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Accoucher sous le téléphérique

Par Lise

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J’ai écrit ce texte un soir au début de mon 9e mois de grossesse. Il ne se veut critique envers aucun choix. Mais il est décidément polémique envers les réactions répétées mille fois à chaque fois que le mot « accouchement » est prononcé. Pour mon premier accouchement, je n’ai pas eu l’occasion de côtoyer d’autres couples attendant un bébé, ni personne en fait. Et ma solitude m’a offert une naïve et bienfaisante sérénité. Je vis cette seconde grossesse entourée de plein de rencontres, et c’est génial… Sauf quand on aborde LE sujet, ou, pire, lorsque n’importe qui n’importe quand (le dentiste, la prof de gym…) le fait, par habitude en voyant un gros ventre. Et lorsqu’on entend d’autres femmes enceintes toutes remplies de peurs d’angoisse et de ces mots douloureux qui sont presque des synonymes d’accouchement à force de lui être liés.

Au fur et à mesure que passe le temps, je me sens de plus en plus déstabilisée et irritée à la fois. Bien malgré moi. J’ai assez d’arguments raisonnables pour contrer leurs phrases, sans pourtant parvenir à les empêcher d’entrer au fond de ma tête. Si souvent répétées et entendues (« Mais pourquoi te passer de péri ? », « Quel choix, que de choisir de souffrir… », « A la maison ? Ok, n’empêche, si Xyz n’avait pas été à l’hôpital quand elle a eu besoin des spatules… », « Bon courage, hein, ce n’est qu’un dur moment à passer… »), ces idées d’emblée négatives sur l’accouchement réussiraient, appliquées à n’importe quelle activité, à rendre celle-ci rebutante et terriblement effrayante.

Désormais, j’évite autant que possible de laisser les gens aborder le sujet. Mais ils ne peuvent pas s’en empêcher : un accouchement, ça fait mal par définition, et il ne faut jamais omettre de le rappeler à la future mère. Et si jamais elle réplique, ajouter quelques exemples pour lui prouver que, si par hasard elle pouvait gérer la douleur, ça reste terriblement risqué…

Imaginons… Parce que j’aime la montagne et les analogies…

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Vous : La semaine prochaine, je fais un sommet !

L’autre (d’un air compatissant) : Ouah ! Bon courage… J’en ai fait un une fois, c’était horrible, il faisait super froid je ne sentais plus mes doigts, et puis avec l’altitude je me suis senti oppressé comme jamais, et tout ça pour me retrouver dans le brouillard une fois en haut. Bonne chance, hein, je penserai à toi !

Vous (convaincu) : Non, mais je me suis bien préparé, je ne me sens pas trop inquiet. Je partirai lentement, et puis je connais ce moment où je me demanderai ce que je fais là, si essoufflé à transpirer comme un bœuf, mais… Enfin, je sais surtout combien, en arrivant au sommet, je me sentirai fier de mon corps qui m’a permis ça, et comme c’est grisant d’admirer le paysage, les autres cimes alentours, la neige, le silence, cette sensation de plénitude quand on a dompté la montagne et que la nature se fait merveille pour mon regard seul…

L’autre (ébahi) : Nooon… parce qu’en plus, tu comptes monter là-haut à pied ? Mais ça va être horriblement douloureux ! Enfin je veux dire… moi, je ne pourrai pas. J’ai bien essayé, une fois, le sentier, mais c’est juste insupportable, les pieds qui frottent contre les chaussures si lourdes, le poids du sac…

Vous (un peu déstabilisé) : Oui… Je… Je crois que je peux le faire… j’aimerais essayer en tout cas…

L’autre (dans sa lancée) : Mais quand même, tu choisis de souffrir alors qu’il suffit de prendre le téléphérique, tu es là-haut à l’heure exacte, tu payes sur internet, et ils s’occupent de tout pour toi. Tu choisis vraiment de monter à pied ??

Vous (hésitant) : Mais… C’est pour voir le paysage tout au long de la montée, les changements d’altitude, l’odeur de l’air qui se modifie, les arbres, puis les rochers, puis la neige… Enfin, c’est… J’aimerais essayer de voir toute la montagne, tu comprends, je l’aime tellement, mais en gravir chaque passage, c’est quelque chose de fort, et puis les sensations… Le sommet, c’est aussi l’accumulation de tout cela… Tu vois ?

L’autre : Oui, enfin, c’est quand même un peu inconscient. Moi, ma tante, elle s’est foulé une cheville comme ça. Elle se l’est cognée contre un pylône du téléphérique. Heureusement qu’il était là, d’ailleurs, le téléphérique, pour la redescendre, sinon, elle y serait restée. Et j’ai aussi un ami qui s’est brisé le nez : il était en retard, pour la descente en plus, du coup il s’est jeté dans la cabine juste alors qu’elle se fermait. Tu imagines, s’il l’avait carrément raté, il aurait gelé sur place là-haut. Heureusement qu’ils ont pu le descendre en vitesse. Et bon, je ne te parle pas des risques d’avalanche et de chute de pierre.

Vous : Euh… oui… Je suppose que je verrai sur le moment… Enfin, sans téléphérique, ces accidents, justement, ne se seraient peut-être pas pr… hum. De toute façon, si je suis trop fatigué ou que j’ai trop mal aux pieds, je monterai dans le téléphérique à une station intermédiaire…

L’autre : Ah oui, mais il ne faut pas rater la station, si tu es entre deux ou un peu trop haut ou que tu n’as pas réservé ton billet, ils te laissent là !

Vous (quand même un rien inquiet) : Tu crois ? (respirant un bon coup et vous éloignant, chantonnant intérieurement pour vous rassurer et bloquer les larmes qui menacent de monter) Là-haut, sur la montagne, l’était un beau chalet…

Vous trouvez que j’exagère ? Sans rire, remplacez là où cela sied par les mots du lexique de l’accouchement, de l’hôpital, de la péridurale… et vous verrez que ma métaphore est à peine caricaturale, ou peut-être même pas… En tout cas, en tant que femme enceinte qui pleure en regardant les documentaires sur les grenouilles, cela m’atteint exactement de cette manière-là.

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Du coup, puisque j’ai dit avoir quantité d’arguments réfléchis qui me confortent dans mon choix, j’en expose ici quelques-uns :

Première Nuit

Par Lise

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Première nuit sans toi. Brusquement, ce soir, tu es partie dormir « dans ton lit de grande fille ». Nous voilà allongés dans une solitude oubliée. Dans le silence se détache en négatif la courbe sonore de ta respiration. Son absence m’assourdit. Pas de petits mouvements endormis, ni de ces petites phrases que tu lâches entre deux sommeils. Ce soir, je n’arrive pas à m’endormir. Ton papa se tourne et se retourne. Tu manques à notre « bateau-lit » dans lequel nous avions pris tous les trois l’habitude de nous blottir nuit après nuit. Comme ces deux années et demi ont passé vite… Les premières nuits ont été éternelles, détournant notre attention de la brièveté réelle que cela aurait, au bout du compte. Oui, j’ai rêvé et attendu le moment où, enfin, je pourrais dormir sans être réveillée une seule fois par tes appels. Mais j’ai pris soin de ne pas oublier combien le temps passait vite et combien les instants blottis dans l’obscurité contre ton petit corps tiède ancré contre le mien étaient précieux. Bien m’en a pris, car désormais tout cela est fini. Tu as trouvé dans ces instants magiques la force de t’envoler et de te passer d’eux. Tu dors paisiblement de l’autre côté de la cloison. Tu n’es pas inquiète, ni déchirée, tu sens autour de toi le lien indéfectible que nous avons construit en navigant vague de tétées après vagues de tétées sur notre merveilleux navire à trois matelots. Demain, aux premières lueurs, tu nous y rejoindras, reposée et gaie, et nous t’embrasserons, fiers de toi. Ce soir, il n’y a que nos deux souffles, que nous étouffons un peu pour être sûrs de t’entendre si tu appelais. « Et tu imagines, quand ce sera sa chambre de grande adolescente qui sera vide ? » Nous nous regardons. Tu n’es pas si loin encore, ce soir, et nous voilà, ton père et moi, sur le pas de ta porte, à te contempler dormir tant qu’il est encore temps.


Edit : ce texte fut écrit le temps d’une étrange parenthèse, qui dura… une nuit ! Un an plus tard, mademoiselle est toujours dans notre chambre, pas décidée à la quitter. Et alors ? En le relisant, je perçois à nouveau combien ceci a peu d’importance. Un jour, elle partira, et tout ce qui compte, c’est qu’elle le fasse avec sérénité !

Quelques outils pour faire face aux colères des 2-3 ans

Par Vicky

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Concernant les enfants des 2-3 ans, les colères semblent être le problème face auquel les parents nous nous sentons le plus démunis. Avant de parler des colères, il me semble important de faire une grande parenthèse sur la fameuse « phase d’opposition » car la frustration qu’elle engendre, de part et d’autre, est source d’une bonne partie des colères des enfants… et des parents !

Tout d’abord j’ai un scoop pour vous : la phase d’opposition n’en est pas une ! Oui, vous avez bien lu, la période du non n’est pas une phase d’opposition au parent, bien que l’enfant s’oppose. En réalité il s’agit de la période de l’émergence du désir propre de l’enfant. L’enfant s’oppose à son parent parce que le temps est venu pour lui de sentir le contour de lui-même, de ne plus être le prolongement de sa mère et de son désir à elle. Ainsi, l’enfant dit non au désir de la mère pour avoir l’occasion de sentir ce qu’il veut lui, peut-être qu’il veut la même chose mais, tant qu’il ne s’est pas opposé, il ne peut pas le savoir. Il a besoin de décider. On entend souvent que pendant cette période l’enfant cherche les limites, nos limites. L’enfant cherche effectivement les limites mais pas les nôtres : les siennes. Il cherche les limites de sa propre personne, telle qu’elle se définit par ses désirs, ses capacités et son pouvoir personnel.

Le parent vivant cela comme un affront et comme une remise en question de son autorité, pense que l’enfant veut prendre le pouvoir dans la maison et fait tout pour ne surtout pas lâcher ses acquis parentaux ! Bonne nouvelle : votre enfant ne prépare pas un coup d’état ! Plus on accompagnera cette phase avec bienveillance, moins longtemps on y sera confronté. Le mieux c’est de ne pas rentrer dans un jeu de pouvoir où l’on essaierait d’asseoir une autorité, car cela est absurde pour l’enfant. L’enfant n’est pas en train de chercher à prendre le pouvoir sur nous mais sur sa personne. Ainsi lorsqu’on s’oppose systématiquement à son désir, le message que nous lui faisons passer c’est : « tu n’as pas le droit de vouloir, de penser et de ressentir par toi-même ». « Casser » l’enfant pendant cette période cruciale donnera à coup sûr l’un des ces deux résultats : l’enfant soit il se fixera sur cette « phase d’opposition » pour toujours, développant ainsi une personnalité rebelle, soit il se soumettra, développant une tendance à la soumission.

Si vous observez attentivement, vous constaterez que cette période est suivie par celle du « moi tout seul ». En effet, lorsque l’enfant a acquis la capacité de savoir ce qu’il veut, il veut le faire par lui-même. C’est sur le chemin vers l’autonomie que nous l’accompagnons tout au long de ces turbulences ! C’est même une formidable occasion pour nous, parents, de sentir aussi les limites de notre volonté et la légitimité des tas de choses que nous imposons à nos enfants, contre leur volonté. Lâcher sur les choses pas importantes, permet à l’enfant de se connaitre et de se construire, et à nous de sortir des jeux de pouvoir dans lesquels nous rentrons presque instinctivement.

J’ai fait un détour par la période du non parce que je pense que comprendre que l’enfant n’agit pas contre nous, nous permet de prendre du recul, de manière à pouvoir gérer nos propres émotions (souvent de colère) pour faire face à la colère de l’enfant. Car à ce moment-là il s’agit d’aider l’enfant.

Un enfant en bas âge peut déclencher une colère pour des tas de raisons : fatigue, frustration exogène (on m’empêche de…) ou frustration endogène (je n’arrive pas à…), douleur… Et très souvent il peut aussi partir dans une colère monstre sans qu’on ait eu le moindre élément de compréhension rationnelle. L’expérience montre que quand la colère est là, peu importe ce qui l’a déclenchée, on ne peut pas faire marche arrière généralement. Car l’événement déclencheur n’est qu’un prétexte pour vider le trop plein d’émotions (et cela est souvent vrai pour nous adultes aussi). Mais le cerveau du jeune enfant n’est pas encore suffisamment équipé pour faire face à cela et c’est le déluge émotionnel. Alors il crie, il tape, il se roule par terre, il se cogne la tête… Tout est bon pour vider le trop plein d’émotions. Et pendant que lui ou elle vide son réservoir, on dirait que nous, nous commençons à remplir le nôtre ! « J’en peux plus ! » « Ça commence à bien faire ! » « Mais tu vas te taire ? » « Qu’est-ce que tu veux ? » « Tu me gonfles ! » J’ai déjà dit tout ça, et même plein de fois…

J’ai deux enfants. Il se trouve que le deuxième est né fâché, j’ai donc eu des centaines d’occasions pour m’exercer à la gestion des colères ! À vrai dire ça ne fait pas très longtemps que je suis vraiment opérationnelle ! Mais avec le temps j’ai acquis quelques vrais outils et je tiens à vous les partager.

Outil n°1 : l’empathie la vraie. Pas l’empathie en tant que posture. Et comment est-ce qu’on arrive à ça ? Ce qui a été le déclencheur pour moi c’était de comprendre profondément (intellectuellement) que lorsque mon enfant est en crise il est le premier à souffrir de ce qui le traverse. Quand je me mets en colère moi aussi parce que je n’en peux plus des cris et de ma propre impuissance, je rajoute à sa peine la culpabilité et le sentiment d’être incompris. Je triple sa peine, et du coup la mienne vu que je rallonge la crise. Lorsque j’ai compris à froid et à tête reposée cette simple réalité-là, je suis devenue capable de me placer à 100% du côté de mon enfant lors d’une crise émotionnelle. Je ne me suis plus jamais mise en colère face à ça, car j’ai considéré que mon rôle était de l’aider à s’en sortir. Je suis donc devenue alliée, pas persécutrice. J’estime que gérer sa propre colère dans des situations comme celle-ci (enfant en crise) n’est pas très aidant. Ce qui est aidant c’est de ne plus se sentir en colère. Selon notre propre histoire cela peut être plus ou moins atteignable, mais parfois la seule prise de conscience de la réalité de la situation peut suffire. Essayez !

Outil n°2: l’humour et l’imaginaire. Mon enfant a eu la bonne idée d’emprunter à la crèche le livre « La colère du dragon ». Un petit garçon raconte comment il se transforme en dragon lorsqu’il est en colère. Nous l’avons lu et relu, et relu même ! A partir de là, quand je vois un début de colère poindre je dis « Oh-oh on dirait que le dragon arrive ! Est-ce qu’il est là ? », après je fais des bruits de grognement, je lève les bras, enfin j’essaye d’imiter un dragon… La plupart du temps il rentre dans le jeu et ça finit en bataille sur le lit. Si cela n’est pas suffisant parce que la colère semble un peu plus importante je prends son rôle. Je commence à dire ce qu’il dit d’habitude : « arrête ! maman me parle pas ! », je fais comme si je voulais le taper, je me roule par terre… Au début il m’observe, il est entre le rire et les larmes et puis ça finit en franche rigolade. La crise est désamorcée et les émotions peuvent s’évacuer par le rire. Le rire est un puissant mécanisme de décharge du stress. Alors à choisir…

Outil n°3: raconter ce qui se passe. J’ai découvert un truc génial, un soir en vacances, alors que mon enfant était en pleine crise depuis une demi heure et que rien n’y faisait. J’ai dit au papa en présence de l’enfant :

 « T’as vu comme il est en colère A. ce soir ? »

« Ah oui, j’ai bien remarqué, il pleure depuis tout à l’heure, il est inconsolable ! A ton avis c’est dû à quoi ? »

L’enfant avait arrêté de pleurer et nous écoutait. Alors je réponds :

« A mon avis il pleure parce que telle chose est un peu compliquée pour lui, et puis il y a ci, et puis il y a ça… »

« Je comprends, moi aussi à sa place je serais triste et en colère, moi aussi je pleurerais »

« Tu as vu ? Il s’est calmé… »

« Moi à sa place je voudrais un câlin maintenant »

« Papa je veux un câlin »

Je me suis sentie tellement fière de cette astuce et à la fois je mesurais tout ce temps perdu sur les crises précédentes, alors que c’était tout simple. L’enfant a arrêté parce qu’il s’est senti parfaitement compris. Comme le papa n’est pas toujours là, je me sers du doudou, ou même de ma main ! Je discute avec doudou de ce qui est en train de se passer et de ma compréhension de la situation. C’est radical.

Je vous ai dit que mon enfant « est né fâché ». Il avait vraiment cette expression, sourcils constamment froncés dès son premier jour. Quand sa sœur l’a vu pour la première fois elle a demandé pourquoi il était fâché. Ça nous a bien fait rire mais par la suite j’ai été amenée à repenser à cette phrase des tas de fois. Il se mettait en colère très souvent, je ne le comprenais pas, je ne savais pas quoi faire. Je me suis posée des tas de questions, sur la grossesse, sur ma façon d’être, sur mes émotions à moi, la psychogénéalogie. On a  lui a raconté ce qui avait merdouillé pour moi comme pour lui, on a essayé l’homéopathie, le psy, le kiné, même une énérgéticienne, pourtant ce n’est vraiment pas ma tasse de thé. Parce que, comme beaucoup de mamans, je pensais que mon enfant avait un problème et que ça venait forcément de moi. Donc je devais trouver une solution! Je ne comprenais pas ce qui faisait qu’il était autant en colère. Aujourd’hui je pense que le plus important c’est d’accepter que cet enfant ait ce fonctionnement-là et de ne pas considérer cela comme forcément problématique. Je me suis longtemps débattue avec l’idée du tempérament car je pensais que rien ne vient du hasard. Je le pense toujours mais de manière plus nuancée: rien ne vient du hasard mais il y a des tas de choses dont je ne connaîtrai jamais l’origine et qui ne sont pas et ne seront jamais sous mon contrôle. Alors le fait que mon enfant soit enclin à la colère je l’accepte, je lui reconnais ce droit, et tant que son petit cerveau n’arrive pas à faire le travail de l’apaisement tout seul, je lui offre mon soutien entier et inconditionnel pendant ces moments difficiles.

Les vœux de Grandissons

Par Marie

Cette nouvelle année qui commence nous rappelle la réalité de cette société : violente et en perte de vitesse. Prenons le parti de lui imaginer une suite heureuse en nous intéressant aux initiatives bienveillantes (1) et en écoutant un peu plus nos propres besoins et nos propres limites.

« Soyons le changement que nous voulons voir dans le Monde »  Gandhi (2)

Marshall B. Rosenberg est mort il y a maintenant un an, je vous invite à vous pencher sur la Communication Non Violente (CNV) qu’il a théorisé et grandement diffusé (3).

Je vous souhaite à toutes et à tous, de tout cœur, d’avancer sur vos chemins, de partager vos découvertes au monde et de vivre en accord avec vous-mêmes.

Excellente année 2016 !

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(1) : par exemple Alternatiba : https://www.youtube.com/watch?v=Qt8YVD2AyWE (un aperçu du stand de Grandissons à 2’37)

(2) : http://www.lexpress.fr/actualite/societe/environnement/soyons-le-changement-que-nous-voulons-voir-dans-le-monde_854046.html

(3) : https://www.youtube.com/watch?v=fl-65RPE41Y

1 an d’ECHO

Par Lise????????????????????????

Voilà un an et même un peu plus qu’a eu lieu le premier ECHO de Grandissons ! Au départ nous est venue l’idée d’ateliers d’ouverture aux langues pour tous les enfants et leurs familles : ouverture de l’oreille à de nouvelles sonorités, ouverture de l’esprit à de nouvelles cultures, ouverture de l’avenir à de nouveaux apprentissages et ouverture des rêves vers de grands voyages… En-dehors des rencontres entres familles déjà multilingues, plusieurs demandes nous avaient été faites pour des ateliers d’anglais, mais un élément primordial dans notre esprit est de privilégier la diversité, toutes les diversités. C’est ainsi que les ECHO se sont déclinés sous la forme d’ateliers de présentation d’une langue surprise chaque mois. Oui oui, surprise, les participants ne la découvrent qu’une fois sur place ! Jusqu’à présent, les enfants présents étaient âgés, en moyenne, disons de 1 à 3 ans. Parfois un peu moins, parfois un peu plus, mais, là aussi, nous espérons qu’avec le temps, des enfants plus grands viendront se joindre à nous et enrichir de leur curiosité les échanges qui ont lieu dans ces ateliers.

Durant cette année, chaque mois un ou plusieurs parents sont venus présenter leur langue et leur culture. Italien, allemand, anglais, serbe, russe, polonais, japonais, espagnol, grec… (en oublié-je ?) se sont succédés. Ainsi, nous avons pu nous présenter dans chacune de ces langues, entendre Frère Jacques dans la plupart d’entre elles, goûter plusieurs recettes de pays lointains et repartir avec certaines d’entre elles imprimées, découvrir plusieurs alphabets, entendre contes, histoires et traditions, effectuer quelques pas de danse sur des musiques traditionnelles, répéter les paroles et les gestes de chansons aux sonorités nouvelles…

Cela a été chaque mois l’occasion d’un petit voyage, duquel parents et enfants ont pu retirer ce qui leur parlait. Il n’est pas rare qu’après une rencontre ECHO, ma fille de 3 ans s’amuse pendant quelques jours à « parler » la langue qu’elle vient de découvrir, et nous accumulons les petits souvenirs réunis rencontre après rencontre : un marque-page avec son prénom en japonais, des paroles de chansons allemandes, une recette italienne, quelques mots écrits en russe, plein de bonnes choses à goûter (non, celles-là, nous ne les avons pas gardées !)…

Et un très grand merci à tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre ont participé à cette année Première !*

Bon, il ne me reste plus qu’à conclure ce bref récit en vous sollicitant : si vous possédez une autre langue et/ou d’une autre culture, vous pourriez nous enrichir en animant un atelier avec celle-ci. Nous nous tenons à votre disposition pour une aide à l’organisation… Contactez-nous par mail.

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* Je ne peux m’empêcher de redouter un oubli (si jamais vous en êtes victimes, s’il vous plaît, manifestez-vous !), mais un grand merci à Annika, Olivia, Silvia, Michela, Tatiana, Stan, Vicky, Kezia, Anna, Consuelo, Paola, Mako, Nenad, Marine, Eliza…

Un Thé-multilingue international

Par Lise

Ces rendez-vous ne sont pas très réguliers, et parfois assez espacés… malheureusement, n’est-ce pas, parce qu’on y fait des rencontres décidément intéressantes.

Toutes les familles concernées par la présence de plusieurs langues ou cultures à la maison, et même celles qui ont juste envie de passer un moment international, y sont conviées. Et nous espérons que la diversité ira croissant, car l’Europe était, cette fois encore, largement surreprésentée. J’ai envie de le répéter : bilingue, cela ne signifie pas français/anglais. Cette idée vient si automatiquement à un grand nombre de personnes, que nous avons changé l’intitulé premier de « tHé-bilingue » pour celui de « Thé-multilingue ». Et en effet, en ce 28 novembre 2015, la variété était au rendez-vous parmi les langues et les cultures : bébés et enfants franco-russes, franco-polonais, franco-serbes, italo-franco-roumains, franco-croates, germano-américano-français, franco-anglais, franco-italiens, basco-américains, américano-franco-internationaux… et pardon si j’en omets ou déforme !

Nous avons commencé par un petit tour de table permettant à chacun de présenter son parcours et de proposer témoignages et questions. Comment offrir à son enfant suffisamment d’occasions de fréquenter sa langue minoritaire ? Et quand le deuxième parent ne la parle pas ? Quelle langue choisir lorsqu’il y en a un plus grand nombre au sein du foyer ? Comment faire au quotidien, lorsque l’on doit parler sa langue minoritaire au milieu d’une foule qui ne la comprend pas ? Aucune réponse, bien sûr, n’a permis de solution tranchée, mais les suggestions des uns et les témoignages des autres ont ouvert sur une réflexion riche. En ce qui concerne la dernière question de cette liste, nous avons constaté avec un semi-étonnement que, si elle évoquait une difficulté chez tous, elle était prégnante chez les parents dont la langue n’était pas l’anglais ni l’italien, qui mentionnaient là un réel obstacle.

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Pour finir, nous avons déployé une « fleur des idées ». Pendant que les enfants étaient partis chahuter en fond de salle en un joyeux paquet d’âges et de langues mêlées, chaque participant a été invité à choisir une étiquette portant une proposition, ou à rédiger sa propre idée sur une manière d’entretenir et de rendre ludique le bilinguisme dans son foyer. Quelques idées, dont nous avons discuté un moment, avec les parents d’enfants plus grands ayant déjà testé certaines d’entre elles, et ceux d’enfants plus jeunes à la recherche de pistes : multiplions les locuteurs, lisons, échangeons autour des livres, voyageons dans les pays où sont parlées les langues concernées, mettons-nous à la hauteur de l’enfant pour nous adresser à lui, captons son regard, valorisons aux yeux de l’enfant la langue et le bilinguisme, plaçons l’enfant dans un environnement où la langue parlée aura quelque chose de naturel et où nous nous sentirons bien, décrivons ce que l’on fait, ce que l’on voit dès les premiers jours de l’enfant, aménageons un coin de la maison dédié à la langue et la culture minoritaires… Les maîtres-mots restant bien entendu pour les parents patience et persévérance…

Vivement le prochain rendez-vous !

Le sac-en-l’air

Comment être tête en l’air en toute liberté

Par Lise

 

Chaque jour il faut l’emporter, et chaque jour il faut veiller à ce qu’il n’y manque rien : le sac !

C’est fatiguant, et ça ne marche pas à tous les coups. On a beau le laisser à peu-près fait d’un jour sur l’autre, il suffit que toutes les couches aient été utilisées par le dernier à être sorti, que bébé ait décidé de vêtir discrètement sa poupée du chapeau qui devait rester dedans, ou que l’on ait utilisé au autre sac la veille, pour risquer d’oublier quelque chose. Et puis le sac, c’est aussi un peu le cauchemar de beaucoup de papas, j’ai l’impression.

Moi, vous l’avez compris, j’aime les listes. Franchement, ça soulage le cerveau. Quand il n’y a plus à penser, mais seulement à faire, la moitié du travail est déjà réalisée comme par magie.

Alors voilà, je partage avec vous « le sac en l’air », à compléter en fonction de ce que vous mettez dedans, à décorer selon vos goûts et à afficher bien en vue. Ensuite, il n’y a plus qu’à vérifier chaque « bulle », et le tour et joué… il n’y a plus qu’à ne pas oublier le sac sur la table du salon !

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(N.B. : Cette liste-exemple est ici réalisée pour un enfant ayant 12-24 mois)

Cerveau rose, cerveau bleu

Par Lise

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Lise Eliot est neuroscientifique à Chicago, et mère d’une fille et de deux fils. Son livre, Cerveau Rose Cerveau Bleu, paru en 2009 (traduit en 2011 aux éditions Robert Laffont),  annonce dès la quatrième de couverture vouloir tordre le cou aux idées reçus concernant les différences soi-disant innées entre garçons et filles.

Voilà une question qui commence à me tarauder… Inné, acquis, différences interindividuelles, important, pas important ?… En discuter autour de soi, en tout cas, c’est obtenir autant d’opinions que d’interlocuteurs, et des opinions souvent assez tranchées, quelles qu’elles soient.

Pourtant, il me faut dire que sa lecture m’a laissé un goût un peu ambivalent, allant de l’enthousiasme à la déception, en passant par l’ennui. Tout d’abord, l’auteur s’appuie sans cesse sur « de nombreuses études », mais elle ne les cite ni ne les détaille de manière systématique, et surtout ne livre pas de bibliographie de référence à la fin de l’ouvrage. Ensuite (euh… pour me faire politically incorrect, je vais dire : comme c’est fréquent dans les ouvrages américains), les mêmes idées sont répétées et re-répétées tout au long de l’ouvrage, ce qui a le don de prodigieusement m’agacer. En parlant d’ « écriture américaine » : elle ne dédaigne pas non plus nous livrer de petites « méthodes ». Et enfin, une grande part du livre est dédiée au sexisme à l’école, ce qui, d’une part touche à d’autres sujets sensibles pour moi (importance de la compétition et de la réussite, l’agressivité, etc.), et d’autre part, est un peu trop lié au contexte local pour livrer une analyse qui serait vraiment pertinente en France.

A ce point, je vais préciser qu’il s’agit du premier livre que je lis sur ce sujet, et par conséquent que je n’ai à peu-près aucune connaissance personnelle ni même d’esprit vraiment critique sur la question, qui, de par mon vécu personnel, m’apparaît encore un peu abstraite (je vois les clichés que délivre à ce sujet la société, mais, ne m’étant jamais, à titre personnel, sentie limitée par mon sexe féminin, je ne perçois pas encore à quel point cela risque ou non de toucher chaque enfant en tant qu’individu tant que les parents sont conscients du problème.)

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Lise Eliot, donc, dans son livre, s’emploie à déterminer si la différence entre les sexes a une part d’inné –et quelle serait celle-là. Dès le départ, sa position n’est pas figée dans un « tout noir tout blanc », mais ouverte à une réponse nuancée. Elle écrit dans l’introduction que lorsque nous avons nous-mêmes des enfants « les différences entre les sexes deviennent impossibles à ignorer » et que « garçons et filles ont des forces et des faiblesses différentes », malgré la volonté de les élever de façon identique. Cette assertion, nous l’avons tous entendue souvent émaner de mères d’enfants de sexes différents ayant pourtant cherché à faire preuve de neutralité face à leurs enfants. De même, statistiquement, les garçons sont davantage exposés que les filles aux troubles du comportement et du développement.

Pourtant, l’auteur ajoute que, lors de ses recherches exhaustives, elle a « découvert avec surprise que la science a peu de preuves sérieuses qu’il existe des différences entre les sexes dans les cerveaux des enfants ».

Ainsi, s’il existe quelques différences innées entre les sexes (au niveau des rythmes de développement, dans les processus sensoriels, les niveaux d’activités, etc.), Lise Eliot insiste surtout sur la plasticité cérébrale, celle qui fait que nos cerveaux sont en continuel changement, celle qui est à la base de tout apprentissage. Autrement dit, dit-elle, «  votre cerveau est ce que vous en faites. » Ainsi « plus les garçons et les filles auront d’activités similaires plus leurs cerveaux seront similaires. »

Inversement, « à la naissance, le cerveau des enfants est si malléable que d’infimes différences peuvent s’amplifier au cours de l’enfance, lorsque les parents, les professeurs et les pairs, ainsi que notre culture au sens large, sans même s’en apercevoir, renforcent les stéréotypes masculins/féminins. »

Quoi qu’il en soit, toutes ces recherches concernant les différences entre garçons et filles n’apportent que des résultats statistiques, dans lesquels se manifeste la « taille d’effet ». Il s’agit de la manière dont les courbes (celle correspondant aux performances des hommes et celle correspondant aux performances des femmes dans un domaine donné, par exemple la taille, ou le niveau en lecture) se chevauchent largement-ou pas. Ainsi, dans la plupart des performances, la différence entre hommes et femmes est très petite en comparaison avec l’éventail des performances à l’intérieur de chaque sexe. Il n’y a donc qu’aux extrêmes de la courbes qu’il y a peu de chevauchement entre les sexes, tandis qu’il y a globalement assez peu de différence entre l’homme moyen et la femme moyenne. Or, « se focaliser sur les extrêmes ne peut que renforcer les stéréotypes. » C’est pour cela que l’auteur se hérisse face aux allégations basées sur ces extrêmes et qui ont connues des succès médiatiques dépassant largement leur intérêt réel.

Voici à quoi la prise en compte de tous ces paramètres amène : « Garçons et filles ont bel et bien des capacités, des personnalités et des centres d’intérêt différents (…). Mais quel garçon ou quelle fille, quel homme ou quelle femme, ne réussirait pas mieux de la vie avec un éventail le plus complet possible des capacités cognitives et émotionnelles ? Les études menées sur les adolescents les plus talentueux confirment que l’intelligence et l’excellence à l’école sont davantage corrélées aux capacités communes aux garçons et aux filles qu’aux rôles stéréotypés de chaque sexe. (…) Plus tôt nous intervenons pour influencer la croissance des neurones et des synapses des enfants, meilleures sont nos chances d’élever des garçons et des filles dotés d’aptitudes diverses et bien équilibrées. »

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L’auteur se propose d’ « entamer une présentation rigoureuse des différences entre chaque sexe, de dépasser les stéréotypes pour comprendre plus finement en quoi et comment garçons et filles ne sont pas tout à fait les mêmes. Ensuite, seulement, [il sera possible] de déterminer ce qu’il convient de faire à leur sujet (…) afin de découvrir les moyens d’égaliser les chances de réussite entre les sexes, et en fin de compte, de tirer le meilleur de chaque garçon et de chaque fille. »

Le livre se décline en huit parties, quatre qui suivent l’ordre chronologique du développement de l’enfant, autour des mises en place chromosomiques et hormonales qui conduisent à la création et au développement du corps et du cerveau d’un garçon ou d’une fille, puis des différences physiques, et des subtiles différences ou analogies entre le développement sensoriel, moteur, langagier, émotif etc. des garçons et des filles. Quatre autre sont ciblés sur des versants particuliers du développement cognitif et affectif (langage, maths et sciences, émotionnel et relationnel…) qui « commencent sous la forme de minuscules graines plantées par l’évolution et nourries par les hormones –mais [qui] ne s’épanouissent que sous l’eau et le soleil de notre société sexuellement ultra-polarisée. »

Chaque chapitre se termine par des suggestions et conseils pour renforcer chez chaque sexe les compétences pour lesquelles il rencontre statistiquement plus de difficultés, et aller au contraire des stéréotypes, qui creusent et installent ces faiblesses au lieu de les contrer.  Par exemple, comment aider les fillettes à développer au mieux leurs compétences visuelles, spatiales, sportives, les garçonnets leurs compétences langagières et en lien avec l’écrit… En effet, Lise Eliot insiste sur le fait que chaque sexe mérite que l’on soit attentif : « chacune des techniques s’acquiert par la pratique et l’expérience », il est donc primordial de donner à tous les enfants l’opportunité d’accéder à toutes les techniques au lieu de les confiner dans les stéréotypes qui les conduisent à penser que les filles sont nulles en maths et n’ont pas besoin de faire d’effort, tout comme les garçons en expression verbale.

Cependant, je suis un peu dérangée par ces conseils destinés spécifiquement aux garçons ou aux filles, certes dans l’objectif louable de compenser les difficultés de chacun, mais qui laissent par là une barrière entre les deux sexes –même si celle-ci est à l’opposée de l’habitude- alors que tous ces conseils doivent s’appliquer à tous les enfants.

Bref, me voilà ambivalente face à ce livre, aux critiques pourtant fort positives sur internet. J’aime son point de vue ouvert et argumenté (quoi que déstabilisant car, la plupart des cas, les études citées sont contradictoires), et j’en conseille la lecture. Pourtant… Eh ! bien, j’attends vos avis en commentaire !

Les perles d’eau

Par Fred

Nous avons reçu les perles d’eau que j’ai commandées il y a quelques jours. Leur usage premier est de servir à conserver les fleurs dans un vase, c’est décoratif, mais pas chez nous.

Ça se présente comme de petites perles minuscules, que l’on doit mettre dans l’eau durant quelques heures pour que ça devienne de belle billes translucides à la texture gélatineuse.

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Je les ai données à Chacha (3 ans et demi) alors que je venais de les mettre dans l’eau et elle a pu les voir gonfler et devenir translucides ça lui a beaucoup plus. Elle les touchait régulièrement pour vérifier qu’elle devenaient de plus en plus molles, gélatineuses et grosses.

Une fois prête elle a mis sa main jusqu’au fond du pot, et m’a dit « ça fait peur mais j’aime bien », c’était bien parti !

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Ensuite, elle s’en est servi pour transvaser, et faire des expériences que je n’ai pas bien comprises. Elle s’est beaucoup amusée, et aime bien reprendre le pot régulièrement pour faire « des gâteaux et jouer avec ».

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Activité perle d’eau validée. A chaque fois qu’elle y joue ça dure en moyenne 30 minutes.

Le Front Commun

Par Vicky

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J’ai décidé d’écrire sur ce sujet « mineur » parce qu’il prête encore beaucoup à confusion, même lorsqu’on est dans l’éducation bienveillante (ou positive) ! On entend toujours, que ce soit par la bouche des professionnels ou par celle de qui veut bien donner son avis, que les parents doivent faire Front Commun face à l’enfant. Ce qui implique que le parent A doit taire ses particularités, ses points de vue, ses ressentis au profit de la présumée autorité du parent B.

Imaginez que votre compagne/on dit à votre enfant « tu ne te lèveras pas de table tant que tu n’as pas fini ton assiette« . Et vous, parce que vous savez qu’il y a une demi-heure il a mangé un paquet de chips, et parce que vous êtes venus voir Carlos González en conférence (1) et parce que tout simplement vous tenez à respecter les besoins de votre enfant, vous avez quand même envie d’intervenir en faveur de l’enfant. Halte ! Selon le sacro-saint principe du Front Commun il ne faut surtout pas prendre la défense de l’enfant ! Parce que si vous, vous n’êtes pas d’accord avec l’autre parent, l’enfant soit il trouve une faille et s’y engouffre (et fait donc ce qu’il veut) soit il se sent terriblement en insécurité car les deux piliers de la famille ne sont pas bien parallèles. Vraiment ?

Je ne crois pas. Je crois que chaque parent est un être humain à part entière en non pas la moitié de l’entité parentale. Je ne crois même pas à l’entité parentale, dans ce cas cela servirait à quoi d’avoir deux parents ? Chaque parent est une personne, avec ses avis, ses convictions, ses valeurs, ses sensibilités, son passé, ses ressentis, ses besoins propres et c’est même très important pour l’enfant de pouvoir apercevoir tout ça, pour qu’il puisse à son tour construire sa propre identité. Il saura ainsi qu’il a le droit d’être unique.

J’ai décidé d’écrire sur ce sujet mineur, parce que je me souviens toujours à quel point je trouvais ça injuste et même ridicule, de voir un de mes parents se rallier à l’autre, parce que le mot d’ordre était Front Commun ! Je lui en voulais terriblement quand je voyais qu’il était d’accord avec moi mais qu’il ne fallait surtout pas le dire… Mais en fait, si nous ne défendons pas nos enfants, qui va le faire ? Oui, les défendre quand ils ont besoin de cet appui, peu importe qui ils ont en face. Cela peut être l’autre parent, le professeur, la grand-mère, la sœur… Lorsqu’on s’oppose à l’autre parent pour prendre position pour l’enfant on lui permet plusieurs apprentissages: on lui montre que le désaccord n’est pas un problème, que l’on peut être souple et que rien n’est gravé dans le marbre. Que l’on peut se tromper en tant que parent ou alors que notre avis n’est qu’un avis, pas une vérité universelle. Que notre âge n’est pas un facteur de supériorité et qu’on peut reconnaître qu’il puisse avoir raison. Sans parler bien sûr du fait que ça réchauffe le cœur de l’enfant lorsqu’il se sent mal avec ce qui est en train de se passer et qu’il se sent un tant soit peu soutenu ! C’est même très sécurisant… Etre ouvert à l’opposition de l’autre parent prouve aussi à l’enfant qu’on n’abuse pas de notre pouvoir sur lui, que quand on fait fausse route on est prêt à l’entendre. Je ne sais pas vous, mais moi je prends ! Une éducation bienveillante va dans le sens de l’ouverture, de la tolérance des avis divergents et des différences, des rapports humains égalitaires sans distinction d’âge, de l’humilité aussi… ça me parait assez cohérent !

Je ne vous propose pas, bien entendu, d’entamer une franche engueulade, qui plus est devant les enfants ! Evidemment dans ce cas le bilan est plutôt négatif : on montre à l’enfant que désaccord égale dispute, il culpabilise parce que ses parents se disputent « à cause » de lui, angoisse… Nan, c’est pas ça ! Ce qu’on peut faire c’est exprimer notre avis ou ressenti sans juger le point de vue de l’autre parent, ou encore apporter de l’information : « ce n’est pas étonnant qu’il n’ait plus faim, son petit estomac est déjà plein, il vient de manger un paquet de chips« . Lorsqu’on voit que l’autre parent est dépassé et vire vers la VEO (2) on peut proposer de prendre le relais tout de suite. Cela passe beaucoup mieux que de longues tirades d’indignation sur la façon de l’autre de parler à votre enfant! Car, généralement, il n’en est pas fier mais, dépassé par ses émotions, il n’arrive pas à gérer mieux que ça. Alors là, tout le monde vous sera reconnaissant: l’enfant parce que le calme revient et il n’est plus accablé/stressé/apeuré, l’autre parent parce que vous lui avez offert une porte de sortie, avec empathie. Vous lui avez proposé de prendre le relais parce que vous avez senti que c’était difficile pour lui, pas parce que vous ne supportiez pas sa façon de faire. Ce petit détail peut faire une énorme différence, et si vous êtes sceptique vous n’avez qu’à essayer !

Je pense que le Front Commun est un concept qui mériterait maintenant d’être dépassé. Il a eu son heure de gloire lorsqu’on essayait de sortir de l’autoritarisme éducatif pour établir une autorité juste (ça me fait mal au cœur d’écrire une telle antinomie, mais passons) et cette autorité était tellement fragile -parce qu’elle ne voulait plus s’appuyer sur la force mais elle a vite compris qu’elle ne pouvait pas s’appuyer sur grand chose d’autre- qu’elle devait absolument être soutenue par un consensus parental, voire sociétal, éducatif, qui opposait les mineurs aux majeurs. Les majeurs (parents, enseignants, voisins) avaient raison. Les mineurs avaient tort. En cas de confrontation le majeur l’emportait. Evidemment si les majeurs commençaient à se remettre en question entre eux, la révolution des mineurs n’était pas loin… Alors le Front Commun avait naturellement du sens. Mais plus maintenant, pas dans l’éducation bienveillante. Parce que n’oubliez pas que qui parle de Front parle de Guerre. Ne tirez pas sur vos enfants 😉


1. Voir .

2. Violence Éducative Ordinaire (voir ici)

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