la maxime suédoise qui dit : « Il n’y a pas de mauvais temps, seulement de mauvais vêtements ».
Eva, La directrice, nous dit : « Chaque enfant est unique. Et à chaque rencontre, l’enfant doit ressentir que l’adulte est là pour lui et le voit lui. C’est en étant vu individuellement, en tant que personne, que l’on a alors un bon socle pour pouvoir se développer.»
Une des pédagogues, à qui l’on demande de décrire la structure en trois mots : elle cite joie, développement et amusement. « Avec de la joie, on peut aller très loin ! »

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Pour conclure, dans la dernière partie, Marion Cuerq tente une analyse des raisons de cette « révolution suédoise ».

Tout d’abord, il y a de nombreuses « crèches ouvertes » gratuites avant la pré-école où l’enfant est accueilli avec ses parents (ce type de structures existe aussi en France). Cela permet aux enfants de se sociabiliser, de faire des activités de groupe et aux parents de rencontrer d’autres parents.
Ensuite, le congé parental suédois est très généreux : 480 jours utilisables jusqu’aux 8 ans de l’enfant ! 86% des papas suédois utilisent une partie de ce congé. Et ce congé est très bien payé…
Et enfin, dans la ville, tout est adapté pour la vie avec des enfants (accès poussettes, terrains de jeux, etc).
« Une société qui va bien est une société qui prend ses enfants au sérieux ! »

 

Pour résumer, ce film fait beaucoup de bien !

 

[Edit : Nous faisons partie des associations signataires de l’appel pour l’interdiction des punitions corporelles de l’OVEO]

Article désormais traduit en italien, merci Michela !

https://resilienzainesilio.wordpress.com/2015/04/20/documentario-se-avessi-saputo-sarei-nato-in-svezia/

Pourquoi demander un câlin quand les carottes brûlent

Par Lise

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« Faites attention, elle vous fait du chantage », « elle essaye de vous manipuler »…

Si, si, sérieux, ces phrases m’ont été dites au sujet de ma fille de 15 mois, qui pleurait en arrivant dans un endroit nouveau et me tendait les bras en criant !

Avant de s’emballer, consultons  mon vieil ami Robert, des fois qu’un sens m’ait échappé. Et voici ce qu’il dit : « Chantage : moyen de pression pour obtenir quelque chose de quelqu’un », « Manipuler : influencer habilement un individu pour le faire penser, agir comme on le souhaite. »

Du calme, réfléchissons. De deux choses l’une : je prends les mots au pied de la lettre, et en déduis que, par ses larmes, de son chagrin et de ses craintes, ma fille essaye d’obtenir de moi que je la rassure et que je la console… Mais alors, à quoi dois-je faire « attention » ? Ne suis-je pas sa mère, celle qui, en lui donnant le jour, lui ai promis de lui offrir protection et amour ? Auquel cas il me faut comprendre que ma fille me demande un câlin, parce qu’à ce moment-là, elle en a besoin, et lui concéder parce qu’il est avant tout un plaisir pour moi…

Ou alors, je m’emballe, finalement, et j’entends chaque mot. Oui, mon enfant, cette petite personne blonde qui n’articule pas encore plus de deux syllabes, qui passe son temps à me sourire et à m’embrasser en riant, qui lance des baisers aux gens qui lui sourient dans la rue, et qui est encore si fragile qu’un bruit trop fort suffit à lui faire monter les larmes aux yeux, cette enfant-là calcule que lorsqu’elle entre dans un endroit nouveau qui l’effraye, son intérêt est de feindre la peur, de mimer le chagrin, de sorte à m’extorquer… quoi, en fait ? Malgré toute ma « bonne volonté » (douteriez-vous par hasard de mon impartialité dans cette histoire ?), je n’arrive pas au bout de ce raisonnement. Non, ce n’est pas seulement que je sais ma petite incapable de manipulation, mais surtout que je ne vois pas ni comment, ni pourquoi elle s’y essaierait.

Et pourtant, il est difficile d’être absolument sourd à ce genre de remarques, qui résonnent comme un écho assez souvent malgré tout. Ce doit être une habitude d’adulte : ce qui s’oppose à nos désirs de tranquillité et de liberté est forcément l’œuvre de machiavéliques manipulations fomentées par des personnes malveillantes qui ne cherchent qu’à vous déranger.

Allez, je lance une petite comparaison, parce que j’adore ça : vous êtes en train de vous bagarrer avec le linge à étendre, les carottes qui brûlent, le téléphone qui sonne et votre estomac qui gargouille. Pendant ce temps, votre conjoint(e), confortablement installé(e) sur le canapé, est derrière son ordinateur en train de faire, disons la comptabilité pour dire qu’il/elle œuvre aussi pour la cause commune. Peut-on dire, au moment, où, épuisé(e), agacé(e), larmoyant(e) peut-être, vous vous jetez sur lui/elle en criant « je n’en peux plus, viens m’aider, bouge, et prends-moi dans tes bras tendrement par-dessus le marché ! », que vous êtes en train de l’interrompre volontairement dans son activité, pour l’amener, par la manipulation et le chantage, à faire ce que vous voulez, sans autre but que le déranger ? Votre conjoint, emporté par ce qu’il fait, pourrait peut-être un instant le croire, mais soyons sérieux…

Eh oui, je pense avant tout que les enfants, si petits soient-ils, sont des personnes. Comparer leurs ressentis et même leurs actions avec les nôtres aide, je trouve, extrêmement bien à essayer de comprendre. Et comparer notre relation de couple, notre manière de nous adresser l’un à l’autre, est souvent une bonne clé (qui fonctionne, qui plus est, dans les deux sens !)

Pourtant, j’ajoute encore une nuance : aussi proches des nôtres soient les ressentis, les émotions et les besoins des enfants, je crois qu’ils sont plus forts et plus envahissants dans leurs petites têtes qui n’ont pas encore acquis l’expérience qui permet de relativiser, pas plus que celle qui permet de… manipuler !

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