Archives du blog

Compte-rendu de la conférence d’Olivier Maurel

Par Lise et Marie

Nous avons eu l’honneur de recevoir Oliver Maurel qui est venu nous faire une conférence vendredi 25 Avril, à l’occasion de la 10ème journée de la Non-Violence Éducative sur le thème : Pourquoi et comment s’orienter vers une éducation sans violence ? Comme promis, en voici un compte-rendu.


Olivier Maurel est né en 1937. Il était près de Toulon lors de la guerre, et a été témoin de combats près de chez lui, ainsi que de la déportation et des récits de sa sœur ainée. Marqué par ces faits, devenu professeur de lettres, il s’est interrogé sur ce qui pouvait être à l’origine des la violence chez les humains et découvre les ouvrages d’Alice Miller, en particulier « C’est pour ton bien ». C’est à la demande de cette dernière qu’il a rédigé son premier livre, « la Fessée ». Il est également le fondateur de l’Observatoire de la Violence Éducative Ordinaire.

C’est-pour-ton-bien 511R7WC607L._SY445_ OVEO_logo

Il observe que, dans les pays où les enfants sont davantage frappés, la situation se répète, car elle apparaît comme la normalité aux nouveaux adultes. Ces méthodes d’éducation s’apparentent pourtant, dit-il, à un virage dangereux à signaler.

P1020818


Compétences et comportements innés de l’Homme

 

L’Homme est, nous dit Olivier Maurel, un animal social, doué de compétences innées, qui se développent seules, avec le soutien de l’adulte. L’organisme sait qu’il ne peut pas vivre seul. Cela se décline en quatre capacités :

  • Les enfants agissent dans la mesure où l’attachement leur est absolument nécessaire (John Bowlby (1)). En effet, le fait que le nourrisson cherche à téter dès la naissance est le premier des comportements relationnels, lié également à la production d’ocytocine, cette hormone de la tendresse, chez la mère. De même, les pleurs de l’enfant bras tendus vers l’adulte, et le physique séducteur des bébés ont pour rôle d’éviter un abandon qui signifierait la mort.
  • L’imitation est caractéristique de tous les enfants. On parle de neurones-miroirs, qui enregistrent les comportements observés et se préparent à reproduire le geste, toujours dans un rôle lié à la relation avec l’entourage.
  • Dès leur plus jeune âge, les enfants sont capables de manifester de l’empathie, ils peuvent identifier les émotions et les intentions des autres. Ainsi en témoigne l’observation des bébés qui se mettent parfois à pleurer tous en même temps dans les maternités.
  • Les jeunes enfants font preuve d’un altruisme spontané. Ils ont des capacités de consolation, et apportent naturellement leur aide à l’adulte s’ils remarquent que c’est nécessaire, par exemple lorsqu’ils voient un adulte trop chargé pour ouvrir la porte de l’armoire (Warneken, voir la vidéo ci-dessous).

 

 

En outre, les enfants manifestent des capacités de réflexion précoces, qui, par exemple, leur permettent de réfléchir à un ordre avant d’agir et de ne pas obéir s’ils ne trouvent pas de raison à le faire. De même, ils manifestent une préférence pour les figurines de jeu qui ont offert leur aide aux autres qu’à celles qui ont des rôles négatifs.

Pour vivre, l’enfant est prêt à s’adapter à tout, y compris à son environnement éducatif, quel qu’il soit, pour garder un lien avec ses parents. Ainsi, les neurones se connectent en fonction de l’éducation reçue, qui peut, par exemple, induire la peur, un manque de confiance dans les autres et en soi… L’enfant n’ayant pas de point de comparaison, il croit ce qu’on lui dit, y compris si on lui affirme qu’il est méchant, paresseux… Ainsi, l’enfant frappé continue à aimer ses parents, mais il cesse de s’aimer lui-même.

 


Définition de la violence éducative

 

Olivier Maurel nous décrit la violence éducative comme un iceberg. L’iceberg figure la différence entre violence éducative et maltraitance : la partie émergée figure la maltraitance reconnue (qui dépend de la société dans laquelle on vit. En France, on considère par exemple que si la fessée est admise, il n’en est pas de même pour des coups de bâtons). Sous la mer, toutes les formes de violences destinées à l’éducation des enfants.

Old_Wikisource_logo_used_until_2006

36 pays ont fait totalement émerger cet iceberg en interdisant toute forme de violence. L’UNICEF a obtenu que dans la majorité des pays, la violence à l’école soit interdite. Il reste donc plus de 150 pays où on continue, parfois dans les écoles aussi, parfois seulement à la maison, à employer la violence. Dans les sud des Etats-Unis, par exemple, on peut utiliser une latte de bois pour corriger les élèves (Olivier Maurel nous dit posséder un exemplaire qui lui a été envoyé).

Parallèlement à la violence physique, il y a aussi la violence verbale, celle qui consiste à asséner à l’enfant des « tu es nul », « tu feras le trottoir », comportant les insultes, le chantage… Et la violence psychologique (manque d’attention, attitudes méprisantes, etc).

Pour reconnaître s’il s’agit de violence, il suffit de se demander si on supporterait un tel comportement de la part de quelqu’un qu’on aime. Si ce n’est pas le cas, ce n’est pas bon non plus pour l’enfant.

La banalisation de la violence éducative provoque une sorte de mépris des enfants. L’idée qu’il faut corriger les enfants remonte à fort loin : la Bible contient une douzaine de proverbes qui recommandent de frapper les enfants, St Augustin invente au 4ème siècle le péché originel, Freud décrit les enfants comme parricides, porteurs d’inceste, Kant écrit que L’homme a été taillé dans un bois si tordu qu’on n’en pourra jamais tirer quelque chose de tout à fait droit.» De tout cela perdure l’idée que seule la violence peut fonctionner pour redresser l’enfant (corriger = rendre droit), cela reste présent dans le vocabulaire et dans la culture. Ainsi : « une bonne fessée n’a jamais fait de mal à personne »… Quant aux enfants, ils seront affublés de termes comme « mouflets, morveux, chiard, merdeux, pisseuse… » qui n’ont pas une étymologie très tendre…

La violence éducative se transmet aussi par les neurones miroirs, et enseigne la violence. Lorsqu’elle est utilisée lors de petits conflits, elle enseigne à lier conflit et violence. Elle entraîne l’impulsivité à laquelle on s’habitue dès l’enfance, au lieu de montrer le conflit comme quelque chose de normal, y compris quand on s’aime, et qui peut être une bonne chose quand on le dépasse.

Olivier Maurel nous dit qu’un des rôles essentiels des parents est de permettre le découplage entre conflit et violence.

 


 Les conséquences physiques et mentales de la violence 

 

  • Le stress est une des principales conséquences physiques causées par la violence. A l’origine, le stress est un moyen de défense face au danger, qui provoque fuite, paralysie ou défense. Il se caractérise par un flot d’hormones qui apporte à l’organisme plus de sang de sorte à préparer les muscles à réagir. Or, des études menées sur des rats montrent que si on ne peut ni fuir ni se défendre d’un stress répété, le système digestif s’altère. Les hormones de stress (cortisol et adrénaline) pourraient détruire les capacités cognitives ; le système immunitaire est également atteint, ainsi que la croissance, délaissés au profit de la préparation de l’organisme à lutter contre le danger.
  • Sur les capacités relationnelles : en ce qui concerne l’attachement, s’il est mélangé aux réactions de violence dans la famille, l’enfant risquera de mêler les deux, ce qui augmentera la possibilité qu’il reproduise ce schéma, par exemple en violence conjugale.
  • Sur la sexualité : il semble exister une relation entre la violence éducative et le développement d’une sexualité déviante. JJ Rousseau raconte par exemple dans ses confessions que la fessée l’a rendu masochiste.
  • Sur l’imitation des comportements : d’après Olivier Maurel, on acquiert un seuil de tolérance à la violence lors de notre enfance ou de notre adolescence. Pour quelqu’un qui n’a pas subide violences lors de l’enfance, la violence est perçue comme une anomalie.

Olivier Maurel nous rappelle qu’il ne s’agit là que d’une augmentation statistique des risques et qu’il est bien sûr possible d’échapper à ces conséquences d’un point de vue individuel. Mais le fait que la violence éducative soit répétée et sur une longue période joue un rôle important. En effet, celle-ci peut débuter lors des premières « bêtises » du tout petit enfant et perdurer jusqu’à la majorité ou même après (à titre d’exemple, Olivier Maurel nous conseille le livre de Gavino Ledda, Padre Padrone).

locandina

Olivier Maurel mentionne une étude réalisée sur des chiens, et qui montre que, lorsqu’ils sont enfermés dans une cage électrifiée dont ils n’ont pas la possibilité de sortir, ils n’ont par la suite plus l’idée d’essayer de s’enfuir lorsque cela devient possible. Il s’agit là de « détresse acquise ». Ainsi, la violence ne prépare pas à supporter la « dure vie » qui attend le futur adulte, mais au contraire, peut causer de tels comportements de passivité.

Enfin, obligé de s’endurcir pour supporter la violence, il arrive que l’enfant devenu adulte oublie cette violence qu’il a subie, ce qui entraîne également des problèmes au niveau de ses capacités d’empathie.

Les enfants sont capables d’acquérir très jeune les notions de justice et de bien et de mal. L’adage « ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’on te fasse », attribué à Confucius (probablement parce qu’il fut le premier à l’écrire), représente un principe élémentaire de la morale. Olivier Maurel nous cite une thèse réalisée sur l’emploi de cette formule, de Confucius en 500 avant J.C. à Barrack Obama en 2004. Il aura fallut attendre la fin du XXème siècle pour qu’un psychologue américain remarque que cette formule n’était jamais appliquée aux enfants : ils se retrouvent en dehors du domaine de la morale !

P1020816


Quels comportements adopter pour essayer de sortir de la violence éducative ?

Il est important tout d’abord de réaliser un travail sur soi-même dans le but de se déconditionner, en particulier d’oublier l’idée qu’il pourrait exister une bonne violence. Notons que l’enfant que l’on a été est notre base fondamentale et qu’il est important de s’y reconnecter.

Certaines thérapies peuvent être utiles pour se faire aider dans ce travail, tels que des psychothérapies, le neuro-feedback (http://www.neurofeedback-france.fr/4.html) ou encore l’EMDR (http://www.emdr-france.org/spip.php) (Olivier Maurel nous raconte avoir personnellement testé cette dernière avec beaucoup de réussite).

En situation de crise, l’adulte pourra parler d’avoir la « sensation que la main le démange », l’instinct tendant à chercher à reproduire le passé (Olivier Maurel parle du geste venant du passé à travers la main du parent). On peut alors tenter de se recentrer sur soi-même : respirer profondément pour se détendre, compter mentalement, chanter, sortir de la pièce… sont autant de petites aides pour essayer de ne pas réagir par réflexe, mais de faire passer la réflexion avant.

Il est important de se mettre dans une position intérieure de question. On peut aussi demander à voix haute « qu’est-ce qui nous arrive ? », ce qui peut aider à se calmer et l’enfant aussi.

Ensuite Olivier Maurel nous conseille plusieurs auteurs qui offrent des pistes pour trouver des solutions (2), tels que :

–          Les ouvrages d’Isabelle Filliozat, en particulier « j’ai tout essayé ! » et « Il me cherche ! »

jaitoutessaye 51eaZt1z7pL._SX342_

–          Le dernier livre de Catherine Guéguen « Pour une enfance heureuse »

51DPDaqUjiL

–          Jesper Juul : « Regarde… ton enfant est compétent : Renouveler la parentalité et l’éducation»

51INod2nf+L._SY445_

–          Catherine Dumonteil-Kremer « Une nouvelle autorité sans punition ni fessée »

516w1Zddb+L._SY445_

–          PEPS magazine (en particulier le dernier numéro) : Olivier Maurel est désormais auteur régulier de chroniques pour le magazine

peps07-couv

Il est, en outre, primordial d’accueillir les émotions de l’enfant. Entre 18 mois et 4 ans, on parle du « pic de violence », lié au nombre important de découvertes qu’il fait au quotidien, aux émotions dont il est le centre, et que l’enfant peut manifester en donnant des coups. Cela disparaît bien avant l’adolescence et n’a rien à voir avec la violence des adolescents et des adultes, qui, elle, est acquise culturellement. Nommer les émotions peut aider le tout-petit à prendre ses distances avec elles. L’utilisation de signes de la langue des signes pourra l’aider à le faire avant de savoir parler.

Enfin, il s’agit de définir clairement notre rôle en tant que parents. Le psychothérapeute Pierre Lassus (auteur de livres sur la maltraitance des enfants) suggère les trois principes de base «  Protéger, Pourvoir, Permettre »

  • Protéger : ce qui ne veut pas dire se faire trop de souci et empêcher l’enfant d’agir, mais de mesurer ce qu’il peut faire par rapport à son âge. En effet, l’enfant se protège aussi lui-même le plus tôt possible.
  • Pourvoir : aux besoins fondamentaux physiques, affectifs et intellectuels (en utilisant le langage, en évitant le mensonge…), ce qui ne veut pas dire accéder à tous les désirs immédiatement. Ceux-là, on pourra les écouter, les noter par écrit, jouer autour par l’imaginaire… Dans ce domaine, les réponses principales seront apportées par l’exemple.
  • Permettre : laisser l’enfant aller vers un but. Olivier Maurel nous donne cette définition : « le rôle de l’autorité, c’est de savoir permettre. » Le but de l’éducation, en effet, est de conduire l’enfant à l’autonomie. Il s’agit donc d’avoir confiance en ses capacités, tout en restant lucide par rapport à son âge. Notre conférencier fait ici une distinction claire entre « veiller sur », qui rime avec bienveillance, et « surveiller », qui sous-entend méfiance.

Il faut pourtant savoir dire non, expliquer, établir des règles claires pour la vie familiale. Elles seront d’autant plus respectées qu’il y en aura aussi pour les parents à l’avantage des enfants (par exemple, « papa doit lire une histoire chaque soir ») et faites avec l’enfant.

Isabelle Filliozat propose de préférer le « stop » : qui vise un comportement et s’exprime souvent avec un visage ouvert, au « non », qui peut sonner comme un refus sur la personne, et s’accompagne de sourcils froncés. De même, il est préférable de parler positivement (« on reste sur le trottoir »), plutôt que d’employer la négation (« on ne traverse pas la route »), difficile à assimiler par les enfants, compte tenu de l’immaturité de leur cerveau.

Enfin, comme le dit Jasper Juul, on peut se demander : « si j’avais un conflit avec mon ami, comment me comporterais-je ? » pour obtenir quelques réponses quant au comportement à adopter. « Il faut rendre les conflits constructifs plutôt que chercher à avoir raison à tout prix », nous dit-il encore.

Bien sûr, tout ceci est plus facile à dire qu’à faire, d’où l’importance de se ménager un réseau de soutien : le conjoint, les livres, les listes de discussion (telles « Parents-conscients » sur Yahoo (3)), les associations (comme Grandissons (4)) pourront aider.

Quelques autres pistes lancées par Olivier Maurel et tirées de son expérience familiale : écrire les difficultés du moment (permet de prendre du recul par rapport à la situation présente) ou encore se dire que c’est le regard qu’on lui porte qui peut causer les difficultés de l’enfant, créant un cercle vicieux, et essayer de changer ce regard.

 P1020813


 Les questions du public 

(Nous ne citerons que des pistes de réponses, par soucis de concision)

1 –      A propos du pic de violence chez les enfants : comment gérer la violence entre frères et sœurs en tant que parent ?

L’arrivée du 2ème enfant peut parfois être à l’origine de la violence éducative (système de protection du plus jeune). Suggestion de la lecture de « Frères et sœurs sans rivalité » d’Adèle Faber et Elaine Mazlish

51cBqVZL2iL._SY445_

2 –      Quelles alternatives à la punition ?

Olivier Maurel cite en particulier le dernier numéro de PEPS qui parle entre autres des alternatives aux punitions et aux récompenses.

peps07-couv

3  –      Loi d’interdiction de la fessée, où en est-on en France ?

Olivier Maurel suggère de voir le documentaire de Marion Cuerq « si j’aurais su… je serai né en Suède ! » (on en a parlé ici même).

4  –      Y’a-t’il un lien entre l’éducation que l’on reçoit et la non-réaction à une scène d’agression ? (au sujet de l’agression dans le métro à Lille)

Difficulté de réagir dans un groupe parce qu’on a tendance à attendre que quelqu’un réagisse à notre place.

Etude sur les Justes (personnes qui ont recueilli, protégé ou défendu des personnes menacées durant la période du Régime de Vichy).

5  –      Que penser des cris ? Est-ce traumatisant pour les enfants de crier?

Dans PEPS magazine, Anne-Marie Bosems suggère de transformer les cris en manifestations théâtrale (voir article « La Castafiore », rubrique Anti-pétage de plombs dans le numéro 6 ).

castafiore« Oui, je l’avoue, parfois j’aimerais que le pyjama qui traîne au milieu du salon soit ramassé par son propriétaire, que le départ pour la médiathèque se fasse vite et bien ou que les bagarres s’arrêtent. Entre autres choses qui m’agacent et pour lesquelles je souhaiterais une coopération enthousiaste de toute ma tribu ! Le plus souvent, je parle plus fort, je crie même parfois. […] Mais dans les très bons jours, c’est-à-dire quand j’ai de l’énergie et que je suis joyeuse, je réussis souvent quelque chose d’épatant : je chante. […] il ne faut pas hésiter à faire la Castafiore […] elle prend des poses, le dos de la main sur le front, elle est prête à défaillir… C’est à la fois un moment de détente, une bouffée d’oxygène, un éclat de rire et un moment de coopération. »

 

(5) 

6 –      Enseignante confrontée à 30 enfants de 3 à 5 ans : situation anti-naturelle, existe-t-il des solutions pour qu’elle soit plus sereine ?

Piste : témoigner du respect, voire de l’affection, pas vraiment de réponse…

 


Conclusion

Peu de temps avant le début de la conférence, Olivier Maurel nous a parlé d’une émission de France Inter où il était invité avec Aldo Naouri (un pédiatre s’étant récemment illustré pour son apologie du viol conjugal (6)) pour débattre sur le thème « Faut-il être un dictateur avec ses enfants ? ». Autant vous dire que l’on se rend compte très rapidement, rien que dans la forme des prises de parole de l’un et de l’autre, dans quel camp se situe la violence… (7)

Un grand merci à Olivier Maurel pour sa venue, la clarté de son exposé et sa gentillesse. Merci également au public (8) venu nombreux et ses excellentes questions qui ont fait avancer la réflexion.

 


 

Notes en bas de la page :

 

(1) Nous reparlerons d’attachement ici très bientôt.

(2) Nous avons quelques livres d’Isabelle Filliozat, d’Alice Miller et d’Olivier Maurel dans notre bibliothèque de prêt.

(3) Nous avons nous aussi listé un certain nombre de ressources sur notre page Education non-violente.

(4) oui, oui, nous sommes là aussi pour ça !

(5) Vous pouvez aussi aller consulter la page fb 21 jours sans crier sur mon enfant 

(6) Pour en savoir plus : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/820245-violez-la-l-etrange-humour-du-pediatre-aldo-naouri-et-la-complaisance-de-elle.html

(7) Emission radio France Inter « ça vous dérange » 2008 : Olivier Maurel et Aldo Naouri. En 4 parties :
1 : http://www.dailymotion.com/video/x6eilb_fr-inter-ca-vous-derange-060808-pt1_lifestyle#.UWMlsJONhqc
2 : http://www.dailymotion.com/video/x6ek9c_fr-inter-ca-vous-derange-060808-pt2_lifestyle#.UWMlzJONhqc
3 : http://www.dailymotion.com/video/x6ekcy_fr-inter-ca-vous-derange-060808-pt3_lifestyle#.UWMl4JONhqc
4 : http://www.dailymotion.com/video/x6ekf1_fr-inter-ca-vous-derange-060808-pt4_lifestyle#.UWMl85ONhqc

(8) Merci spécialement à Ludivine qui a très rapidement mis son résumé en ligne, il nous a aidé à organiser notre compte-rendu.

Le vent dans les langues

Par Lise

Face à la vitre, on voit le reflet du jardin, calme et vert. Mais traversons la fenêtre et passons un peu dans l’herbe pour de vrai, et c’est tout autre chose : le vent vous siffle dans les oreilles, vos pieds se mouillent et tous les sons vous étourdissent.

C’est la comparaison qui me vient à l’esprit après quelques jours passés à l’étranger avec  ma fille. Cette fois, la langue dominante n’est plus la mienne, ni la culture, et je suis corps et âme plongée dans le paysage, dont le vent fait frémir mes volontés pourtant ancrées dans mes convictions.

Et j’entends me souffler à l’oreille :

– Parlez avec votre enfant dans votre langue maternelle, que vous maîtrisez mieux, et qui, dans un premier temps, sera sa langue forte, autour de laquelle il construira son langage. Oui, c’est ce que, de derrière ma vitre, je suis intimement persuadée qu’il faut faire. D’autant que, lorsque je suis en France, entendre quelqu’un parler sa langue avec son enfant ne m’inspire que plaisir et admiration.

– Et puis : parlez avec votre enfant, parlez lui beaucoup, expliquez-lui les situations, échangez avec lui. Ca aussi, c’est une chose précieuse à observer, lorsque je suis derrière ma vitre…

Et me voilà en Allemagne, au parc de jeux, avec ma petite de presque-dix-sept mois. Me voilà un peu seule, un peu isolée, pas toujours sûre de comprendre ce que l’on me dit, ce que l’on dit à ma fille, ou ce que les gens se disent (sont-ils en train de parler de moi ?) Et soudain, je me rends compte que je ne lui parle presque plus, et à voix presque basse. Même, j’aurais plutôt envie de lui parler à l’oreille, ou en allemand, ou n’importe quoi du moment que cela ne crie pas immédiatement à la face du monde que je suis… étrangère. J’ai beau lutter, j’ai du mal à lui parler comme d’habitude. En effet, en le faisant, plusieurs impressions s’imposent à moi :

– j’écarte les autres enfants et parents, qui ne comprennent pas ce que je lui dis.

Et pourtant… Française en France, lorsqu’un parent parle une autre langue à son enfant, je ne me sens pas écartée, je ne ressens que du positif. Mais c’est si facile, depuis « chez soi ».

– je la rends elle aussi incompréhensible, donc « à part ». Par exemple, lorsque je lui suggère de « dire merci », et que sa tentative reste sans retour, qu’elle insiste, mais que personne ne peut saisir ce qu’elle dit… à moins que je ne « traduise », mais alors, c’est elle qui ne comprend pas et me regarde, un peu étonnée.

– je m’isole encore plus, en laissant penser que je ne parle pas la langue du pays, risquant ainsi de décourager qui voudrait s’adresser à moi (et, il faut bien le dire… personne ne le fait, mis à part d’autres allophones !)

– je deviens paranoïaque, tantôt avec le sentiment de parler trop fort si bien qu’on « n’entend que moi », tantôt avec la sensation que les gens me regardent de travers ou parlent de moi.

Par-dessus cela, j’ai aussi du mal à saisir les nuances dans la manière dont les parents se comportent avec leurs enfants. Il me semble qu’ils restent très près de leurs tout-petits, et tendent à ne pas leur laisser échanger jouets et bisous comme j’ai tendance à le laisser faire à ma fille. Est-ce une différence culturelle, est-ce une idée fausse que je me fais, est-ce simplement une différence en cet instant entre ces parents présents et moi ? Je n’en sais rien. Seulement, cela m’ébranle et me fait me poser ces questions qui ne m’auraient probablement pas même effleurées en étant en France. Au point que je m’efforce de les imiter, pour ne pas avoir l’air d’être « celle qui laisse sa fille tout faire parce que ces Français élèvent n’importe comment leurs enfants ».

Bien sûr, je ne me suis pas dit tout cela dans le feu de l’action, mais en rentrant, j’ai ressenti un petit goût amer qui m’a inspiré ces réflexions, d’autant que je m’intéresse beaucoup à cette question de bilinguisme, tout en faisant grandir ma fille (italo-française) dans ce qui est ma langue et ma culture. Toujours est-il que c’est à présent avec une admiration et des encouragements redoublés que j’entendrai des parents parler dans leur autre langue à leur enfant.

Lorsque l’on est « chez soi », on ne se rend pas compte de l’isolement qui s’empare si aisément de celui qui ne vit pas dans le pays de sa langue. Tout est pour lui plus difficile, plus fatigant, plus inquiétant. Tout devient défi dès qu’on ne maîtrise pas à la perfection la langue qui nous entoure : comprendre les mots sympathiques du voisin sans le faire répéter trois fois, finir par sourire en « ayant l’air d’avoir compris », s’habituer  aux comportements différents des gens, saisir tout ce à quoi on n’est pas accoutumé, s’adapter à tout dans la discrétion… et même, faire une recherche sur internet pour trouver des groupes où rencontrer d’autres parents ou d’autres étrangers !

Pourtant, ces difficultés, je les ai rencontrées dans un pays occidental de culture assez proche de la mienne, dont je parle assez bien la langue, où j’ai déjà vécu (mais sans enfant alors), où j’ai des amis… je ne peux qu’effleurer la réalité qui peut être celle de personnes venant de bien plus loin sans en avoir fait le choix, sans rien connaître de la langue, ni avoir de relations… Oui, je pense qu’il est bon, souvent, d’essayer de comprendre les situations en les l’observant quelquefois depuis l’autre côté de la vitre…

Casse-tête sur l’appuie-tête

Par Lise

P1000470

Ça y est, ça recommence ! Plus d’un an après en avoir fini avec les choix de poussette, porte-bébé, lit, baignoire, table à langer et toutes ces choses à acheter ou pas, revoilà à nouveau le problème du siège-auto ! (Dans notre cas, c’est aussi tardif car nous avions une coque fonctionnant jusqu’à 13 kg)

Pour tout le reste, emprunts, occasions ou bricolage me conviennent parfaitement, mais dans le domaine de la sécurité, pour moi, les concessions sont hors de question ! C’est ainsi que me revoilà plongée dans les sites comparateurs, les forums et autres articles sur les fameux sièges. Et il y en a !

Pourtant, il faut fouiller un peu déjà pour entendre parler de sièges Rear-Facing (oui, oui, dos à la route, vous avez bien compris !) On tombe facilement sur les crash-tests comparant les sièges existant sur le marché (et prouvant déjà que tous ne sont pas égaux !), mais peu d’entre eux mentionnent les fameux RF, pourtant tellement utilisés… en Suède, où le taux d’accidents est parmi les plus bas d’Europe !*

Eh ! Eh ! J’entends la voix de certains fidèles lecteurs ayant à peine d’achever de lire l’article « les écharpes de portage c’est comme les camping-cars » et s’esclaffant que, décidément, j’y tiens à ce que ma fille ne regarde jamais devant elle. Si, si, pourtant, je vous assure, non seulement elle a une chaise « face à la table » pour manger, mais aussi lorsqu’elle marche, je la laisse avancer dans la direction de ses orteils!

Mais en voiture, en effet, c’est différent. En RF, lors d’un choc frontal, le poids exercé sur la nuque est 6 fois moindre, ce qui est primordial chez le jeune enfant, dont la tête est plus lourde et le cou moins robuste que plus tard. Le risque de blessure grave en voyageant dos à la toute jusqu’à 4 ans est 5 fois inférieur.

Alors certains diront : « Nous avons toujours attaché nos enfants dans leurs sièges face à la route et n’avons jamais eu de problème ». Mais le siège est une assurance « au cas où », n’est-ce pas ? Et le but est qu’il assure « au cas où » l’accident serait grave, et qu’il le fasse au mieux. De même, on pourrait entendre de la génération précédente : « De mon temps, nous n’attachions pas les enfants ! D’ailleurs, nous ne mettions pas non plus notre ceinture, et nous n’avons jamais eu de problème.» Tant mieux. Pourtant, on recense 18 000 tués sur la route en 1972, contre 3 653 en 2012. Et le durcissement continu des normes de sécurité n’est certainement pas étranger à cela. Vous n’êtes d’ailleurs certainement pas sans savoir que la norme a changé au 9 juillet 2013, qui vise à normaliser le système Isofix, durcit les mesures d’homologation par les crash-tests, classe les sièges en fonction de la taille de l’enfant et non plus du poids, et surtout, prévoit le transport des enfants dos à la route jusqu’à 15 mois (contre 9 mois auparavant). Et alors, pourquoi, encore 15 mois seulement, alors que les Suédois l’encouragent jusqu’à 4 ans au moins ? Évolution à petits pas de tortue. Mais vous qui me lisez, ne pourriez-vous pas souhaiter que votre enfant bénéficie dès à présent de ce qui est clairement plus sûr, et sera probablement conseillé dans quelques années ici aussi ?


Notes en bas de la page :

* Tiens, la Suède, encore… Voir aussi : « si j’aurais su… je serais né en Suède »

Statistiques et nouvelles normes : http://service.autoplus.fr/les-sieges-auto-que-choisir/

Un site extrêmement complet sur les sièges auto, et en particulier les Rear-Facing : http://www.securange.fr/#!dcouvrir-rear-facing/cw7t

Statistiques de sécurité routière en Europe : http://www.securite-routiere.org/Fiches/statistiques/statinter.htm

Un forum sur lequel on rencontre plein de gens bien renseignés : http://puericulture.forumactif.com/f8-bebe-en-voiture

Idées allumées pour parents curieux

Par Lise

IMG_6775

Tous les articles présents dans ce blog, et certains thèmes proposés eux-mêmes pourront surprendre, interpeller, agacer, choquer, horrifier certains lecteurs. Non seulement certaines idées que nous présentons sortent des sentiers battus, mais en plus, il nous arrive (oh ! bien malgré nous !) de tirer vers l’ironie, la critique, voire la provocation ! Il y a là de quoi rebuter certains, nous l’admettons tout en le regrettant d’ores et déjà.

Ô, lecteur dont les sourcils se lèvent jusqu’à la racine des cheveux en lisant certaines de nos phrases, ne passe pas ton chemin, je te prie. Entends que le but premier de notre association est d’informer sur les alternatives possibles à « ce que l’on voit partout et que l’on a toujours connu ». Forcément, cela bouscule un peu. Nous le savons très bien, puisque nous aussi, en ayant vent pour les premières fois de certaines de ces idées (« allaiter après six mois ? Porter après qu’il marche ? Donner des morceaux à manger à un tout petit ?! Mais voilà bien des idées d’allumés un peu extrémistes qui veulent se démarquer à tout prix ! »), avouons-le, nous avons quelquefois tressailli.

Notre but, d’ailleurs, n’est en aucun cas d’asséner une vérité absolue (« nous avons raison, point-barre»), mais de faire connaître ces alternatives qui, une fois observées plusieurs fois chez d’autres puis testées avec succès et plaisir chez nous,  ont fini par nous séduire. Maintenant que vous en savez un peu plus sur le sujet, libre à vous de vous renseigner davantage, et même de chercher des contre-arguments à ce que nous avançons. Ce sera même parfait. Car ce que nous souhaitons avant tout, c’est que tous les parents soient suffisamment informés pour agir avec leurs enfants en connaissance de cause, parce que c’est leur choix, parce que véritablement ils pensent que c’est ce qu’il y a de mieux, et parce qu’ils savent comment le faire, et non parce qu’ils ne connaissent pas d’autre option même si ça marche mal. En effet, si un homme averti en vaut deux, alors deux parents avertis… en valent… bref, faites le calcul !

Une fois, donc, que, fort de vos recherches, vous êtes prêt à argumenter vos décisions, prises parce qu’elles vous convainquent et que vous les pensez bonnes pour votre enfant, sentez-vous libre de venir réagir en nous faisant profiter de vos commentaires… l’humour restant de mise même dans les conclusions les plus contradictoires !

En vous souhaitant une bonne lecture, de belles découvertes, et de nouveaux éclairages !

Les jouets préférés du moment

stella15m

Stella (15 mois) aime varier les plaisirs et change fréquemment de jeu, mais il lui arrive quelquefois de rester plus longtemps avec un jouet.

Elle aime particulièrement les sacs (ranger les cubes, sortir les cubes, transporter, ouvrir…) et les boîtes, spécialement celle qui contient de petits livres, qu’elle range et sort avec soin (elle aime les lire aussi, mais cela est une autre histoire, dont nous parlerons dans un autre article). Mettre et enlever les couvercles est une autre de ses passions.

Il y aussi sa boîte à musique, sur laquelle tourne les petites grenouilles. Malgré ses tentatives répétées, elle n’arrive pas encore à la remonter toute seule, mais demande qu’on le fasse pour elle en boucle, et prend, pose, observe les grenouilles, parfois en dansant elle-même.

Elle aime aussi énormément sa gourde à paille, et outre son utilisation principale, apprécie de la promener partout, de la mordre, de la secouer…

Elle joue beaucoup avec les tours d’anneaux à enfiler, mettre, enlever et recommencer. Elle aime aussi accrocher les briques ensemble, mais surtout défaire les constructions.

Depuis quelques temps, elle joue à « faire semblant ». Avec sa dînette, elle feint de verser quelque chose dans les tasses, d’y boire et de nous y faire boire. Elle fait aussi marcher les petits personnages et rouler ses superbes tracteurs. Ceux-là, et toutes les autres jouets à roulette, si on y accroche une ficelle, elle adore les tirer en promenade.

Mais son plus grand bonheur depuis plusieurs mois, c’est de pousser sa petite poussette, celle-là même sur laquelle elle s’est appuyée pour faire ses premiers pas!

avril21m

En ce moment, ce que préfère Avril (21 mois), c’est la dînette, elle me sert un thé, et me sert des gâteaux au « cololat » tout le temps. Ce qui est rigolo, c’est qu’Avril ne veut pas manger de légumes en vrai, mais quand elle joue a la dînette, elle trouve que tout est très bon, et dit : « hum bon ! ».  Elle aime aussi beaucoup être dans la cuisine et s’amuse avec les petites bouteilles d’eau, avec mes casseroles, elle reste là a jouer seule de bons quarts d’heure et se raconte des histoires qui n’ont pas grand choses à voir avec de la cuisine… !

L’un des jouets qu’elle adore est son poupon, à qui elle fait des câlins, nettoie les fesses et change la couche, donne à manger (mais pas à téter), et qu’elle emmène souvent dans son petit porte bébé.

Le week-end dernier, il a beaucoup plu, quatre jours de pluie sans arrêt, et Avril avait très très envie de sortir, nous avons donc mis les manteaux étanches et les supers bottes, et nous sommes allées sauter dans les flaques de l’impasse à coté de la maison. Elle les a toute essayées, et nous sommes rentrées juste parce qu’elle était trempée jusque dans les bottes, mais on a bien profité.

Elle aime beaucoup sa grande toupie, qu’elle peut faire tourner toute seule, et quand je l’aide un peu et que la toupie tourne très vite, elle siffle, et ça lui plait beaucoup, « maman encore » !

Elle adore aussi se cacher sous la couette, ou les couvertures ou derrière les rideaux, elle nous crie « cachée » et on doit faire le tour de la maison avant de « faire comme si » on n’avait pas vu ses pieds dépasser sous les rideaux ou une boule qui respire sous la couette…

mathilde21m

Mathilde (21 mois) change très souvent de jeu et préfère de beaucoup jouer avec ses parents plutôt que seule. Ces temps-ci, les poupées sont à l’honneur : la grande, qu’elle me fait déshabiller (« habii ») et rhabiller, les petites qu’elle compte (elle dit 2 et 10) et l’ensemble qu’elle promène en poussette, version famille très nombreuse.

Elle adore les petites pochettes qu’elle porte autour de son cou, accroche un peu partout et remplit de trésors.

Les puzzles en bois sont devenus très facile pour elle mais elle aime toujours les faire et nous attrape les poissons qu’on lui demande (la version combo puzzle et pêche aux poissons présentée sur la photo est vraiment bien).

Elle construit des tours gigantesques avec les grosses briques, si possible en compagnie de son papa, et les préfère aux cubes qui tombent bien trop facilement à son goût : les tours ne devraient tomber que si on les pousse !

Les petites voitures se rangent dans le seau ou côte à côte et parfois seulement, roulent.

Quant au gros coussin rouge, il lui sert à s’installer confortablement pour lire ou bien à faire « pouf » comme les otaries !

 

 

Pourquoi demander un câlin quand les carottes brûlent

Par Lise

image_calin

« Faites attention, elle vous fait du chantage », « elle essaye de vous manipuler »…

Si, si, sérieux, ces phrases m’ont été dites au sujet de ma fille de 15 mois, qui pleurait en arrivant dans un endroit nouveau et me tendait les bras en criant !

Avant de s’emballer, consultons  mon vieil ami Robert, des fois qu’un sens m’ait échappé. Et voici ce qu’il dit : « Chantage : moyen de pression pour obtenir quelque chose de quelqu’un », « Manipuler : influencer habilement un individu pour le faire penser, agir comme on le souhaite. »

Du calme, réfléchissons. De deux choses l’une : je prends les mots au pied de la lettre, et en déduis que, par ses larmes, de son chagrin et de ses craintes, ma fille essaye d’obtenir de moi que je la rassure et que je la console… Mais alors, à quoi dois-je faire « attention » ? Ne suis-je pas sa mère, celle qui, en lui donnant le jour, lui ai promis de lui offrir protection et amour ? Auquel cas il me faut comprendre que ma fille me demande un câlin, parce qu’à ce moment-là, elle en a besoin, et lui concéder parce qu’il est avant tout un plaisir pour moi…

Ou alors, je m’emballe, finalement, et j’entends chaque mot. Oui, mon enfant, cette petite personne blonde qui n’articule pas encore plus de deux syllabes, qui passe son temps à me sourire et à m’embrasser en riant, qui lance des baisers aux gens qui lui sourient dans la rue, et qui est encore si fragile qu’un bruit trop fort suffit à lui faire monter les larmes aux yeux, cette enfant-là calcule que lorsqu’elle entre dans un endroit nouveau qui l’effraye, son intérêt est de feindre la peur, de mimer le chagrin, de sorte à m’extorquer… quoi, en fait ? Malgré toute ma « bonne volonté » (douteriez-vous par hasard de mon impartialité dans cette histoire ?), je n’arrive pas au bout de ce raisonnement. Non, ce n’est pas seulement que je sais ma petite incapable de manipulation, mais surtout que je ne vois pas ni comment, ni pourquoi elle s’y essaierait.

Et pourtant, il est difficile d’être absolument sourd à ce genre de remarques, qui résonnent comme un écho assez souvent malgré tout. Ce doit être une habitude d’adulte : ce qui s’oppose à nos désirs de tranquillité et de liberté est forcément l’œuvre de machiavéliques manipulations fomentées par des personnes malveillantes qui ne cherchent qu’à vous déranger.

Allez, je lance une petite comparaison, parce que j’adore ça : vous êtes en train de vous bagarrer avec le linge à étendre, les carottes qui brûlent, le téléphone qui sonne et votre estomac qui gargouille. Pendant ce temps, votre conjoint(e), confortablement installé(e) sur le canapé, est derrière son ordinateur en train de faire, disons la comptabilité pour dire qu’il/elle œuvre aussi pour la cause commune. Peut-on dire, au moment, où, épuisé(e), agacé(e), larmoyant(e) peut-être, vous vous jetez sur lui/elle en criant « je n’en peux plus, viens m’aider, bouge, et prends-moi dans tes bras tendrement par-dessus le marché ! », que vous êtes en train de l’interrompre volontairement dans son activité, pour l’amener, par la manipulation et le chantage, à faire ce que vous voulez, sans autre but que le déranger ? Votre conjoint, emporté par ce qu’il fait, pourrait peut-être un instant le croire, mais soyons sérieux…

Eh oui, je pense avant tout que les enfants, si petits soient-ils, sont des personnes. Comparer leurs ressentis et même leurs actions avec les nôtres aide, je trouve, extrêmement bien à essayer de comprendre. Et comparer notre relation de couple, notre manière de nous adresser l’un à l’autre, est souvent une bonne clé (qui fonctionne, qui plus est, dans les deux sens !)

Pourtant, j’ajoute encore une nuance : aussi proches des nôtres soient les ressentis, les émotions et les besoins des enfants, je crois qu’ils sont plus forts et plus envahissants dans leurs petites têtes qui n’ont pas encore acquis l’expérience qui permet de relativiser, pas plus que celle qui permet de… manipuler !

Les écharpes de portage, c’est comme les camping-cars

Par Lise

IMG_20130415_115856-1

Quand deux camping-cars se croisent, ils ont souvent pour coutume d’échanger un appel de phare ou un signe de la main, reconnaissance entre conducteurs de machines un peu à part, « coucou, moi aussi, j’en ai une ! »

Les porteurs d’écharpes ou porte-bébés physiologiques, c’est un peu la même chose. Il y a souvent, lorsqu’on se rencontre, ce regard quasi-complice du porteur de tissu un peu à part.

Semblable au premier regard, le porteur de porte-bébé « de base », tenant son bébé face à la route, jambes pendouillantes, dos arqué, qui, à l’instar du chauffeur de  fourgonnette, salue aussi.

Pourtant, le porteur d’écharpe ou de porte-bébé physiologique ne peut souvent s’empêcher de ressentir comme une gêne. Peut-être au moins voudrait-il communiquer ce qu’il sait ?… Mais imaginez la scène : « Non, monsieur, non madame, votre camping-car est trop petit, trop peu puissant, trop peu meublé, vous ne pouvez prétendre à mon salut, attendez, je vais vous expliquer ce qu’il vous faudrait. » Non, cela ne se peut pas, et tout d’abord car cela manquerait d’indulgence et de respect dans l’échange.

Mais pour vous qui lisez ici, je vais développer un peu mon idée. Voici le porte-bébé standard, qui maintient l’enfant à califourchon sur une selle étroite, tout son poids portant sur l’entre-jambe et sa colonne vertébrale encore peu mature. Pire, tourné « vers le monde » (ce qui, en conduite, s’apparenterait à debout sur le capot, dirais-je), sans pare-brise, sans aucune chance de pouvoir se retourner vers un objet familier, doux (vous, quoi !), il se trouve forcé à ingurgiter lavillelesgenslescouleurslessonslemondelesbruitslesmoteursleslumièreslevacarmelesklacsonslesclignotants, tout à la fois, sans que le moindre mouvement de recul lui soit possible.

À l’opposé, voilà le porte-bébé dit « physiologique » ou l’écharpe, dans lequel le petit passager, comme dans la banquette moelleuse et chaude d’un beau camping-car, se trouve lové contre la poitrine ou le dos de son tendre porteur, son propre dos arrondi selon la forme qui lui est naturelle, avec la possibilité de choisir de regarder autour de lui, sur les côtés, et même autour d’un nombre de degrés impressionnant grâce à la souplesse de son jeune cou, ou de serrer son minois dans l’odeur familière de son porteur protecteur et tendre comme un pare-brise anti-choc.

Pour couronner le tout, le porteur lui-même trouvera un confort incomparable pour son propre dos dans le portage physiologique, qui permet de varier les positions (devant, derrière ou côté), et de mieux répartir la charge. Car, clairement, pour transporter cette merveille aussi précieuse qu’encombrante, mieux vaut se sentir bien soi-même !

Oui, comme j’aimerais, souvent, m’approcher et déclarer doucement : « Le dos de nos enfants est encore tout arrondi, regardez comme le tout-petit se montre plus détendu lorsqu’il est maintenu dans cette position. » Et surtout : « La plus belle et la plus importante des stimulations pour le petit enfant est le contact visuel avec d’autres humains et les échanges verbaux. Offrez-lui cela dès à présent. Bien vite il aura le monde face à lui, mais si ce sont ses propres jambes qui le portent, il le dégustera plus commodément. »

Mais je me retiens, m’efforçant de garder à l’idée qu’après tout, nous avons de part et d’autre un beau bébé, l’envie de le tenir contre soi, et de l’amour à revendre, alors autant profiter de l’occasion supplémentaire offerte d’échanger au moins un sourire !

Un sandwich à la tétée

Par Lise

Je ne sais plus très bien quand ni comment j’ai décidé que j’allaiterai mon bébé, cette minuscule chose encore parfaitement inconnue qui se cachait en moi. Disons que l’idée s’est subrepticement glissée d’elle-même, mêlée d’une part des souvenirs de mon enfance, lorsque ma sœur était allaitée, puis que nous donnions le sein à nos poupées, d’autre part de conseils de sages-femmes, puis de lectures disparates. J’allais essayer, et puis je verrais bien. Ce que j’ai vu, c’est que plein de difficultés sont venues m’embêter, mais que plus c’était compliqué, plus j’étais convaincue de vouloir continuer. Comme cela ne fonctionnait pas tout seul, ma volonté s’en est mêlé, appuyée par toutes les informations sur le sujet qu’il m’a fallu chercher pour me soutenir, et là, plus question d’en démordre !

Une des phrases qui m’a le plus frappée fut : « Tu devrais laisser le papa lui donner un biberon de temps en temps pour qu’il participe ! » Alors d’abord, non, je ne crois pas a priori que le papa doive tout faire comme la maman. Chacun créera une relation qui lui est propre avec son tout-petit, et, il se trouve que le papa n’ayant pas la poitrine ad-hoc, le sein de maman risque d’opposer quoi qu’il en soit une concurrence déloyale à son biberon. D’autre part, je ne suis pas sûre que « donner un biberon pour donner un biberon » par défaut soit à la hauteur de ce qui peut être confié à un père.

En revanche, si je ne crois pas que le papa doive chercher à « faire pareil », je trouve formidable qu’il « fasse avec ». C’est ainsi que sont nées nos merveilleuses tétées à trois, papa et maman allongés de part et d’autre, bébé en sandwich au milieu. Cela fonctionne le jour, la nuit, à la sieste, au goûter, et même dans la rue, ni vu ni connu, en version verticale bien sûr ! En été c’est doux, en hiver ça réchauffe, la nuit ça console et le jour ça fait rire. Surtout que depuis qu’elle est capable de le faire, la petite téteuse du milieu ne manque pas de réclamer à cors et à cris la deuxième moitié de son sandwich, qu’elle bisouillera tant et plus entre deux rototos.

Et là, alors, oui, le papa participe, et plus que cela, il tient une place tout entière. Car pour construire un tel nid de tendresse, de douceur, d’amour, un partage si profond, une complicité si fine, des regards si aimants, pas de doute, rien de mieux qu’être trois !

Copy Protected by Chetan's WP-Copyprotect.