{"id":1106,"date":"2014-06-16T19:13:11","date_gmt":"2014-06-16T18:13:11","guid":{"rendered":"http:\/\/grandissons.org\/?p=1106"},"modified":"2015-03-07T21:08:21","modified_gmt":"2015-03-07T20:08:21","slug":"les-cordonniers-sont-toujours-les-plus-mal-chausses","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/grandissons.org\/?p=1106","title":{"rendered":"Les cordonniers sont toujours les plus mal chauss\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><em>Par Emilie<\/em><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/grandissons.org\/wp-content\/uploads\/2014\/06\/IMG_4599.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-1107\" src=\"http:\/\/grandissons.org\/wp-content\/uploads\/2014\/06\/IMG_4599-300x200.jpg\" alt=\"IMG_4599\" width=\"300\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/grandissons.org\/wp-content\/uploads\/2014\/06\/IMG_4599-300x200.jpg 300w, https:\/\/grandissons.org\/wp-content\/uploads\/2014\/06\/IMG_4599.jpg 1024w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Les cordonniers sont toujours les plus mal chauss\u00e9s\u00a0\u00bb<\/em>. Cette expression me vient souvent en t\u00eate quand je pense \u00e0 ce que furent les mois qui suivirent la naissance de mon b\u00e9b\u00e9.<\/p>\n<p>Sage-femme lib\u00e9rale, j&rsquo;ai choisi de me faire suivre par une coll\u00e8gue, en accompagnement global. Mon mari ne s&rsquo;oppose pas \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e mais a besoin de temps pour cheminer. Ma grossesse se passe parfaitement sur un plan m\u00e9dical mais dans ma t\u00eate c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 compliqu\u00e9 : vuln\u00e9rabilit\u00e9, fragilit\u00e9, r\u00e9gression, sentiment d&rsquo;abandon&#8230; Je pleure beaucoup. Mon mari ne comprend pas ce que j\u2019attends de lui, moi qui suis d\u2019habitude si ind\u00e9pendante. La sage-femme m\u2019accompagne, m\u2019\u00e9coute, me laisse pleurer et tente d\u2019expliquer mon \u00e9tat d\u2019esprit \u00e0 mon conjoint.<\/p>\n<p>J&rsquo;accouche chez moi, avec \u00ab\u00a0ma\u00a0\u00bb sage-femme et une autre coll\u00e8gue. Tout se d\u00e9roule bien. Un joli b\u00e9b\u00e9 avec qui je commence \u00e0 faire connaissance.<\/p>\n<p>Et puis le lendemain les doutes commencent, cet enfant que je ne comprends pas, qui pleure sans vouloir prendre le sein&#8230; Un beau baby blues ! Heureusement la sage-femme nous rend visite et nous rassure. Me r\u00e9conforte et me redonne confiance en moi. Je me rappelle en souriant de cette phrase \u00ab\u00a0<em>tu as, toi aussi, le droit de faire ton baby blues\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Les jours passent et tout semble bien se d\u00e9rouler. C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9t\u00e9, tout le monde est en vacances : ma sage-femme, mes coll\u00e8gues, mes amies. Ma famille aussi et je suis entour\u00e9e. Je passe beaucoup de temps chez mes parents, il y a du monde, je ne peux pas vraiment me reposer ni \u00eatre seule avec mon b\u00e9b\u00e9. Et puis comme je suis sage-femme, je suis sens\u00e9e tout savoir, avoir r\u00e9ponse \u00e0 tout. Seulement quand il s&rsquo;agit de moi, impossible de r\u00e9fl\u00e9chir, impossible d&rsquo;avoir la moindre pens\u00e9e logique ou coh\u00e9rente. Tout se m\u00e9lange\u2026<\/p>\n<p>Je suis oblig\u00e9e de reprendre le travail \u00e0 ses deux mois, \u00e0 cause de difficult\u00e9s avec ma rempla\u00e7ante. Mon b\u00e9b\u00e9 est petit, trop petit pour que je le laisse mais j&rsquo;ai l&rsquo;impression de ne pas avoir le choix, et puis je ne travaille pas \u00e0 temps plein, je me dis que \u00e7a ira&#8230;<\/p>\n<p>Un mois plus tard, je pars trois jours \u00e0 un congr\u00e8s de sages-femmes. Seule. Mon mari ne m&rsquo;accompagne pas. La coll\u00e8gue qui devait m&rsquo;accompagner est oblig\u00e9e d&rsquo;annuler. Je suis forte, personne ne semble en douter, j&rsquo;irai donc seule avec mon b\u00e9b\u00e9 et tout ira bien.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ce week-end-l\u00e0 que tout a d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9. Un \u00e9v\u00e8nement d\u00e9clencheur. Le premier craquage. Mon b\u00e9b\u00e9 qui hurle pendant des heures pour s&rsquo;endormir un soir, je suis fatigu\u00e9e, je ne comprends pas, je n&rsquo;arrive pas \u00e0 le faire taire, je culpabilise et j&rsquo;en veux \u00e0 tout le monde de m&rsquo;avoir laiss\u00e9 y aller seule. Nous pleurons tous les deux une partie de la nuit. Mon mari au t\u00e9l\u00e9phone est impuissant et je suis en col\u00e8re. Je m\u2019imagine appeler \u00e0 l\u2019aide une coll\u00e8gue mais n\u2019ose pas\u2026<\/p>\n<p>De retour, le cauchemar continue. Cet enfant hurle pendant des heures, sans que je comprenne, sans que nous parvenions \u00e0 le calmer. Souvent les nerfs l\u00e2chent, plusieurs fois je suis \u00e0 deux doigts de commettre un geste irr\u00e9parable. Et \u00e0 chaque fois, la culpabilit\u00e9 augmente. Comment moi, la sage-femme, qui conseille et rassure toute la journ\u00e9e des m\u00e8res, des parents, je n&rsquo;arrive pas \u00e0 contr\u00f4ler la situation ? Pourquoi je n&rsquo;arrive pas \u00e0 appliquer les conseils que je donne ?!<\/p>\n<p>Puis, la visite chez le p\u00e9diatre. Mon b\u00e9b\u00e9 n&rsquo;a quasiment pas grossi depuis le mois dernier. Elle me conseille de compl\u00e9ter avec du lait artificiel. Je me sens d\u00e9pit\u00e9e, incapable d&rsquo;y croire, en proie aux doutes et \u00e0 la culpabilit\u00e9. Je ne suis pas capable de nourrir mon b\u00e9b\u00e9. Je n&rsquo;ai pas compris que mon enfant qui hurle, a faim. Dans un moment de lucidit\u00e9 j&rsquo;appelle une consultante en lactation. Le rendez-vous est pris trois jours plus tard. Dans cet intervalle, je me r\u00e9sous \u00e0 donner du lait artificiel mais mon b\u00e9b\u00e9 le refuse, il ne veut rien avaler. Les mises au sein deviennent difficiles. Je pleure d\u00e8s que je suis seule chez moi. J&rsquo;ai l&rsquo;impression que personne ne voit \u00e0 quel point je me sens mal, \u00e0 quel point c&rsquo;est difficile. Ni mon mari, ni ma famille, ni mes amies, ni mes coll\u00e8gues, ni la consultante en lactation, ni ma sage-femme&#8230; Personne ne m&rsquo;aide, personne ne cherche \u00e0 m&rsquo;\u00e9couter, personne ne m&rsquo;accompagne&#8230;<\/p>\n<p>La consultante en lactation diagnostique un frein de langue. Mon b\u00e9b\u00e9 a des difficult\u00e9s \u00e0 drainer correctement le sein. Pour faciliter la prise au sein nous devons lui faire couper le frein de langue et le frein de l\u00e8vre sup\u00e9rieure. Un premier ORL refuse, la consultante nous en conseille un autre qui accepte. Je mise beaucoup sur cette intervention. Je me dis qu\u2019ensuite les t\u00e9t\u00e9es se passeront mieux et que mon b\u00e9b\u00e9 reprendra du poids. Seulement tout va en d\u00e9g\u00e9n\u00e9rant. Mon b\u00e9b\u00e9 a six mois et nous n\u2019arrivons pas \u00e0 nous r\u00e9adapter. Il s\u2019\u00e9nerve, me repousse, pleure d\u00e8s que j\u2019approche le sein. Il a l\u2019air d\u2019avoir compris que sa m\u00e8re ne peut pas satisfaire son besoin alors que le biberon y r\u00e9pond mieux.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai du arr\u00eater mon allaitement et je ne m&rsquo;en remets pas.<\/p>\n<p>Pendant plusieurs mois je n&rsquo;arrive pas \u00e0 sortir la t\u00eate de l&rsquo;eau. A l&rsquo;ext\u00e9rieur, je relativise, je donne le change. A la maison, je m&rsquo;effondre constamment. Mon mari est s\u00fbrement d\u00e9pass\u00e9, il ne fait rien. Je n&rsquo;arrive pas \u00e0 appeler \u00e0 l&rsquo;aide et personne ne le fait pour moi.<\/p>\n<p>Mon b\u00e9b\u00e9 a maintenant neuf mois et je suis totalement \u00e9puis\u00e9e. Physiquement et moralement. Dix jours de vacances me font du bien mais je ne remonte pas totalement. Les crises de larmes, les disputes avec mon conjoint, l&rsquo;hyst\u00e9rie, la solitude, l&rsquo;envie de tout abandonner et d&rsquo;en finir, la culpabilit\u00e9 de laisser mon enfant \u00eatre t\u00e9moin des \u00e9tats par lesquels je passe, de ne pouvoir \u00eatre une bonne m\u00e8re\u2026<\/p>\n<p>Presque deux ans plus tard, je crois que je vais mieux, mais je n&rsquo;arrive toujours pas \u00e0 mettre des mots sur ce que j&rsquo;ai v\u00e9cu. <em>Et si je n&rsquo;avais pas \u00e9t\u00e9 sage-femme comment cela se serait-il pass\u00e9 ?<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Emilie \u00ab\u00a0Les cordonniers sont toujours les plus mal chauss\u00e9s\u00a0\u00bb. Cette expression me vient souvent en t\u00eate quand je pense \u00e0 ce que furent les mois qui suivirent la naissance de mon b\u00e9b\u00e9. Sage-femme lib\u00e9rale, j&rsquo;ai choisi de me faire suivre par une coll\u00e8gue, en accompagnement global. 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